Cyberharcèlement : restons vigilants !

Jeudi dernier, le 5 novembre, avait lieu la journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire.

A cette occasion, l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) rappelait sur son site que « près d’un élève sur trois a été harcelé par des camarades à l’école au moins une fois au cours du mois précédent, et une proportion similaire ont subi des violences physiques. »

En France, on estime que le harcèlement scolaire touche environ 700 000 élèves chaque année, et plus d’un sur dix au cours de sa scolarité. Les conséquences pour les enfants sont lourdes : chute des résultats scolaires, absentéisme, perte de l’appétit et du sommeil, consommation d’alcool et autres drogues, anxiété, dépression, tentatives de suicide… et ces séquelles psychologiques peuvent perdurer à l’âge adulte.

Une approche globale est recommandée, qui n’est plus seulement centrée sur l’information et la responsabilisation des élèves : elle inclut les réponses judiciaires, la formation des enseignants, les politiques d’établissement et bien sûr, le dialogue avec les parents. Rappelons que les enseignants ne voient pas toujours le harcèlement à l’oeuvre, car il opère à bas bruit : contrairement à ce que l’on peut penser, les violences physiques ne sont pas au premier plan ! Il s’agit plutôt d’insultes, d’intimidations, de propagations de rumeurs, de vols ou de dégradation de matériel, de bousculades… Des faits que l’on pourrait juger minimes, mais qui minent en raison de leur caractère répété et menaçant.

Source : Geek Junior

Les parents sont des relais essentiels pour repérer les signes de mal-être chez leur enfant, surtout en ce contexte de pandémie actuel, qui encourage l’enseignement à distance et qui, de facto, augmente le temps passé par les enfants derrière un écran. En effet, d’après une enquête du magazine Geek Junior, le harcèlement en ligne, ou cyberharcèlement, toucherait 12,5% des Français âgés de 6 à 18 ans, le pic se situant au collège, où dès 2013, on estimait que 20% des collégiens en avaient été victimes.

Les échanges entre l’école et les familles sont donc cruciaux, puisque le harcèlement dépasse l’enceinte de l’école et s’exerce, par écran interposé, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

N’hésitez pas à consulter les sites ci-dessous qui donnent de précieux conseils pour prévenir ces situations qu’il ne faut pas laisser s’installer. N’hésitez pas non plus à appeler les numéros gratuits qu’ils ont mis en place pour permettre de les signaler :

Non au harcèlement : 3020

Net écoute : 0800 200 000

Infographie Ministère de l’Education nationale

Nathalie Anton

Ludiques ou à risques ? Réflexion autour des écrans.

Certes, les cadeaux ont été offerts, mais il n’est pas interdit de prendre de bonnes résolution quant à leur utilisation ! Je vous propose de revenir sur la question récurrente, car toujours sensible, de l’impact des écrans sur l’épanouissement des enfants, à travers une synthèse d’articles publiés dans Le Monde et dans Télérama. Les écrans sont certes ludiques, mais pas inoffensifs. Voici quelques éléments de réflexion pour en favoriser une utilisation raisonnable et raisonnée.

Dans son dossier au titre explicite, « Ils vont payer l’addiction !« , le numéro 3635 du Télérama offre ainsi une vision alarmiste de la surconsommation d’écrans par les plus jeunes :

Interviewé par l’hebdomadaire, le professeur Michel Desmurget, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), ne nie pas les vertus pédagogiques de certains programmes, mais explique que « la quasi-totalité des usages sont récréatifs et au final très peu nourriciers pour le cerveau.« 

La journaliste Marion Rousset ajoute que « quasiment chaque semaine tombe une nouvelle enquête internationale qui – sauf exception – ne porte pas à l’optimisme. Retards de langage, défaut de motricité fine, troubles de la mémoire et de la concentration, baise des résultats scolaires… Mises bout à bout, les conclusions de ces recherches donnent le vertige. (…) Les écrans sont aussi du temps volé aux relations humaines, ainsi qu’à des activités nourrissantes comme la lecture, la musique, le sport, le dessin, le jeu, un dîner en famille…« 

S’intéressant plus particulièrement aux jeux vidéo, le quotidien Le Monde du 28 octobre dernier (1) donne quelques pistes pour comprendre et réguler une consommation excessive, grâce à l’interview du psychothérapeute suisse Niels Weber, spécialiste des addictions aux écrans. Extraits :

A partir de quel moment doit-on s’alarmer d’une pratique du jeu vidéo excessive ?

Le critère le plus pertinent est celui de la souffrance, que ce soit de l’utilisateur ou de son entourage. (…) Mais l’indicateur principal, qui attire généralement l’attention des parents, c’est l’échec scolaire. (…) Le problème, c’est que c’est l’œuf ou la poule : est-ce le jeu vidéo qui entraîne l’échec scolaire, ou l’échec scolaire qui amène l’adolescent à surinvestir le jeu vidéo ?

Y a-t-il un profil-type de l’enfant ayant une pratique excessive du jeu vidéo ?

