L’adolescence décodée par le neuropsychiatre Olivier Revol

Le Lycée Français de New York a eu le plaisir d’accueillir, vendredi 27 avril, le neuropsychiatre Olivier Revol, chef du service de psychiatrie de l’enfant au Centre Hospitalier Universitaire de Lyon et spécialiste de la difficulté scolaire. Il est venu nous aider à décoder les nouveaux ados…

… Et nous dire, tout d’abord, que quelle que soit la lettre de l’alphabet qu’on donne à leur génération, toutes ont un point commun : l’adolescence ! Ce phénomène incontournable commence vers l’âge de 10 ans avec la puberté et se termine au moment où le cortex pré-frontal est totalement développé, c’est à dire vers… 25 ans.

L’adolescence constitue donc un (long !) moment de crise, au sens étymologique du terme, à savoir : un moment de séparation. L’objectif de cette période est en effet l’accès à l’autonomie, ce que l’étymologie nous rappelle là encore fort justement : éduquer vient de « ex ducere », c’est à dire : conduire en dehors. Le but de l’éducation est ainsi de permettre à l’enfant de quitter le nid familial et de voler de ses propres ailes. D’où la réaction rassurante d’Olivier Revol face au désarroi de parents s’étonnant que leur ado, si désagréable avec eux, soit charmant à l’extérieur : c’est parce qu’il doit se détourner de son foyer qu’il le boude, et c’est parce que son éducation réussit qu’il s’ouvre et s’adapte au monde.

Pour distinguer ce qui relève du « normal » et du « pathologique » à cet âge, le neuropsychiatre compare l’équilibre adolescent à un trépied, dont les trois piliers correspondent à la famille, l’école et les amis. Si le comportement de l’ado nuit significativement à l’un d’eux voire à plus, alors quelque chose ne va pas et il convient de se tourner vers un professionnel de santé. Il souligne aussi que certains enfants masquent leurs fragilités sous un perfectionnisme, notamment scolaire. C’est pourquoi, plutôt que de demander frontalement à son ado  : « Tu vas bien ? », entraînant un évasif « Ca va… », il recommande de poser une question ouverte, moins menaçante, dans une situation apparemment anodine qui ne soit pas vécue comme pesante ou menaçante : au cours d’un trajet en voiture, par exemple, à travers un simple « Et à part ça ? », dont le jeune saura se saisir quand il se sentira prêt à parler.

Olivier Revol rappelle que l’adolescence est une période de grands remaniements physiques et psychologiques, une période de deuil de l’enfance, qui nécessite des temps de retrait, ce que traduit leur apathie qui irrite tant les parents ! Ennui, fatigue physique, fatigue psychique, agressivité… Françoise Dolto a comparé l’adolescent à un homard sans carapace, qui, en attendant que la nouvelle se forme, se met en retrait ou sort ses pinces pour se défendre, alors même qu’il a besoin d’être rassuré, de se sentir soutenu et en sécurité. 

Olivier Revol utilise également une autre image, celle de l’alpiniste, qui, gravissant une paroi, s’arrête régulièrement pour vérifier la solidité de sa corde en tirant dessus : en insistant là où ses parents résistent (« Non, tu ne sortiras pas ce soir ! »), il vérifie la cohérence des principes éducatifs et cherche à s’assurer qu’il y a bien « un pilote dans l’avion ».

Le fait que des limites raisonnables soient posées le rassurent, surtout s’il comprend qu’elles le sont pour son bien. La santé, la sécurité et le respect de l’autre représentent, selon le neuropsychiatre, les trois domaines sur lesquels les parents doivent tenir bon, quitte à lâcher sur d’autres points (rangement de la chambre, apparence physique, son look vestimentaire, et même… travail scolaire !), au risque de voir le quotidien se muer en enfer.

Il conclut sur une note d’espoir cependant : plus les ados sont pénibles et opposants, plus cela signifie qu’ils nous aiment : il leur est si difficile de se séparer de nous, qu’ils n’ont pas trouvé d’autre solution que de nous envoyer promener !

