Laïcité : pour autoriser et non bannir toutes les convictions.

Capture d’écran 2019-09-30 à 09.24.35Le vent de polémique étant, je l’espère, retombé, je remercie la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) d’avoir eu le courage rappeler que les parents d’élèves, quelle que soit leur religion, sont les bienvenus dans l’école publique.

Les amalgames entretenus même au plus haut niveau culpabilisent et excluent une partie des parents. Pourtant, la loi est claire. Rappel en 3 points…

1. Qu’entend-on par « laïcité » ?

D’après le gouvernement : « La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions. (…) La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public. » (https://www.gouvernement.fr/qu-est-ce-que-la-laicite)

2. Qui est soumis à l’interdiction du port ostensible de signes religieux à l’école ?

Comme l’a bien expliqué au Monde, le 25 septembre dernier, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité : « Les élèves des établissements scolaires publics sont soumis à un fort devoir de discrétion depuis la loi du 15 mars 2004, qui leur interdit de manifester ostensiblement, par le port de signes ou de tenues, leur appartenance religieuse. (…) Il s’agit, dans ces espaces scolaires et dans une phase d’acquisition des bases du savoir, à un âge où chacun doit développer son esprit critique et se forger librement ses opinions, de préserver les enfants de pressions qu’ils pourraient subir pour porter tel ou tel signe.« 

De même, l’article 25 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, modifié par la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires, dispose que : « Le fonctionnaire exerce ses fonctions dans le respect du principe de laïcité. A ce titre, il s’abstient notamment de manifester, dans l’exercice de ses fonctions, ses opinions religieuses. » 

3. Les parents accompagnateurs sont-ils soumis à cette obligation ?

Pas du tout ! Le Conseil d’état rappelle que : « Les intervenants extérieurs apportant leur concours aux activités d’enseignement ne sont pas soumis  à l’exigence de neutralité religieuse. Ce sont des collaborateurs occasionnels qui ne sont pas des agents publics, en conséquence le port de signe ou tenue spécifique ne peut leur être interdit, sauf à perturber l’ordre public ou pour raison de service. » 

C’est seulement dans le cas où les parents feraient du prosélytisme que les chefs d’établissement pourraient refuser la présence de certains parents. Mais là encore, Nicolas Cadène demande de ne pas faire d’amalgame :  « Le prosélytisme ne se caractérise pas par le port d’un signe mais par un comportement, par la promotion d’une religion par des paroles, des écrits pour que l’autre y adhère par exemple. » 

Nathalie Anton

Plaidoyer pour le temps libre des enfants

Capture d’écran 2019-08-22 à 21.06.56« Nous avons ruiné l’enfance. » Tel est le constat sans appel de l’auteure américaine Kim Brooks (1), qui s’interrogeait, dans une tribune publiée le 17 août dernier dans le New York Times, sur le bien-être des jeunes confrontés à un encadrement quasi constant de leurs activités. Voici quelques extraits de sa réflexion portant certes sur les Etats-Unis, mais qui donne matière à réfléchir aux éducateurs que nous sommes.

« Selon le psychologue Peter Gray, les enfants d’aujourd’hui sont plus déprimés qu’ils ne l’étaient pendant la Grande Dépression, et plus anxieux qu’aux pires moments de la Guerre Froide. Une étude publiée en 2019 dans le Journal of Abnormal Psychology révèle que les taux de dépression chez les 14-17 ans ont augmenté de plus de 60% entre 2009 et 2017, et de 47% chez les 12-13 ans. Et cette hausse des diagnostics ne s’explique pas uniquement par une plus grande attention portée à la santé mentale des enfants et des adolescents. En effet, le nombre de jeunes qui se sont présentés aux urgences avec des pensées suicidaires ou ayant attenté à leur vie a doublé entre 2007 et 2015.  

