Promouvoir l’équité pour une plus grande égalité des chances

Capture d_écran 2018-11-08 à 19.57.18« Ce que souhaitent des parents avisés pour leurs enfants devrait être ce que souhaite tout gouvernement pour chaque enfant. »(1) C’est par ces mots que s’ouvre le rapport de l’OCDE (2) publié le 23 octobre dernier, intitulé « L’équité dans l’éducation : éliminer les barrières à la mobilité sociale.« 

« En éducation, l’équité signifie que des élèves issus de milieux socio-économiques différents atteignent des niveaux similaires de performance scolaire et de bien-être social et affectif, et ont la même probabilité d’obtenir un diplôme de l’enseignement post-secondaire. »

Or, il apparaît qu' »en France, le lien entre milieu social et performance est parmi l’un des plus élevé des pays de l’OCDE. »

Les élèves français issus d’un milieu socio-économique défavorisé obtiennent ainsi de moins bons résultats scolairesnotamment en sciences. Ils sont pour la moitié d’entre eux scolarisés dans des établissements également défavorisés, où l’enseignement s’avère de moins bonne qualité (gestion des problèmes de discipline réduisant le temps d’enseignement, faible niveau de certains élèves entraînant de plus faibles attentes de la part de professeurs, enseignants moins qualifiés, équipes éducatives moins stables, implication moindre des parents…). Ils ont, en outre, moins de chances de finir diplômés de l’enseignement supérieur si leurs parents eux-mêmes ne le sont pas. Enfin, ces élèves ont tendance à faire part d’un sentiment de bien-être (3) inférieur à celui des élèves issus de milieux plus favorisés

Pour lutter contre ce qui n’est pas une fatalité, le rapport de l’OCDE avance ainsi les recommandations suivantes :

« Les politiques et les pratiques visant à fournir les mêmes chances à tous les enfants peuvent être mises en place au niveau de la classe, de l’établissement et du système éducatif dans son ensemble. Les pays doivent prendre en compte la mise en place et le renforcement des politiques et programmes visant à soutenir les élèves défavorisés dans leur apprentissage. Par exemple, les pays peuvent promouvoir un plus grand accès à l’éducation pré-scolaire et d’accueil de la petite enfance, surtout pour les familles défavorisées, car ces programmes fournissent des environnements d’apprentissage plus équitables et aident les enfants à acquérir des compétences sociales et émotionnelles.

Les pays peuvent aussi se fixer des objectifs ambitieux et suivre les progrès des élèves défavorisés, concentrer des moyens supplémentaires sur ces élèves et réduire leur concentration dans certaines écoles. Ils peuvent aussi développer les capacités des enseignants à identifier les besoins des élèves et à gérer des classes hétérogènes, à promouvoir une meilleure communication entre les parents et les enseignants, et à encourager les parents à s’impliquer dans la scolarité de leurs enfants. Les enseignants et les écoles peuvent améliorer le bien-être des élèves et créer un environnement propice aux apprentissages en mettant en avant l’importance de la persévérance, de l’effort et d’utiliser des moyens d’apprentissage adéquats, et enfin à encourager les élèves à s’entre-aider, par exemple avec des programmes de tutorat entre pairs. »

Nathalie Anton

(1) Andreas Schleicher, Directeur de la Direction de l’éducation et des compétences à l’OCDE.

(2) Organisation de coopération et de développement économiques. 

(3) Mesuré dans l’enquête à travers le sentiment d’appartenance à l’école, le sentiment de compétence en sciences et les ambitions professionnelles.

 

Santé mentale des adolescents : un champ à investir

L’émission Etre et Savoir, diffusée le 14 octobre dernier sur France Culture et consacrée à la santé mentale des jeunes, soulignait « l’urgence d’agir ». En témoignent les chiffres alarmants donnés par le psychiatre David Gourion, qui était ce jour-là l’un des invités de Louise Tourret : 

« Chez les adolescents et les jeunes adultes, un individu sur quatre est en situation de souffrance psychique et la majorité d’entre eux n’a aucune aide. (…) La dépression est l’un des facteurs les plus fréquents de décrochage scolaire. » (1) 

Un rapport de synthèse du réseau européen des ombudsmans des enfants (ENOC) indique en outre que « selon le troisième rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS), en France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, après les accidents de circulation, et représente 16 % des décès de cette tranche d’âge en 2014. » (2) 

Faible prévention, difficultés de dépistage (à l’école, l’infirmier scolaire est souvent en charge de plus de 1000 élèves), difficultés d’accès au soin (le nombre de pédopsychiatres est insuffisant et les psychologues ne sont pas remboursés), difficultés de prise en charge (malgré la loi du 11 février 2005, l’école peine à accueillir les élèves en situation de handicap physique et mental)… les ombres au tableau énumérées dressent un portrait bien noir de la situation.

