« Préliminaires » : un documentaire saisissant sur l’entrée dans la sexualité des ados

A l’orée de ces vacances scolaires, que je souhaite excellentes à tous, en espérant notamment que le succès aux examens aura été au rendez-vous, je voulais évoquer ce documentaire édifiant intitulé Préliminaires”, réalisé en 2019 par Julie Talon et diffusé sur Arte, qui évoque l’entrée dans la sexualité des collégiens et lycéens, et les étapes obligées qu’elle implique. 

Des jeunes de 12 à 23 ans parlent avec pudeur mais sans fard de ces nouveaux rites qui jalonnent un passage souvent éprouvant et humiliant vers des relations sexuelles enfin consenties et épanouies. On y découvre leur désarroi face à des actes présentés comme “démystifiés”, “institutionnalisés”, à faire “dans un certain ordre”, pour éviter de faire partie des “cassos” (les ringards) ou des “ché-quo” (les prudes). L’idée que “tout le monde le fait”, reposant sur des vantardises souvent fausses, conduit à accepter des attouchements ou des fellations au prétexte que “c’est normal” ou que ce n’est pas “du vrai sexe”.

L’éclairage que ces adolescents et jeunes adultes apportent sur la pression sociale exercée sur les corps à épiler, sur la culture des sextos, des nudes (ou photos de soi dénudées) et des dick picks (photos de sexes en érection), ou encore sur les pratiques banalisées de strangulation ou de pénétration anale mises en scène dans les vidéos pornographiques est incontestablement assez sombre. 

La question du consentement y est ainsi abordée de manière frontale : comment savoir s’il ne faut pas se forcer pour passer ces étapes ? Comment se faire accepter sans en passer par là ? Comment exprimer son ressenti à quelqu’un qu’on connaît mal ? Comment dire “je n’ai plus envie” quand les choses sont déjà engagées ? Combien de jeunes savent que toute pénétration non voulue, y compris digitale ou buccale, constitue un viol ? Tous s’accordent sur le fait que s’il est important d’apprendre à dire non, il est encore plus impératif d’apprendre à l’entendre : “Je disais non non non, et finalement j’ai dit oui pour me laisser faire” ; “C’est un compromis” ; “Au moins, ça met pas de complication dans l’histoire, je le fais, c’est pas si grave”… Les situations d’agression sexuelle et de viol affleurent, avec la difficulté d’en parler ensuite, “par peur”, “par honte”, “parce qu’on ne parle pas de sexe avec ses parents. Et ces situations concernent majoritairement les filles, l’égalité de genre étant malheureusement loin d’être acquise dans ce domaine où l’homme doit posséder le corps des femmes et faire valoir avant tout son propre plaisir.

Autre source de peur et de honte, celle de l’homosexualité notamment masculine, toujours très peu acceptée : les risques de moqueries, d’insultes, de coups empêchent les jeunes homosexuels de vivre des histoires amoureuses comme les autres. “Ce qui est apparu dans mon ventre, ce n’était pas des papillons, c’était un monstre”, explique avec émotion un jeune homme décrivant le moment où il a pris conscience qu’il était attiré par les garçons. “Je suis en colère contre tous les adultes qui m’ont laissé comme ça… Vous n’entendiez pas dans les vestiaires quand on me traitait de pédé, quand on me touchait les fesses dans la cour de récréation ? Je suis en colère contre mes proches, aussi : j’aurais bien aimé qu’ils se manifestent un peu plus et qu’ils me disent : t’es pas un fléau.

Incontestablement, c’est ce silence qui règne encore en maître entre les amants, les amis, les enfants et leurs parents, les élèves et leurs enseignants qu’il faut pouvoir briser, et c’est tout l’enjeu de ce documentaire essentiel qui libère non seulement la parole des jeunes, mais qui nous offre l’occasion d’en parler.

Nathalie Anton

«DAY OF SILENCE», un jour du silence pour parler des diverses orientations sexuelles à l’école.

«Oserais-tu venir à l’école main dans la main avec la personne que tu aimes ?» La réponse des lycéens varie sensiblement lorsque l’on précise «une personne du même sexe que toi»…

Parler à son entourage de son homosexualité demeure encore aujourd’hui difficile, même dans les endroits apparemment les plus ouverts à la diversité, et encore plus à l’adolescence où la pression des pairs et les attentes parentales s’exercent pleinement. La crainte de décevoir et de devenir l’objet de moqueries, d’exclusion, d’agressions demeure très forte… et l’on peut concevoir la nécessité d’avoir à se cacher derrière cet éventail de menaces allant des plaisanteries «anodines» dévalorisant l’homosexualité, aux exemples de pays dans lesquels elle est encore hors-la-loi.

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Afin d’illustrer la violence du silence auquel sont contraints les homosexuels mais aussi les bisexuels et transgenres, l’association américaine GLSEN (Gay Lesbian and Gay Education Network) a créé en 1996 l’opération «Day of Silence», permettant chaque année aux élèves et aux éducateurs (selon des modalités précises et adaptables) de rester silencieux pendant toute une journée, afin de s’afficher comme alliés vis-à-vis des homosexuels et d’illustrer et d’expérimenter la difficulté d’avoir à taire ce que l’on brûle de dire. 

Cette action a eu lieu cette année le 11 avril dernier, et s’il peut sembler paradoxal de choisir le silence pour lutter contre celui-ci, cette action qui rassemble des milliers d’écoles constitue un indéniable moyen d’ouvrir en amont comme en aval le dialogue sur ce sujet avec toute la communauté scolaire.

Nathalie Anton