Développons les compétences sociales et émotionnelles de nos élèves !

Capture d_écran 2018-10-13 à 09.49.06

« Les comparaisons internationales des compétences socio‐comportementales des élèves montrent un retard français (…). C’est bien l’ensemble des élèves français qui sont plus anxieux, moins persévérants, moins ouverts à la résolution de problèmes etc., quelle que soit leur origine sociale. (…) En France, l’indice du sentiment d’anxiété est près de 10 fois plus élevé chez les filles que chez les garçons.« 

Les conclusions de l’étude menée par le Conseil d’analyse économique (1) sont éloquentes. Notre système scolaire, particulièrement au collège et au lycée, néglige tout un pan du développement des jeunes : celui de leur équilibre relationnel et affectif. L’école prétend s’adresser à des élèves, en oubliant que ce sont des enfants et des adolescents qu’elle accueille. Tant que l’enseignement se focalisera essentiellement sur leurs compétences cognitives individuelles (mémoire, connaissances, raisonnement,…) sans les aider à développer leurs compétences :

  • sociales : tisser des relations saines avec les adultes et leurs pairs, apprendre à collaborer, gérer les conflits, promouvoir la diversité…
  • émotionnelles : connaître leurs émotions, apprendre à les reconnaître chez les autres, savoir maîtriser leur débordement…
  • organisationnelles et comportementales : gérer leur emploi du temps, se fixer des objectifs et les tenir, faire des choix responsables pour eux-mêmes et pour autrui…

Alors les jeunes, comme amputés d’une partie d’eux-mêmes, peineront à s’épanouir totalement à l’école… et dans leur vie ! Car la connaissance, la maîtrise et l‘estime de soi, de même que la reconnaissance de l’autre et la capacité à collaborer avec lui en bonne intelligence, ont des bénéfices qui dépassent la seule enceinte des établissements scolaires. Ces life skills comme les appellent les Anglo-saxons, c’est-à-dire, littéralement, ces compétences de vie, impactent le bien-être global des élèves, et in fine, leur réussite scolaire présente et professionnelle future. Or ces compétences se travaillent ! Il donc grand temps que la France rattrape son retard et forme enfin les jeunes – et leurs enseignants ! – à leur acquisition. 

Dans un livre à paraître en novembre aux éditions Eyrolles, je présenterai précisément le programme dédié au développement des compétences socio-émotionnelles que j’ai eu la responsabilité de mettre en oeuvre au Lycée Français de New York. En France aussi, le bien-être des jeunes à l’école doit devenir la priorité.

Nathalie Anton

(1) Conseil d’analyse économique, Focus, n° 026-2018, Yann Algan, Elise Huillery et Corinne Prost, octobre 2018.

Illustration : Sempé, Marcellin Cailloux (1969)

Construire dès maintenant son projet d’orientation

Le premier trimestre semble à peine commencé, et il peut sembler prématuré d’aborder début octobre la question de l’orientation. Or il n’en est rien : le projet d’orientation s’appuie sur des recherches documentaires, des discussions avec les proches, des échanges avec des professionnels au collège, au lycée ou dans des salons, des expériences via les stages effectués, des visites d’établissements, la constitution d’un dossier scolaire solide… Et cela demande évidemment beaucoup de temps ! 

En effet, comme l’explique le Conseil de l’Union Européenne, la « compétence à s’orienter » nécessite non seulement de pouvoir « s’auto-évaluer, se connaître soi-même et de décrire ses compétences », mais aussi d’avoir « l’aptitude à rechercher les offres d’éducation et de formation, ainsi que les orientations ou aides disponibles. (1)»

Or, « dans un contexte où le système scolaire s’est considérablement complexifié (en lien avec un contexte économique marqué par la division croissante du travail, le progrès technologique ainsi que l’allongement de la durée de la vie active, mais aussi la massification de l’enseignement), cette compétence à s’orienter est loin d’être acquise.(2) »

Il n’est ainsi pas vain d’anticiper et de prendre rendez-vous dès maintenant avec le professeur principal ou le conseiller d’orientation psychologue de l’établissement pour évoquer ce sujet. Les vacances scolaires d’automne qui se profilent déjà pourront également être mises à profit pour consulter des revues, ou encore rencontrer des professionnels de l’orientation dans un centre d’information et d’orientation, s’inscrire à des salons, rechercher des stages…

Voici enfin quelques ressources pour nourrir la réflexion de votre ado et l’aider à bien s’informer

http://www.education.gouv.fr/cid160/les-lieux-d-information-de-l-orientation.html

http://www.onisep.fr/

https://www.orientation-pour-tous.fr/

https://www.letudiant.fr/tag/orientation-postbac.html

https://www.letudiant.fr/etudes/salons/region-ile-de-france-0001.html

Nathalie Anton

(1) Résolution du 13/12/2008

(2) Enquête menée par l’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) en mai/juin 2018 auprès de 718 collégiens scolarisés dans des collèges des quartiers de l’éducation prioritaire

L’heure de cours, d’après Daniel Pennac

Le changement d’heure est donc passé, petite heure précieuse qui nous rapproche un peu plus de l’été et des vacances scolaires ! Et pour illustrer ce que représente une heure de cours, je ne résiste pas au plaisir de partager aujourd’hui cet extrait de l’ouvrage Chagrin d’Ecole de Daniel Pennac (Gallimard 2007), qui illustre très bien mon quotidien de professeur de lettres, et celui, bien sûr de nombreux collègues… Le parallèle sportif donne un aperçu de l’énergie que mobilise toute relation pédagogique de part et d’autre de l’estrade :

« Mon travail consiste à faire en sorte que mes élèves se sentent exister grammaticalement pendant ces cinquante-cinq minutes.

Pour y parvenir, ne pas perdre de vue que les heures ne se ressemblent pas : les heures de la matinée ne sont pas celles de l’après-midi ; les heures du réveil, les heures digestives, celles qui précèdent les récréations, celles qui les suivent, toutes sont différentes. Et l’heure qui succède au cours de math ne se présente pas comme celle qui suit le cours de gym…

Ces différences n’ont guère d’incidence sur l’attention des bons élèves. Ceux-ci jouissent d’une faculté bénie : changer de peau à bon escient, au bon moment, au bon endroit, passer de l’adolescent agité à l’élève attentif, de l’amoureux éconduit au matheux concentré, du joueur au bûcheur, de l’ailleurs à l’ici, du passé au présent, des mathématiques à la littérature… C’est leur vitesse d’incarnation qui distingue les bons élèves des élèves à problèmes. Ceux-ci, comme le leur reprochent leurs professeurs, sont souvent ailleurs. Ils se libèrent plus difficilement de l’heure précédente, ils traînent dans un souvenir ou se projettent dans un quelconque désir d’autre chose. Leur chaise est un tremplin qui les expédie hors de la classe à la seconde où ils s’y posent. À moins qu’ils ne s’y endorment. Si je veux espérer leur pleine présence mentale, il me faut les aider à s’installer dans mon cours. Les moyens d’y arriver ? Cela s’apprend, surtout sur le terrain, à la longue. Une seule certitude, la présence de mes élèves dépend étroitement de la mienne : de ma présence à la classe entière et à chaque individu en particulier, de ma présence à ma matière aussi, de ma présence physique, intellectuelle et mentale, pendant les cinquante-cinq minutes que durera mon cours. »

A vos marques, prêts… dictée !

Nathalie Anton