Or, l’impact du stress généré par l’école sur la santé psychologique est corroboré par des études portant sur le suicide des enfants et des adolescents. Selon le docteur Grey, « le taux relatif au suicide des jeunes (qu’il s’agisse des idées suicidaires, des tentatives de suicide ou des décès avérés) est deux fois plus important pendant les mois d’école, qu’il ne l’est pendant les grandes vacances, alors que ce taux est plus élevé pour les adultes en été. »  

Mais les problèmes de santé mentale et émotionnelle ne résultent pas seulement de ce qui se passe sur le temps scolaire. Pour de nombreux enfants, la différence entre l’école et les activités extrascolaires est à peine palpable : les heures en dehors des cours ressemblent de plus en plus… à des heures de cours ! Les enfants passent des après-midis, des week-ends ou des étés entiers dans des structures d’accueil pendant que leurs parents travaillent.

Quelque chose doit donc changer. Les enfants ont besoin de récréations, de déjeuners plus longs, de temps libre, de jeux non supervisés et de moments passés en famille. Ils ont besoin qu’on allège les devoirs à la maison et les contrôles à l’école, et que l’accent porte davantage sur l’apprentissage des compétences sociales et émotionnelles. 

Nombreux sont les parents et les pédiatres qui incriminent les écrans et les réseaux sociaux, mais les supprimer ou les limiter n’est pas suffisant. Les enfants se tournent vers les écrans parce que les opportunités d’interactions dans la vraie vie ont disparu.

D’après le Dr. Gray, « les enfants  sont prêts à se lever une heure plus tôt une fois par semaine, pour avoir un temps de jeu non supervisé ! Face à une telle soif exprimée de temps libre, comment s’étonner que tant d’enfants soient malheureux ? »

Nathalie Anton

Kim Brooks est l’auteure de “Small Animals: Parenthood in the Age of Fear.

Image : Credit João Fazenda

Un outil concret pour planifier les devoirs maison !

Entre les obligations familiales (faire les courses, sortir le chien…), les activités sportives ou artistiques, l’attraction des écrans, l’envie et le besoin de ne RIEN faire… il est parfois difficile pour les élèves de gérer seuls leurs devoirs à la maison. Or, les bonnes habitudes sont à prendre dès le début de l’année ! Pour les aider à s’en sortir, voici deux tableaux qui leur permettront d’estimer au mieux leur charge de travail et de visualiser les temps disponibles pour l’abattre. 

Le premier tableau correspond à un semainier, avec les heures sur l’axe vertical et les jours de la semaine sur l’axe horizontal. Toutes les plages horaires occupées par les cours, les repas, les activités extrascolaires, les moments de détente nécessaires, etc. sont cochées, car ce sont des plages pendant lesquelles l’enfant ne peut pas faire ses devoirs.

Tableau 1 :

Heures Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche
7h-8h Petit-déjeuner / Trajet Petit-déjeuner / Trajet
8h-9h Maths H.G
9h-10h Français H.G
10h-11h SVT Physique-chimie
11h-12h Déjeuner Espagnol
12h-13h Déjeuner Déjeuner
13h-14h EPS Déjeuner
14h-15h EPS Maths
15h-16h Anglais Maths
16h-17h Retour / Goûter Techno
17h-18h Retour / Goûter
18h-19h Danse
19h-20h Dîner
20h-21h Dîner
21h-22h
22h-23h Coucher Coucher

Dans le cas de cet élève fictif, seules 4 heures le lundi et 2 heures le mardi sont libres pour faire les devoirs.

Le deuxième tableau recense, matière après matière, le travail à faire noté dans l’agenda, et l’estimation approximative du temps à y consacrer.

Tableau 2 :

Matière Devoirs à faire Pour le… Temps estimé
Mathématiques Exercices 5 à 8 p. 54 Mercredi 12 septembre 30 minutes
Arts Plastiques
Anglais

Une fois ce tableau rempli, l’élève répartit ce temps de travail estimé par matières sur les heures laissées libres dans le premier tableau. Il obtient alors une vision très claire du temps qui lui reste réellement pour faire ses devoirs, et du poids que représentent ses activités annexes.

S’il peut sembler assez artificiel au départ, cet exercice permet d’anticiper les échéances, d’éviter les devoirs bâclés, les nuits d’insomnie, ainsi que le stress généré par la procrastination !

Nathalie Anton