Soyons à l’écoute des émotions de nos ados

Les élèves sont rentrés depuis deux semaines maintenant, et j’encourage les éducateurs à se montrer très tôt attentifs à leur ressenti, et à ne pas considérer comme « normaux » le manque d’entrain, les bouderies ou les plaintes.

L’ennui, le rejet ou l’anxiété sont à détecter et à décortiquer avant qu’un malaise trop profond ne s’installe et que les résultats scolaires ne plongent.

Lorsque la joie, la curiosité et l’enthousiasme dominent, c’est évidemment bon signe en termes d’épanouissement et de réussite scolaire. A l’inverse, un élève triste, démotivé ou qui a peur – peur d’autres camarades, de ses enseignants, des notes à venir, des réactions de ses parents…- aura plus de mal à se concentrer, à mémoriser, à poser des questions, à tisser de bonnes relations, à bien dormir, etcPlus l’esprit est occupé par des soucis, et moins il est disponible pour les apprentissages !

N’oublions pas enfin que le refus de parler voire l’opposition frontale peuvent masquer un manque d’assurance ou des difficultés, et qu’il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre le « C’est bon je gère ! » ou le « Tout va bien » des ados.

Si le coup d’oeil dans le carnet de correspondance et la tenue des premiers cours constitue un premier indice, il convient de discuter régulièrement avec son enfant sans se focaliser exclusivement sur les résultats scolaires, et de rencontrer assez tôt le professeur principal voire le CPE pour s’assurer que tout se passe bien

Nathalie Anton

Illustration : Mafalda, Quino

Anticiper les comportements à risques des ados

Avec l’arrivée des beaux jours et l’arrivée du moi de juin, il est compréhensible que les adolescents aient envie de fêter cette année scolaire qui s’achève et, je l’espère bientôt, des résultats d’examens à la hauteur de leurs attentes.

Dans une optique de prévention des conduites à risques, je voudrais cependant partager avec vous les explications éclairantes apportées par la neurologue américaine Frances E. Jensen, dans son l’ouvrage intitulé The Teenage Brain, a Neuroscientist’s Survival Guide to Raising Adolescents and Young Adults, sur le comportement parfois irréfléchi des ados.

Cette professeure de l’Université de Pennsylvanie (UPENN) pose cette question qui interpelle beaucoup d’adultes : pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement prompts à entreprendre des actions irréfléchies et dangereuses ? Voici sa réponse :

“Parce que leurs lobes frontaux sont encore faiblement connectés aux autres régions de leur cerveau, les adolescents ont plus de difficulté que les adultes à exercer un contrôle vis-à-vis des situations à risques, à les évaluer et à en envisager les conséquences.” 

Frances Jensen ajoute que même si les capacités de raisonnement sont pleinement développées à l’adolescence, la recherche de gratification prend le pas sur l’évaluation des risques, conduisant les jeunes à des actions impulsives parfois regrettables sur le plan de leur santé ou de celle de leurs camarades :

« Les recherches montrent que facteur prédictif le plus important à cet âge n’est pas la perception du risque, mais l’anticipation du plaisir malgré le risque. »

Elle insiste donc sur l’importance cruciale des discussions que les parents et les enseignants doivent avoir en amont avec eux sur les situations à risques, pour les aider à anticiper les choix les plus raisonnables à faire et ainsi mieux réagir le moment venu : « Que faire si un de tes copains a trop bu et qu’il ne répond plus à aucune sollicitation ? » ; « Que faire si le conducteur de la voiture est ivre, mais que tu as toi-même bu et que tu as peur d’appeler tes parents ? », etc. 

Le fait d’imaginer, à froid et à tête reposée, divers contextes potentiellement périlleux, et de mesurer les meilleures options possibles, donne aux ados des stratégies qu’ils pourront ensuite remobiliser.

Frances Jensen nous rappelle enfin que même si ce rôle peut déplaire, c’est aux adultes qu’il appartient de poser les limites que les adolescents ont naturellement du mal à s’imposer à eux-mêmes.

