Les quatre piliers de l’apprentissage, selon Stanislas Dehaene

“Neurosciences et Education”, épisode 3. Revenons sur les 4 piliers de l’apprentissage identifiés par le neuroscientifique Stanislas Dehaene, dans ses cours dispensés en 2014-2015 au Collège de France…

1/ L’attention

Stanislas Dehaene l’affirme sans détours : « le plus grand talent d’un enseignant consiste à canaliser et captiver, à chaque instant, l’attention de l’enfant, afin de l’orienter vers le niveau approprié, mais aussi lui apprendre à faire attention. »

L’éducateur aide l’enfant à développer son attention en lui indiquant notamment quand être attentif (par un ton, un regard, une gestuelle adaptée…) et à quoi être attentif (en hiérarchisant les informations, en surlignant les éléments importants, en répétant les concepts clés…).

La double-tâche (écouter et prendre des notes par exemple) est ainsi peu recommandée avec les plus jeunes enfants ou les élèves en difficulté . De même, pour favoriser l’attention, Stanislas Dehaene recommande que l’environnement de travail offre peu de distractions (le lieu peut être “attrayant”, dit-il, mais pas “distrayant”, et l’on peut ici penser à la place des écrans ou de la musique tant prisés par les adolescents…)

Pour favoriser l’attention, donc acquérir la « capacité d’inhiber ses comportements indésirables et de rester concentré en présence d’une distraction », le neuroscientifique évoque quelques moyens permettant d’augmenter le contrôle de soi :

  • La pratique d’un instrument de musique
  • La pratiquer la méditation (capacité de focaliser sur certaines de ses pensées et d’en écarter d’autres)
  • L’entraînement moteur (type écoles Montessori)

2/ L’engagement actif (la curiosité)

Mieux vaut susciter l’engagement actif de l’enfant que lui proposer un enseignement magistral face auquel il sera passif. Ce sont en effet les pédagogies actives qui se révèlent les plus efficaces, et l’enseignement magistral peut bloquer la curiosité de l’enfant qui se limitera à ce qui est enseigné sans chercher à explorer davantage.

« La rétention en mémoire est meilleure lorsque la curiosité est élevée ! », nous dit le neurologue.

Or la curiosité est maximale lorsque la réponse peut être devinée ou repose sur des éléments déjà connus (l’enfant va décrocher si on lui propose des situations d’apprentissage soit trop faciles ou trop difficiles). C’est pourquoi il est recommandé de faire des petits tests pour retenir les leçons, plutôt que de les lire et relire passivement : en formulant des prédictions, l’élève fixe les réponses données plus solidement dans sa mémoire.

Stanislas Dehaene, ajoute enfin que la recherche de compréhension maximise l’apprentissage : on retient mieux si l’on réfléchit sur le sens de ce que l’on apprend.

3/ Le retour d’information (signaux d’erreur, récompense et motivation)

L’apprentissage est également optimisé par le retour immédiat qu’on fait à l’élève sur ses erreurs. Il faut éviter le plus possible de différer les réponses justes, et rebondir sur la curiosité suscitée dans la phase d’exploration, de tâtonnement, de recherche d’hypothèses.

Cependant, sachant que le stress, la peur et le sentiment d’impuissance bloquent les apprentissages, « il faudrait que l’école puisse accepter que c’est normal pour des enfants de se tromper à condition qu’on puisse se corriger sans pour autant être sanctionné. »

Permettre à l’enfant de se tromper sans crainte, lui reconnaître le droit à l’erreur est donc essentiel. On peut ainsi promouvoir l’auto-évaluation, ou encore redonner les mêmes tests après correction pour mesurer les progrès faits après correction. Pour éviter que les notes données soient vécues comme une sanction, Stanislas Dehaene explique en effet que

« Certaines notes ont un caractère profondément injuste lorsqu’elles sanctionnent des exercices dont le niveau ne cesse d’augmenter semaine après semaine à mesure que le cours progresse”, comme si à chaque entraînement d’athlétisme, on augmentait la hauteur des haies !

4/ La consolidation des apprentissages : l’importance du sommeil  

L’hippocampe qui est associée à la mémoire et à la consolidation des apprentissages est activée de façon très forte pendant le sommeil.

Deux hypothèses sur le rôle encore en partie méconnu du sommeil :

–       Les souvenirs épisodiques seraient transformés en règles, en invariants.

–       une sorte de nettoyage cérébral s’opérerait, restaurant la capacité d’apprendre le lendemain.

