L’heure de cours, d’après Daniel Pennac

Le changement d’heure est donc passé, petite heure précieuse qui nous rapproche un peu plus de l’été et des vacances scolaires ! Et pour illustrer ce que représente une heure de cours, je ne résiste pas au plaisir de partager aujourd’hui cet extrait de l’ouvrage Chagrin d’Ecole de Daniel Pennac (Gallimard 2007), qui illustre très bien mon quotidien de professeur de lettres, et celui, bien sûr de nombreux collègues… Le parallèle sportif donne un aperçu de l’énergie que mobilise toute relation pédagogique de part et d’autre de l’estrade :

« Mon travail consiste à faire en sorte que mes élèves se sentent exister grammaticalement pendant ces cinquante-cinq minutes.

Pour y parvenir, ne pas perdre de vue que les heures ne se ressemblent pas : les heures de la matinée ne sont pas celles de l’après-midi ; les heures du réveil, les heures digestives, celles qui précèdent les récréations, celles qui les suivent, toutes sont différentes. Et l’heure qui succède au cours de math ne se présente pas comme celle qui suit le cours de gym…

Ces différences n’ont guère d’incidence sur l’attention des bons élèves. Ceux-ci jouissent d’une faculté bénie : changer de peau à bon escient, au bon moment, au bon endroit, passer de l’adolescent agité à l’élève attentif, de l’amoureux éconduit au matheux concentré, du joueur au bûcheur, de l’ailleurs à l’ici, du passé au présent, des mathématiques à la littérature… C’est leur vitesse d’incarnation qui distingue les bons élèves des élèves à problèmes. Ceux-ci, comme le leur reprochent leurs professeurs, sont souvent ailleurs. Ils se libèrent plus difficilement de l’heure précédente, ils traînent dans un souvenir ou se projettent dans un quelconque désir d’autre chose. Leur chaise est un tremplin qui les expédie hors de la classe à la seconde où ils s’y posent. À moins qu’ils ne s’y endorment. Si je veux espérer leur pleine présence mentale, il me faut les aider à s’installer dans mon cours. Les moyens d’y arriver ? Cela s’apprend, surtout sur le terrain, à la longue. Une seule certitude, la présence de mes élèves dépend étroitement de la mienne : de ma présence à la classe entière et à chaque individu en particulier, de ma présence à ma matière aussi, de ma présence physique, intellectuelle et mentale, pendant les cinquante-cinq minutes que durera mon cours. »

A vos marques, prêts… dictée !

Nathalie Anton

 

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Bonnes résolutions (2) : favoriser la mixité scolaire et sociale au collège

Je donne la parole aujourd’hui à Pierre Merle, sociologue et professeur à l’université de Bretagne, qui plaide pour préserver la mixité scolaire dans un article intitulé « Construisons enfin un collège non élitiste !« (1).

S’appuyant sur les résultats de recherches internationales, il rappelle que les classes de niveau séparant les meilleurs élèves des plus faibles ont des effets négatifs sur le niveau global. A l’inverse, lorsque l’on propose un cursus commun mixant tous les profils, on réduit non pas le nombre de bons élèves, mais bel et bien celui des plus fragiles.

« Les comparaisons internationales menées dans le cadre des recherches Program for international student assessment (PISA) ont le grand mérite de montrer que la démocratisation du système éducatif français est faible et que, de surcroît, cette démocratisation progresse en Europe alors qu’elle stagne, voire régresse, en France : le niveau de compétences d’un élève demeure fortement corrélé à son origine sociale.
(…)

L’existence de cursus scolaires différenciés dès le collège, notamment en raison d’options telles que les classes bilangues et européennes, exerce un effet négatif sur l’égalité des chances. A contrario, un cursus commun à tous favorise une école équitable (les inégalités entre élèves sont faibles) et aussi, une école efficace (le niveau moyen des élèves est plus élevé). (…)

L’effet positif d’une scolarité indifférenciée des élèves au niveau collège tient notamment à l’existence de ce qu’il est convenu de nommer des effets de pairs. Concentrer tous les élèves faibles dans les mêmes classes suscite le découragement, la démobilisation et une augmentation de la proportion des élèves faibles. A contrario, l’hétérogénéité sociale et « académique » (selon le niveau de compétences) favorise les ambitions et les résultats scolaires des élèves faibles sans diminuer celles des bons élèves des catégories aisées. »

Nathalie Anton

(1) Le Monde, 28 mai 2017.

Opter pour la coopération scolaire, pas pour la compétition

une-idee-folle-ecole-documentaire-bande-annonce-1Une idée folle : passionnant documentaire de Judith Grumbach sur l’école et les orientations pédagogiques permettant de former de futurs citoyens dans un monde en mutation notamment écologique et technologique. Au moment où les notes commencent à s’accumuler sur le bulletin du premier trimestre de vos enfants, voici extrait de ce documentaire le regard que porte le biologiste et fondateur du Centre de Recherche Interdisciplinaire François Taddéi, sur notre système scolaire encore trop élitiste :

« Le problème d’un système éducatif basé sur la compétition, c’est que par définition, il n’y aura qu’un seul premier de classe par classe. Et si en plus l’on crée des classes dans lesquelles on met tous les premiers de classe, alors il y aura très peu d’enfants qui auront été premiers de classe toute leur vie. Et si quand on n’est pas premier de classe on croit qu’on est un moins que rien, cela veut dire qu’on crée une société dans laquelle la plupart des gens sont convaincus qu’ils ont très peu de valeur, et ça c’est juste catastrophique.

Par contre, si on apprend à coopérer, et si on apprend à se rendre compte qu’au-delà des capacités individuelles de chacun, le collectif est capable de faire des choses qu’aucun d’entre nous se saurait faire seul, alors on développe complètement une autre perspective, et que ce soit dans le monde de l’entreprise, le monde associatif ou même dans la famille : à tous ces échelons-là, on a évidemment besoin de coopérer pour arriver à faire mieux ensemble qu’on ne saurait faire seul. »

Une idée… bien plus sage que folle !

Nathalie Anton