Meilleurs voeux de réussite… mais qu’est-ce que la réussite ?

Avant de refermer ce blog pour les grandes vacances,  je voudrais rapporter les propos que Véronique Decker a tenus sur France Culture dans l’émission Rue des écoles le 21 mai dernier. En cette fin d’année scolaire, période d’orientation, de conseils de classes et d’examens, cette directrice d’école en Seine-Saint-Denis, auteure de l’ouvrage L’Ecole du peuple (1), nous explique ce qu’est, à ses yeux, la réussite scolaire :

« Je pense que la fonction de l’école n’est pas la réussite, parce qu’on ne sait pas de quoi l’avenir est fait, parce qu’on ne sait pas quelles formations permettront d’avoir de l’emploi ou que ces emplois apportent des salaires (…). La promesse de l’école publique, c’est l’émancipation, c’est à dire le fait que chaque enfant (…) puisse rencontrer des gens qu’il n’aurait pas rencontré avec ses parents, lire des livres qu’il n’aurait pas lus spontanément, visiter des lieux dans lesquels il ne serait pas allé (…), accéder à d’autres visions du monde. Et c’est ça la formation du citoyen, c’est à dire la possibilité de se décentrer de sa propre vision pour pouvoir aborder le regard de l’autre et être empathique à l’autre. Et pour moi la fonction essentielle de l’école, c’est de donner à aux enfants les outils de compréhension du monde qui permette l’émancipation de leur pensée. (…) On voit à quel point ce mot de réussite donne aux gens une vision déformée du réel, parce qu’on n’est pas là pour réussir, s’en sortir, se sortir de quoi ? (…) L’objectif est que nous soyons capables de vivre tous ensemble et de trouver notre place, une place suffisamment juste socialement pour qu’il n’y ait pas un monde de winners et de loosers ».

Bonnes vacances à tous, et au plaisir de vous retrouver à la rentrée prochaine !

Nathalie Anton

(1) Editions Libertalia, Paris 2017

Illustration : Calvin and Hobbes, Bill Watterson

Les problèmes de discipline en classe

Je reproduis aujourd’hui des extraits de l’interview de Denis Meuret menée sur France Info par Anne Brigaudeau le 31 mars dernier. Dans une note du Conseil scientifique de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), ce professeur en sciences de l’éducation montre, à partir des données de l’enquête PISA 2015 (1), que les classes françaises sont victimes d’une indiscipline supérieure à celle observée dans les autres pays.

« Franceinfo : Comment peut-on comparer l’indiscipline qui règne dans les classes françaises à celle qui existe dans les autres pays ?  Lire la suite

Ecole et numérique (2)

Je reviens cette semaine encore sur la déconstruction du mythe des  « enfants du numérique » ou « digital native » faite par deux chercheurs en éducation néerlandais, Paul A. Kirschner, Jeroen J. G. van Merrienboer (Do Learners Really Know Best? Urban Legends in Education. in Education, Educational Psychologist, 48(3), 169–183, 2013).

Les chercheurs s’interrogent sur cette idée que les enfants nés dans l’ère du numérique auraient développé la capacité d’être « multitâches », faisant leurs devoirs en même temps qu’ils textent ou surfent sur la toile sans que cela n’ait d’impact négatif sur leurs apprentissages. Or, les recherches montrent que cette impression est trompeuse.

En effet, lorsque les tâches ne sont pas automatisées (comme « marcher » par exemple, même si marcher et téléphoner peut multiplier les risques d’incidents), l’architecture cérébrale permet seulement de passer rapidement d’une tâche à l’autre (avec une illusion de simultanéité).

Cette rapidité acquise par les jeunes qui manient depuis l’enfance les outils informatiques ne signifie donc aucunement que cette aisance soit bénéfique ni efficace pour leurs apprentissages. Bien au contraire, il a été montré que les changements rapides de tâches conduisent à de moins bonnes performances scolaires.  Un élève qui fait ses mathématiques « en même temps » qu’il échange avec un ami sur Internet via une messagerie instantanée aura de moins bons résultats que s’il se concentre seulement sur les mathématiques. D’ailleurs, les enfants exposés au multi-tasking seraient des enfants  plus facilement distraits, ayant de mal à se concentrer.

Pour laisser le mot de la fin à Paul A. Kirschner et Jeroen J. G. van Merrienboer :

« Les gens pensent peut-être différemment, mais c’est un mythe. Face à des tâches aussi complexes, on ne sera jamais capable de surmonter les limites inhérentes à notre cerveau pour traiter les informations simultanément. Pour conclure, les recherches montrent que le changement ou la multiplication des tâches (« multitasking ») a un impact négatif sur l’apprentissage et les performances scolaires.« 

Nathalie Anton