Stanislas Dehaene insiste ainsi sur le fait qu’il faille laisser les enfants dormir car cela indique qu’ils ont des apprentissages à consolider.

Le thème du sommeil n’est-il pas tout à fait adapté pour vous laisser méditer sur ces quatre piliers pendant les quinze prochains jours ? N’hésitez pas dans l’intervalle à relire un article déjà publié sur ce thème :

Le sommeil, facteur clé de l’apprentissage

Nathalie Anton

“Neurosciences et Education”

Puisque la mode est aux séries, le feuilleton “Neurosciences et Education” occupera la rentrée de ce blog, sur lequel vous découvrirez chaque quinzaine une petite synthèse des cours dispensés en 2014-2015 au Collège de France par l’excellent neuroscientifique Stanislas Dehaene (déjà cité dans mon article précédent sur le sommeil des adolescents, rebaptisé “Episode 1”).

Episode 2

Dans son cours intitulé “Education, plasticité cérébrale et recyclage neuronal”, Stanislas Dehaene explique que l’apprentissage est notamment favorisé par un environnement social soutenant qui expose les sujets à la nouveauté. Inversement, l’apprentissage s’avère entravé par la peur et les émotions négatives.

L’éducation peut moduler de façon extrême le potentiel initial de l’enfant :

  • La science a révélé que des lésions cérébrales massives pouvaient être en partie surmontées grâce à l’environnement
  • Il est erroné de croire que seuls les spécialistes peuvent aider les élèves souffrant de troubles de l’apprentissage (type « dys ») : tous les éducateurs – parents comme enseignants… – ont un rôle à jouer en stimulant et valorisant le potentiel de l’enfant

L’environnement d’apprentissage, qu’il soit familial ou scolaire, doit être :

  • d’une grande richesse
  • empli de renforcements positifs
  • libéré de toute peur (peur de la mauvaise note, peur de la punition, peur des réprimandes…)

Espérons donc que le constat de l’enquête PISA 2012 (« Program for International Student Assessment ») cité ci-dessous aura évolué en mieux lors des résultats de l’enquête 2015 à paraître le 6 décembre 2016 prochain :

la France se situe toujours bien en dessous de la moyenne de l’OCDE, contrairement au Liechtenstein, à l’Autriche ou à la Suisse, où au moins quatre élèves sur cinq se sentent chez eux à l’école, contre moins d’un élève sur deux en France. La France, avec seulement 47 % des élèves déclarant se sentir chez eux à l’école, affiche la proportion la plus basse de tous les pays et économies ayant participé au cycle PISA 2012.

 Nathalie Anton

Le sommeil, facteur clé de l’apprentissage

Je souhaitais consacrer ce premier article de l’année scolaire à ce qui manque le plus cruellement aux enfants et adolescents lorsqu’ils ne sont plus en vacances : le sommeil. Celui-ci joue, comme on le sait, un rôle essentiel dans la consolidation des apprentissages et sa quantité insuffisante pourrait être la cause de nombreuses pathologies, notamment des troubles de l’attention chez l’enfant. Or voici une recommandation intéressante donnée par le neuroscientifique Stanislas Deheane dans son cours du 10 février 2015 au Collège de France, portant précisément sur l’importance du sommeil dans l’apprentissage :

« Chez les adolescents, les cycles de sommeil sont légèrement modifiés. Ce n’est pas de leur faute, ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est comme ça, et donc ils ont besoin de dormir de façon un petit peu décalée en se couchant plus tard et en se réveillant plus tard dans la journée. Et il n’est pas forcément nécessaire d’aller contre ce phénomène qui est strictement biologique apparemment, mais au contraire, des études ont montré que si l’école sait s’adapter, par ses horaires, au cycle particulier de sommeil de l’adolescent, tout le monde en bénéficie. Et donc c’est une intervention extraordinairement simple pour le Ministère de l’Education Nationale : décaler les horaires de manière à ce que les enfants des plus grandes classes puissent rentrer en classe un petit peu plus tard et avoir un meilleur sommeil. »

Faute d’avoir des établissements scolaires qui appliquent ce conseil plein de bon sens, nous ne pouvons que conseiller aux parents de laisser leurs adolescents dormir davantage le weekend, car même si leur dette de sommeil ne se rattrapera pas totalement, il est nécessaire qu’ils puissent bénéficier d’un repos de qualité, indispensable à leur réussite scolaire.

Nathalie Anton