La laïcité est notre liberté

Mes pensées vont aujourd’hui à Samuel Paty et à ses proches, ainsi qu’à tous les parents, élèves et collègues que ce crime sidérant soude autour des valeurs de tolérance et de laïcité.

Trois citations pour les illustrer, ainsi que la Marianne créée au lendemain des attentats de novembre 2015 par l’artiste américain Shepard Fairey, plus connu sous le nom de Obey.

Liberté, Égalité, Fraternité, Obey, 2015.

« Rien n’est plus contraire à la Religion que la contrainte (…) ll en est de la Religion comme de l’amour ; le commandement n’y peut rien, la contrainte encore moins ; rien de plus indépendant que d’aimer et de croire (…) La Religion est instituée pour nous rendre heureux dans cette vie et dans l’autre. Que faut-il pour être heureux dans la vie à venir ? Être juste. Pour être heureux dans celle-ci, autant que le permet la misère de notre nature, que faut-il ? Être indulgent. Ce serait le comble de la folie de prétendre amener tous les hommes à penser d’une manière uniforme sur la Métaphysique. » (Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763).

« La laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix. » (Article 6 de la Charte de la laïcité à l’École)

« La construction de l’esprit critique est essentielle pour amener les élèves à s’informer et évaluer l’information, interpréter et confronter les interprétations dans une attitude réflexive qui accepte le débat et le pluralisme. Cet état d’esprit requiert la prise de conscience que l’esprit critique n’est jamais acquis : c’est une démarche intellectuelle à construire. » (Vademecum La Laïcité à l’école, Ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse, octobre 2019).

Nathalie Anton

Filles-Garçons : traitons-nous nos élèves de la même façon ?

Je partage aujourd’hui quelques différences de traitement (souvent inconscientes) observées chez les enseignants vis-à-vis de leurs élèves filles ou garçons. Bien que déstabilisant, cet extrait de l’ouvrage passionnant intitulé Introduction aux études sur le genre (1) permet d’interroger les biais qui contribuent, malgré soi, à reproduire les inégalités hommes/femmes :

« Les études centrées sur les pratiques des enseignants montrent qu’ils ne se comportent pas de la même façon avec les élèves des deux sexes. Dans les classes mixtes, ils interagissent beaucoup plus, sans en avoir conscience, avec les garçons qu’avec les filles. Le constat vaut quel que soit le sexe de l’enseignant. (…) Lorsqu’on s’intéresse aux contenus des interventions des enseignants en direction des filles et des garçons, et notamment l’observation de leurs copies, on remarque que les enseignants adressent davantage aux garçons de commentaires sur le fond et sur la qualité intellectuelle de leur travail, alors que les commentaires aux filles concernent plus la forme et la présentation. (…) Les bonnes copies des filles sont louées pour leur propreté, celles des garçons pour leur richesse ou leur originalité. En outre, les enseignants attribuent plutôt la réussite des filles à leur effort, leur travail, tandis qu’ils associent davantage celle des garçons à leurs capacités intellectuelles et à leur « talent ». En cas d’échec, ils considèrent plus volontiers que les garçons « n’exploitent pas toutes leurs capacités ». Pour un même niveau en mathématiques, ils orientent davantage les garçons dans des filières scientifiques. (…) Dans l’ensemble, si les filles réussissent davantage, elles sont orientées moins favorablement que les garçons. Les enseignants ont aussi des idées stéréotypées quant aux comportements des deux sexes : on s’attend à ce que les filles soient sages et les garçons dissipés. (…) Les attentes des enseignants ont des effets auto-réalisateurs : les idées que les enseignants se font sur les élèves provoquent chez ces derniers des comportements qui s’accordent en partie avec ces idées. »

Si les recherches sur lesquelles s’appuient les auteurs de l’essai ne sont pas récentes (2), elles n’en révèlent pas moins certains angles morts éducatifs de nos stéréotypes de genre, encore une fois dans la plupart des cas inconscients. Ceux-ci s’exercent aussi bien au détriment des filles (en termes d’orientation, de compétitivité, de créativité…), que des garçons (problèmes de comportement, réussite scolaire moins valorisée, notion d’efforts à fournir moins mise en avant…). Enseignante moi-même et luttant contre ces stéréotypes, je sais que je ne peux pas prétendre en être totalement exempte. Et c’est pourquoi ces études sont nécessaires : pour éveiller notre attention sur des comportements et des attentes qui opèrent à notre insu, mais dont les conséquences sont réelles sur l’épanouissement et le devenir de nos élèves.

(1) 2ème édition, Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard, Deoboeck Supérieur, 2018

(2) Nicole Mosconi, Égalité des sexes en éducation et formation, Paris, Puf, 1998. Marie Duru-Bellat L’École des filles : quelle formation pour quels rôles sociaux ? Paris, L’Harmattan, 2004. Martine Chaponnière, La mixité scolaire : débats d’hier et d’aujourd’hui, Presses universitaires de Grenoble, 2006. 

Illustration : Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur, édition 2019,direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance [DEPP], ministère de l’éducation nationale.

Bonne rentrée !

Capture d’écran 2020-09-01 à 21.02.50Je souhaite à tous les élèves et à leurs parents une rentrée scolaire aussi bonne que possible ! La crise sanitaire nous a mis, nous met et risque de nous mettre une fois de plus à rude épreuve. Restons humbles : nous avons tous tâtonné dans ce cadre pédagogique déstructuré et inégalitaire et espérons mieux faire en dépit de ces circonstances inédites. Quelques points positifs cependant, puisqu’ont été remis en avant :

_  Le dialogue entre les familles et l’école, pour affiner au mieux l’encadrement pédagogique de tous, alors que les cas individuels différaient.

_ La réflexion pédagogique au sein des équipes, pour proposer des manières de travailler adaptées à l’enseignement distanciel.

_ Le plaisir d’aller à l’école pour enrichir la sociabilité et nouer des relations plus chaleureuses que celles permises par un écran interposé !

Les articles seront moins nombreux cette année, car d’autres projets sont en cours, mais n’hésitez pas à piocher dans les archives nombreuses depuis plus de 10 ans maintenant que ce blog existe !

Prenez soin de vos proches en respectant les gestes barrières, et à très bientôt !

Nathalie Anton