Nathalie Anton

NonVotreAdoNestPasFeignant.indd

L’adolescence décodée par le neuropsychiatre Olivier Revol

Le Lycée Français de New York a eu le plaisir d’accueillir, vendredi 27 avril, le neuropsychiatre Olivier Revol, chef du service de psychiatrie de l’enfant au Centre Hospitalier Universitaire de Lyon et spécialiste de la difficulté scolaire. Il est venu nous aider à décoder les nouveaux ados…

… Et nous dire, tout d’abord, que quelle que soit la lettre de l’alphabet qu’on donne à leur génération, toutes ont un point commun : l’adolescence ! Ce phénomène incontournable commence vers l’âge de 10 ans avec la puberté et se termine au moment où le cortex pré-frontal est totalement développé, c’est à dire vers… 25 ans.

L’adolescence constitue donc un (long !) moment de crise, au sens étymologique du terme, à savoir : un moment de séparation. L’objectif de cette période est en effet l’accès à l’autonomie, ce que l’étymologie nous rappelle là encore fort justement : éduquer vient de « ex ducere », c’est à dire : conduire en dehors. Le but de l’éducation est ainsi de permettre à l’enfant de quitter le nid familial et de voler de ses propres ailes. D’où la réaction rassurante d’Olivier Revol face au désarroi de parents s’étonnant que leur ado, si désagréable avec eux, soit charmant à l’extérieur : c’est parce qu’il doit se détourner de son foyer qu’il le boude, et c’est parce que son éducation réussit qu’il s’ouvre et s’adapte au monde.

Pour distinguer ce qui relève du « normal » et du « pathologique » à cet âge, le neuropsychiatre compare l’équilibre adolescent à un trépied, dont les trois piliers correspondent à la famille, l’école et les amis. Si le comportement de l’ado nuit significativement à l’un d’eux voire à plus, alors quelque chose ne va pas et il convient de se tourner vers un professionnel de santé. Il souligne aussi que certains enfants masquent leurs fragilités sous un perfectionnisme, notamment scolaire. C’est pourquoi, plutôt que de demander frontalement à son ado  : « Tu vas bien ? », entraînant un évasif « Ca va… », il recommande de poser une question ouverte, moins menaçante, dans une situation apparemment anodine qui ne soit pas vécue comme pesante ou menaçante : au cours d’un trajet en voiture, par exemple, à travers un simple « Et à part ça ? », dont le jeune saura se saisir quand il se sentira prêt à parler.

Olivier Revol rappelle que l’adolescence est une période de grands remaniements physiques et psychologiques, une période de deuil de l’enfance, qui nécessite des temps de retrait, ce que traduit leur apathie qui irrite tant les parents ! Ennui, fatigue physique, fatigue psychique, agressivité… Françoise Dolto a comparé l’adolescent à un homard sans carapace, qui, en attendant que la nouvelle se forme, se met en retrait ou sort ses pinces pour se défendre, alors même qu’il a besoin d’être rassuré, de se sentir soutenu et en sécurité. 

Olivier Revol utilise également une autre image, celle de l’alpiniste, qui, gravissant une paroi, s’arrête régulièrement pour vérifier la solidité de sa corde en tirant dessus : en insistant là où ses parents résistent (« Non, tu ne sortiras pas ce soir ! »), il vérifie la cohérence des principes éducatifs et cherche à s’assurer qu’il y a bien « un pilote dans l’avion ».

Le fait que des limites raisonnables soient posées le rassurent, surtout s’il comprend qu’elles le sont pour son bien. La santé, la sécurité et le respect de l’autre représentent, selon le neuropsychiatre, les trois domaines sur lesquels les parents doivent tenir bon, quitte à lâcher sur d’autres points (rangement de la chambre, apparence physique, son look vestimentaire, et même… travail scolaire !), au risque de voir le quotidien se muer en enfer.

Il conclut sur une note d’espoir cependant : plus les ados sont pénibles et opposants, plus cela signifie qu’ils nous aiment : il leur est si difficile de se séparer de nous, qu’ils n’ont pas trouvé d’autre solution que de nous envoyer promener !

J’espère que cela vous réconfortera un peu jusqu’à l’article suivant, qui sera consacré plus précisément aux différences générationnelles…

Nathalie Anton

 

 

 

Pathologie : si agressivité et fatigue s’exporte à l’extérieur.

 

Chambre : Il faut préserver l’intimité.