Face à ce triste constat, les deux autres invitées de l’émission – Brigitte Accart, Secrétaire générale du Syndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs de santé, et Geneviève Avenard, Présidente du Réseau européen des défenseurs des enfants-, s’accordaient avec David Gourion pour pointer, certes, un problème de moyens, mais aussi de culture. 

En effet, la pression de réussite scolaire (véhiculée par les enseignants et les parents) conduit à accroître l’anxiété chez les élèves. Au lieu de s’attacher aux compétences acquises et aux efforts individuels fournis, l‘évaluation classe encore trop souvent les élèves les uns par rapport aux autres, en émoussant l‘estime et la confiance en soi.

En outre, le manque de temps et d’espaces de parole disponibles en dehors de la classe nuisent à la création d’un climat de confiance entre les jeunes et les adultes.

Promouvoir le développement d’un climat scolaire bienveillant, axé sur l’acquisition des compétences socio-émotionnelles (ou psychosociales) est ainsi essentiel. Geneviève Avenard citait pour conclure cette recommandation formulée par un groupe de jeunes conseillers européens (3) à laquelle nous ne pouvons que souscrire ;

« Le système d’éducation devrait être modifié dans le but de donner autant d’importance  au développement émotionnel de l’enfant qu’à e sons succès scolaire qui ne devrait pas être le seul objectif. »

Nathalie Anton

(1) La fragilité psychique des jeunes adultes : 15-30 ans : prévenir, aider et accompagner, David Gourion, Odile Jacob, 2015.

(2) La santé mentale des enfants et des adolescents en Europe, rapportENOC, septembre 2018.

3) « Droits de l’enfant et bien-être, promouvoir la santé mentale« , conférence organisée par le réseau européen des défenseurs des enfants (ENOC) les 19 au 21 septembre 2018 à Paris.

Illustration : Le Combat ordinaire, Manu Larcenet, Edition Dargaud (2003).

Développons les compétences sociales et émotionnelles de nos élèves !

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« Les comparaisons internationales des compétences socio‐comportementales des élèves montrent un retard français (…). C’est bien l’ensemble des élèves français qui sont plus anxieux, moins persévérants, moins ouverts à la résolution de problèmes etc., quelle que soit leur origine sociale. (…) En France, l’indice du sentiment d’anxiété est près de 10 fois plus élevé chez les filles que chez les garçons.« 

Les conclusions de l’étude menée par le Conseil d’analyse économique (1) sont éloquentes. Notre système scolaire, particulièrement au collège et au lycée, néglige tout un pan du développement des jeunes : celui de leur équilibre relationnel et affectif. L’école prétend s’adresser à des élèves, en oubliant que ce sont des enfants et des adolescents qu’elle accueille. Tant que l’enseignement se focalisera essentiellement sur leurs compétences cognitives individuelles (mémoire, connaissances, raisonnement,…) sans les aider à développer leurs compétences :

  • sociales : tisser des relations saines avec les adultes et leurs pairs, apprendre à collaborer, gérer les conflits, promouvoir la diversité…
  • émotionnelles : connaître leurs émotions, apprendre à les reconnaître chez les autres, savoir maîtriser leur débordement…
  • organisationnelles et comportementales : gérer leur emploi du temps, se fixer des objectifs et les tenir, faire des choix responsables pour eux-mêmes et pour autrui…

Alors les jeunes, comme amputés d’une partie d’eux-mêmes, peineront à s’épanouir totalement à l’école… et dans leur vie ! Car la connaissance, la maîtrise et l‘estime de soi, de même que la reconnaissance de l’autre et la capacité à collaborer avec lui en bonne intelligence, ont des bénéfices qui dépassent la seule enceinte des établissements scolaires. Ces life skills comme les appellent les Anglo-saxons, c’est-à-dire, littéralement, ces compétences de vie, impactent le bien-être global des élèves, et in fine, leur réussite scolaire présente et professionnelle future. Or ces compétences se travaillent ! Il donc grand temps que la France rattrape son retard et forme enfin les jeunes – et leurs enseignants ! – à leur acquisition. 

Dans un livre à paraître en novembre aux éditions Eyrolles, je présenterai précisément le programme dédié au développement des compétences socio-émotionnelles que j’ai eu la responsabilité de mettre en oeuvre au Lycée Français de New York. En France aussi, le bien-être des jeunes à l’école doit devenir la priorité.

Nathalie Anton

(1) Conseil d’analyse économique, Focus, n° 026-2018, Yann Algan, Elise Huillery et Corinne Prost, octobre 2018.

Illustration : Sempé, Marcellin Cailloux (1969)