Le point commun que je vois entre les enfants et les ados avec lesquels je travaille, c’est avant tout le manque d’estime de soi. Et ce n’est pas le jeu qui amène ça. Il sert plutôt de ressource. (…) Dans le jeu vidéo, ils vont être compétents. Mais ils vont aussi recevoir encore plus de critiques de l’extérieur : on va leur dire que le jeu vidéo est une perte de temps, qu’ils feraient mieux de travailler, ou de venir manger. On critique le domaine qu’ils ont investi pour obtenir de la reconnaissance, et pour l’obtenir, ils n’ont que celui-ci. C’est un cercle vicieux.

Si l’enfant ou l’adolescent utilise le jeu vidéo pour être en contact avec ses camarades, soit à la récréation, soit en cours de partie par le tchat, comment parler d’isolement social ?

Le jeu vidéo en ligne est une nouvelle manière d’être avec les autres, et on doit apporter du crédit à cette interactivité-là. Mais il faut également encourager les plus jeunes à avoir des interactions sociales qui ne passent pas par des écrans, encourager une alternative. Si le jeu vidéo n’isole pas des copains, une pratique intensive peut fermer des portes au niveau familial.

Comment résoudre cette situation de rupture du lien ?

C’est un double effort à faire. Du côté des parents, intéressez-vous aux jeux auxquels jouent vos enfants, ne les laissez pas seuls, et idéalement, de temps en temps, allez jouer avec eux ! Vous serez peut-être nuls, mais ce n’est pas grave. Adoptez une position humble, l’enfant sera l’expert, qui vous apprendra des choses.

Dans l’autre sens, il faut encourager les enfants et les adolescents à expliquer ce qui les intéresse (…). Pour cela, il faut privilégier un moment familial consacré au partage de ce que l’on fait sur nos écrans. C’est vraiment un travail collectif. Ces échanges doivent permettre aux enfants de se sentir reconnus et aux parents de se sentir légitimes dans leur rôle de poser un cadre.

(…) Ouvrir la discussion sur la pratique du jeu elle-même doit permettre au jeune de se sentir suffisamment en sécurité pour aborder d’autres problèmes. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à contacter un spécialiste si le dialogue est difficile. »

Nathalie Anton

(1) Niels Weber : « Parents, intéressez-vous aux jeux vidéo auxquels jouent vos enfants ! »

Pour un usage raisonné du smartphone

En ces jours pleins de bonnes résolutions qui caractérisent la nouvelle année, qu’allons-nous changer des rapports que nos ados et nous-mêmes entretenons aux écrans ? Dans un dossier intitulé « L’Abus de smartphone rend-il idiot ? » l’hebdomadaire Télérama (1) fournit à ses lecteurs de solides arguments pour réfléchir à leur utilisation permanente. Extraits choisis :

« Beaucoup de jeunes de 10-12 ans se plaignent de parents accros à leur téléphone. J’aimerais tellement que ma mère ou mon père n’ait plus de portable est une phrase que nous entendons dans tous les groupes de paroles. » (Jim Steyer, PDG de la fondation Common Sense Media, la plus grande plateforme d’alerte aux Etats-Unis sur les dangers liés aux écrans)

« En France, une récente étude de l’Ifop (2) a montré que 42% des utilisateurs de smartphones s’estiment « dépendants » de leur doudou high-tech, touchés par ce mal numérique baptisé Fomo (Fear of missing out), la peur de manquer quelque chose. Pour les deux tiers d’entre eux, c’est une emprise dont ils aimeraient se défaire.« 

« Les Français consultent leur smartphone en moyenne 26 fois par jour, le double pour les 18-24 ans ; 20% s’en saisissent au saut du lit, et 41% l’utilisent au milieu de la nuit. » (3)

« 92% des adolescents français de 12-17 ans ont un smartphone (88% au collège, 96% au lycée). Près de 4 sur 5 sont inscrits sur les réseaux sociaux, Snapchat en tête ; 28% des adolescents équipés répondent « tout le temps » à leurs messages, de jour comme de nuit (4). Que font leurs parents ? D’après Havas Media, 53,7% des parents français interrogés acceptent que leur enfant emporte son smartphone le soir dans sa chambre. »

Baisse de temps de concentration et de sommeil, illusion de maîtrise et de savoir, exposition à des contenus inappropriés, fragilisation de l’estime de soi, communications et publications à risques, cyber-harcèlement… S’il n’est pas question de diaboliser ce « silex des temps modernes » (5), prendre du recul vis-à-vis du smartphone, et encadrer son usage pour les jeunes peut s’avérer sage et bénéfique.

Bonne année à tous !

Nathalie Anton

(1) Télérama n°3594, 1er-7 décembre 2018.

(2) Institut français d’opinion publique.

(3) Etude réalisée par le cabinet Deloitte en 2016.

(4) Etude réalisée par BVA pour la marque commerciale de téléphones mobiles et de smartphones Wiko, octobre 2018.

(5) Pierre-Marc de Biasi, directeur ede recherche émérite au CNRS et auteur de l’ouvrage Le Troisième cerveau. Petite Phénoménologie du smartphone, 2018.

Illustration : http://www.codeps13.org/