J’espère que cela vous réconfortera un peu jusqu’à l’article suivant, qui sera consacré plus précisément aux différences générationnelles…

Nathalie Anton

 

 

 

Pathologie : si agressivité et fatigue s’exporte à l’extérieur.

 

Chambre : Il faut préserver l’intimité.

 

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16 mars : journée nationale du sommeil

Afin de célébrer la journée nationale du sommeil et lui donner toute son importance, je laisse aujourd’hui la parole aux spécialistes de L’Institut National du Sommeil et de la Vigilance, en publiant des extraits de leurs recherches et recommandations sur le repos, Ô combien essentiel, de nos adolescents.

« Chaque personne est unique et il en va de même pour les besoins en sommeil. La plupart des adultes ont besoin de 7 à 9 heures de sommeil chaque nuit. Les enfants et les adolescents ont eux besoin de davantage de sommeil.

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Nos ados en mal de dodo… 

La période de l’adolescence est une période mouvementée. Le corps change, la sexualité s’éveille, les copains sont prioritaires, les parents sont forcément vieux jeu… et l’adolescent aime se coucher tard ! C’est une caractéristique des 12-25 ans dont la période d’éveil est prolongée par des stimulations auditives (musique, chat, …) et visuelles (TV, jeux vidéo, ordi….) mais aussi par des devoirs à faire, la peur de l’avenir, les conflits avec les adultes, etc. Mais cette tendance est aussi biologique, liée probablement aux transformations hormonales de la puberté. Au cours de cette période, le sommeil lent profond devient moins abondant, le sommeil plus léger en début de nuit et les endormissements plus difficiles(1). En période scolaire, cela entraine une réduction importante du sommeil nocturne (parfois jusqu’à 2h entre 12 et 18 ans) alors que les besoins physiologiques réels, non seulement ne diminuent pas, mais sont probablement plus importants. On constate donc très souvent un déficit chronique de sommeil chez l’ado. Le déficit s’accumule au cours de la semaine, entrainant une dette de sommeil source de somnolence diurne préjudiciable à une bonne efficience intellectuelle. Cette dette de sommeil s’accompagne d’un rebond de sommeil lors des week-ends, laissant l’adolescent dans un état de grande fatigue le lundi. (…)

La diminution de la durée de sommeil entre 11 et 15 ans apparaît très nette et assez continue, avec 20 à 30 minutes de sommeil en moins chaque année (perdues chaque soir précédent une journée de classe). Les jeunes de 15 ans dorment ainsi en moyenne 1h31 de moins que ceux de 11 ans les soirs avant la classe. L’état de fatigue matinale chronique apparaît également de plus en plus fréquent avec l’âge, puisqu’il concerne moins d’un quart des élèves de 11 ans (24,1%) contre plus d’un tiers de ceux de 15 ans (34,1%).

Depuis 2009, l’« électronisation » a gagné la chambre des enfants : 42%(2) des parents autorisent désormais la radio dans la chambre de leurs enfants, 38% un ordinateur, 33% un téléphone fixe ou portable et 31% la télévision. Autant d’éléments perturbateurs de sommeil. Les enfants dont le temps de sommeil est insuffisant (moins de 8 heures) et les jeunes lycéens de plus de 16 ans sont les plus équipés. Ce suréquipement des chambres souligne l’importance du besoin d’une campagne de prévention chez les petits comme chez les grands. Ces erreurs d’hygiène de vie nécessitent en effet un travail pédagogique auprès des parents et des enfants dès leur plus jeune âge.

L’exposition à la lumière d’écrans, dans les heures qui précèdent le coucher, affecte le rythme veille-sommeil en modifiant la sécrétion de mélatonine. De plus, la lumière augmente le niveau d’activité et d’éveil ce qui retarde l’endormissement. Enfin, devant un ordinateur, on est très stimulé et on rate plus facilement les signes annonciateurs de sommeil : bâillement, yeux qui piquent, envie de bouger…

