Trop d’ « amis » sur les réseaux sociaux ?

Afin d’étoffer la réflexion amorcée dans l’article précédent sur les dérives potentielles des nouvelles technologies, je citerai reseaux-sociauxaujourd’hui pour mémoire, un extrait du rapport UNICEF 2014 « Adolescents en France, le grand malaise« , dans lequel 50 % des jeunes de 6 à 18 ans interrogés utilisant les réseaux sociaux déclaraient avoir plus de 200 contacts, dont 32,5 %, plus de 300. Au-delà d’un désir de socialisation, ce grand nombre de contacts témoigne d’une recherche de popularité pouvant conduire à des situations douloureuses…

« La sociabilité par internet est devenue une des formes courantes de la vie des enfants et des adolescents. Nous avons pu vérifier que le nombre de contacts augmente avec l’âge (42,3 % des jeunes de 15 et plus ont plus de 300 contacts, contre 11,6 % pour les moins de 12 ans) et que les garçons en ont un peu moins que les filles (18 % des garçons en ont moins de 50, contre 13,8 % pour les filles).

Notons aussi que celles et ceux qui appartiennent à des réseaux sociaux ne sont que 35 % à estimer qu’ils se sentent très valorisés par ces contacts. Lire la suite

Avantages et inconvénients des tablettes numériques à l’école

Le plan numérique lancé par l’Education nationale en mai 2015 prévoyait d’équiper à la rentrée 2016 plus de 175 000 élèves en tablettes numériques cofinancées par l’État et par les collectivités territoriales (1 256 écoles et 1 510 collèges). Nous balayerons dans cet article quelques avantages et inconvénients liés à cette ressource pédagogique récente dont la nouveauté même ne permet cependant pas encore d’avoir un recul suffisant sur son apport en terme réussite scolaire. Comme l’expliquaient les auteurs de l’enquête parue en 2013, « L’Ipad à l’école : usages, avantages et défis« , menée au Québec auprès de 6057 élèves et 302 enseignants, « premièrement, les résultats de recherches fondées sur des données empiriques et probantes sont plutôt rares dans les textes analysés. Deuxièmement, ce que l’on remarque surtout dans la littérature, ce sont plutôt des avantages présupposés et liés aux fonctions des tablettes tactiles qui sont cités, sans pour autant que ces avantages n’aient été vérifiés empiriquement en contexte scolaire« . Nous avancerons donc prudemment ces éléments positifs et négatifs qui restent à faire l’objet de plus amples études. Lire la suite

Ecole et numérique (2)

Je reviens cette semaine encore sur la déconstruction du mythe des  « enfants du numérique » ou « digital native » faite par deux chercheurs en éducation néerlandais, Paul A. Kirschner, Jeroen J. G. van Merrienboer (Do Learners Really Know Best? Urban Legends in Education. in Education, Educational Psychologist, 48(3), 169–183, 2013).

Les chercheurs s’interrogent sur cette idée que les enfants nés dans l’ère du numérique auraient développé la capacité d’être « multitâches », faisant leurs devoirs en même temps qu’ils textent ou surfent sur la toile sans que cela n’ait d’impact négatif sur leurs apprentissages. Or, les recherches montrent que cette impression est trompeuse.

En effet, lorsque les tâches ne sont pas automatisées (comme « marcher » par exemple, même si marcher et téléphoner peut multiplier les risques d’incidents), l’architecture cérébrale permet seulement de passer rapidement d’une tâche à l’autre (avec une illusion de simultanéité).

Cette rapidité acquise par les jeunes qui manient depuis l’enfance les outils informatiques ne signifie donc aucunement que cette aisance soit bénéfique ni efficace pour leurs apprentissages. Bien au contraire, il a été montré que les changements rapides de tâches conduisent à de moins bonnes performances scolaires.  Un élève qui fait ses mathématiques « en même temps » qu’il échange avec un ami sur Internet via une messagerie instantanée aura de moins bons résultats que s’il se concentre seulement sur les mathématiques. D’ailleurs, les enfants exposés au multi-tasking seraient des enfants  plus facilement distraits, ayant de mal à se concentrer.

Pour laisser le mot de la fin à Paul A. Kirschner et Jeroen J. G. van Merrienboer :

« Les gens pensent peut-être différemment, mais c’est un mythe. Face à des tâches aussi complexes, on ne sera jamais capable de surmonter les limites inhérentes à notre cerveau pour traiter les informations simultanément. Pour conclure, les recherches montrent que le changement ou la multiplication des tâches (« multitasking ») a un impact négatif sur l’apprentissage et les performances scolaires.« 

Nathalie Anton