Pour un usage raisonné du smartphone

En ces jours pleins de bonnes résolutions qui caractérisent la nouvelle année, qu’allons-nous changer des rapports que nos ados et nous-mêmes entretenons aux écrans ? Dans un dossier intitulé « L’Abus de smartphone rend-il idiot ? » l’hebdomadaire Télérama (1) fournit à ses lecteurs de solides arguments pour réfléchir à leur utilisation permanente. Extraits choisis :

« Beaucoup de jeunes de 10-12 ans se plaignent de parents accros à leur téléphone. J’aimerais tellement que ma mère ou mon père n’ait plus de portable est une phrase que nous entendons dans tous les groupes de paroles. » (Jim Steyer, PDG de la fondation Common Sense Media, la plus grande plateforme d’alerte aux Etats-Unis sur les dangers liés aux écrans)

« En France, une récente étude de l’Ifop (2) a montré que 42% des utilisateurs de smartphones s’estiment « dépendants » de leur doudou high-tech, touchés par ce mal numérique baptisé Fomo (Fear of missing out), la peur de manquer quelque chose. Pour les deux tiers d’entre eux, c’est une emprise dont ils aimeraient se défaire.« 

« Les Français consultent leur smartphone en moyenne 26 fois par jour, le double pour les 18-24 ans ; 20% s’en saisissent au saut du lit, et 41% l’utilisent au milieu de la nuit. » (3)

« 92% des adolescents français de 12-17 ans ont un smartphone (88% au collège, 96% au lycée). Près de 4 sur 5 sont inscrits sur les réseaux sociaux, Snapchat en tête ; 28% des adolescents équipés répondent « tout le temps » à leurs messages, de jour comme de nuit (3). Que font leurs parents ? D’après Havas Media, 53,7% des parents français interrogés acceptent que leur enfant emporte son smartphone le soir dans sa chambre. »

Baisse de temps de concentration et de sommeil, illusion de maîtrise et de savoir, exposition à des contenus inappropriés, fragilisation de l’estime de soi, communications et publications à risques, cyber-harcèlement… S’il n’est pas question de diaboliser ce « silex des temps modernes » (6), prendre du recul vis-à-vis du smartphone, et encadrer son usage pour les jeunes peut s’avérer sage et bénéfique.

Bonne année à tous !

Nathalie Anton

(1) Télérama n°3594, 1er-7 décembre 2018.

(2) Institut français d’opinion publique.

(3) Etude réalisée par le cabinet Deloitte en 2016.

(4) Etude réalisée par BVA pour la marque commerciale de téléphones mobiles et de smartphones Wiko, octobre 2018.

(5) Pierre-Marc de Biasi, directeur ede recherche émérite au CNRS et auteur de l’ouvrage Le Troisième cerveau. Petite Phénoménologie du smartphone, 2018.

Illustration : http://www.codeps13.org/

Valoriser l’apprentissage de l’arabe à l’école

Comme je l’écrivais l’an dernier dans mon ouvrage Non, Votre Ado n’est pas feignant, toutes les langues étrangères ne sont malheureusement pas représentées de la même manière en France, scolairement et socialement. Malgré les atouts énumérés du bilinguisme, être bilingue en anglais ou en allemand n’induit pas, par exemple, les mêmes effets ni les mêmes connotations qu’être bilingue en turc ou en arabe. Que ce soit parce que leur langue maternelle n’est pas parlée, enseignée ou valorisée à l’école, parce que l’on se moque de leur accent ou parce qu’ils ont peur d’être « catalogués », certains enfants peuvent développer une gêne qui entravera leurs apprentissages.

Or, la professeure des universités spécialiste du bilinguisme Christine Hélot le martèle : « Aucun enfant ne devrait avoir honte de la langue de sa famille, et toutes les langues des élèves devraient être légitimées par les acteurs éducatifs[1]. » Le bilinguisme fait partie de la réalité et de l’identité de nombreux élèves, et ne doit pas être ignoré et encore moins stigmatisé.

Je profite donc de la journée mondiale de la langue arabe du 18 décembre pour rapporter ainsi l’opinion de la journaliste Mathilde Blottière, exprimée dans le Télérama 3584 du 19 septembre dernier : « L’arabe est l’une des langues les plus parlées au monde. Pratiquée par plus de trois millions de personnes en France, mais encore ultra-minoritaire dans le secondaire (en 2017, son apprentissage ne concernait que deux élèves sur mille), elle est aussi légitime que le russe et le chinois, également concernés par le « renforcement » voulu par Jean-Michel Blanquer. (…) La connaissance mène rarement à l’obscurantisme, et confier à l’école laïque et républicaine le soin d’enseigner l’arabe c’est une façon de lutter contre sa ghettoïsation et son instrumentalisation religieuse. Le laisser enfin être ce qu’il est : non pas la langue d’une confession, mais une langue de mondialisation. »

Et pour les lecteurs qui voudraient profiter des vacances à venir pour découvrir des auteurs du monde arabe, voici ce lien vers une liste d’écrivains.

Nathalie Anton

[1] Interview de Christine Hélot, 22 avril 2013.