On pense souvent que le fait de coucher tard un enfant est compensé par le fait de lui laisser faire une bonne grasse matinée le lendemain. Or le sommeil du matin n’a absolument pas le même pouvoir de récupération qu’un sommeil bien calé sur la nuit. En effet, si un coucher tardif ne diminue pas sensiblement le sommeil lent profond, en revanche, les phases de sommeil paradoxal risquent de survenir après le lever du jour, c’est-à-dire à un moment ou l’ambiance générale n’est plus propice au sommeil : la température et le bruit ainsi que la température corporelle, sont plus élevés le matin et constituent des facteurs de perturbation du sommeil. Coucher tard un enfant revient à le priver d’une qualité de sommeil rarement rattrapée. En effet, le sommeil du matin a perdu son pouvoir de récupération notamment sur le plan mental ce qui risque donc de perturber sérieusement les apprentissages car il est plus léger et fractionné. Cependant, il est toujours mieux de récupérer une dette de sommeil que de se priver de sommeil mais, si possible, sans trop se décaler.

Quelles sont les conséquences d’un manque de sommeil ?

Les troubles du sommeil sont associés à un manque d’attention et à des troubles du comportement. Il y a diminution des performances de la mémoire et des apprentissages. L’hyperactivité, elle, est surtout liée à la fragmentation du sommeil. Les études confirment le lien entre déficit de sommeil, difficultés scolaires et troubles du comportement :

• baisse de la performance scolaire du fait de la diminution des capacités attentionnelles

• augmentation du risque d’accident, de syndrome dépressif, voire de risque suicidaire dans les formes sévères

• risque de développer une obésité et un diabète, souvent renforcé par une alimentation déséquilibrée. »

Pour plus d’informations, je vous renvoie à leur site, très riche et stimulant, ainsi qu’à celui de la National Sleep Foundation pour les anglophones.

https://sleepfoundation.org/press-release/national-sleep-foundation-recommends-new-sleep-times/page/0/1

http://www.institut-sommeil-vigilance.org/

Nathalie Anton

(1) Le sommeil lent profond favorise la récupération physique, la mémoire à long terme et l’équilibre métabolique et thermodynamique, alors que le sommeil paradoxal contribue au développement du cerveau et à la consolidation des apprentissages.

(2) Enquête INSV/MGEN 2011.

Usage problématique du cannabis chez les jeunes : le reconnaître et agir

D’après les résultats de l’enquête ESCAPAD que nous évoquions la semaine passée, « la part des usagers problématiques de cannabis est en hausse en 2017 »24,9 %, soit un quart des jeunes de 17 ans consommateurs de ce produit sont ainsi concernés. Comme le détaille un article du Monde (1) daté du 10 février dernier, « cette proportion se révèle légèrement plus importante qu’en 2014 (21,9 %) et la part d’usagers dans l’année potentiellement à risque est plus élevée chez les garçons que chez les filles, respectivement 29,1 % et 19,5 %. Ainsi, globalement, à 17 ans, 7,4  % des adolescents seraient susceptibles de présenter un risque élevé d’usage problématique de cannabis, soit, rapporté à l’ensemble de la population, autour de 60 000 jeunes de cet âge. »

L’observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) a créé le Cannabis Abuse Screening Test (CAST) pour permettre à tout jeune d’évaluer sa propre consommation. Je le reproduis ci-dessous :

Certes, comme l’explique le médecin Xavier Aknine dans l’article du Monde cité précédemment, « toutes les consommations ne nécessitent pas une intervention des parents, et a fortiori d’un psychologue, les adolescents expérimentant puis délaissant ensuite d’eux-mêmes certains produits. Certains signaux sont toutefois souvent très significatifs. Le décrochage scolaire, souvent au moment de la première, est le marqueur qui fait le plus fréquemment réagir les parents.« 

Les parents inquiets et les jeunes, sans l’autorisation des premiers, peuvent se tourner vers le site drogues info service et son numéro vert : 0 800 23 13 13. Des consultations jeunes consommateurs (CJC), gratuites et confidentielles, sont proposées dans des Centres spécialisés d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ou dans des lieux spécialisés dans l’accueil des jeunes (Maisons des adolescents et Points accueil écoute jeunes).

Nathalie Anton

(1) Le désarroi des parents face à la consommation excessive de cannabis, François Béguin.