Lire… seulement pour le plaisir ?

Interrogée par la journaliste Dorothée Louessard du magazine L’Express Styles, sur l’épineuse question : « Que faire si mon enfant n’aime pas lire ?« , voici les pistes de réflexions que j’ai partagées sur ce sujet avec elle.

La Liseuse, J.H. Fragonard, 1770

Qu’est-ce qui fait que certains enfants prennent spontanément plaisir à lire ?

Le goût que développent les jeunes pour la lecture dépend de multiples facteurs. Lire la suite

Avantages et inconvénients des tablettes numériques à l’école

Le plan numérique lancé par l’Education nationale en mai 2015 prévoyait d’équiper à la rentrée 2016 plus de 175 000 élèves en tablettes numériques cofinancées par l’État et par les collectivités territoriales (1 256 écoles et 1 510 collèges). Nous balayerons dans cet article quelques avantages et inconvénients liés à cette ressource pédagogique récente dont la nouveauté même ne permet cependant pas encore d’avoir un recul suffisant sur son apport en terme réussite scolaire. Comme l’expliquaient les auteurs de l’enquête parue en 2013, « L’Ipad à l’école : usages, avantages et défis« , menée au Québec auprès de 6057 élèves et 302 enseignants, « premièrement, les résultats de recherches fondées sur des données empiriques et probantes sont plutôt rares dans les textes analysés. Deuxièmement, ce que l’on remarque surtout dans la littérature, ce sont plutôt des avantages présupposés et liés aux fonctions des tablettes tactiles qui sont cités, sans pour autant que ces avantages n’aient été vérifiés empiriquement en contexte scolaire« . Nous avancerons donc prudemment ces éléments positifs et négatifs qui restent à faire l’objet de plus amples études. Lire la suite

Notes et moyennes : il faut relativiser !

Le premier trimestre touche à sa fin, les conseils de classe approchent et avec eux… la remise des bulletins avec les moyennes affichées de vos enfants. Avant que cela ne ternisse vos fêtes de fin d’année, je tenais à rappeler que depuis 1930, de nombreuses études ont révélé l’imprécision de la note et qu’il convient plus de la relativiser que de la sacraliser. Le professeur de sociologie Pierre Merle rappelle en effet d’une part qu’elle dépend de l’établissement dans lequel se trouve l’enfant, et d’autre part « beaucoup plus du correcteur que de la copie[1]« , sa variabilité étant liée notamment :

  • à la place de la copie dans le paquet
  • au niveau supposé de l’élève : « A qualité égale, mesurée par des tests anonymes de compétences, les élèves redoublants et plus âgés font toujours l’objet d’une notation plus sévère. Ces élèves sont victimes du stéréotype négatif de l’élève redoublant. L’échec antérieur suggère un élève en difficulté scolaire et cette perception entraîne une sous-notation. »
  • au sexe : les filles apparaissent comme mieux notées que les garçons
  • à sa catégorie sociale : « A résultats identiques aux tests de compétences, les élèves d’origine aisée sont en moyenne mieux notés par leurs professeurs que les autres élèves. »

Concernant ce dernier point et étude à l’appui, Pierre Merle montre ainsi que le choix du contrôle continu pour attribuer le baccalauréat favoriserait « les filles, les enfants de cadres supérieurs et les élèves sans retard scolaire », alors que « grâce aux épreuves anonymes actuelles, la sélection des candidats est marquée par davantage de justice : les élèves d’origine populaire, les garçons, les élèves en retard sont plus souvent reçus. »

Or, sachant que même le professeur le plus consciencieux ne peut s’affranchir des biais que nous venons d’énumérer, on comprend combien il est important de considérer la note comme un indicateur très relatif. D’autant plus que la fétichisation de la note conduit à des effets contre-productifs :

  • non seulement les élèves sont inutilement stressés et mis en concurrence permanente (cette compétition scolaire autour des notes obtenues, parfois verbalisées tout haut lors de la remise des copies peut conduire à des sentiments d’échec, de honte, d’abattement et de culpabilité tout à fait préjudiciables à la motivation),
  • mais les élèves peuvent en venir à tricher, n’avoir tendance à apprendre que ce qui sera noté, ou se contentent de résultats qui leur assurent une certaine tranquillité familiale et scolaire.

On voit combien le plaisir, le droit à l’erreur et la recherche de sens constitutifs des apprentissages en pâtissent. Si avoir une bonne, voire une meilleure note peut motiver les bons élèves, cela décourage souvent les moins performants  :

« En acceptant de travailler davantage, un élève peu sûr de ses capacités augmenterait le risque de révéler son incompétence, si, malgré tous ses efforts, le résultat final demeurait négatif. C’est pour éviter cela (…) que l’élève hésitant, préférant paraître fainéant plutôt que stupide, choisira finalement de travailler peu pour sauver son image et (…) sa valeur propre.[2]« 

Je laisse remonter le souvenir des notes négatives de version latine ou de dictées, qui, malgré les progrès, avoisinaient seulement le zéro… Qui en serait nostalgique ?

Gardons donc du recul face à ces chiffres en pied de bulletin qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre, et considérons-les plutôt comme des indices à interroger pour comprendre, avec l’enseignant, les difficultés qu’a rencontrées l’enfant dans cette première partie de l’année, et agir tous ensemble pour les surmonter de manière bienveillante et constructive.

Nathalie Anton

[1] L’Ecole en questions, magazine Sciences Humaines, hors série n°5, octobre 2006.

[2] Est-il possible de prédire l’évolution de la motivation pour le travail scolaire de l’enfance à l’adolescence ? J.L. Gurtner, A. Gulfi, I. Monnard, J. Schumacher. Revue Française de Pédagogie n°155, avril-mai-juin 2006.