Ludiques ou à risques ? Réflexion autour des écrans.

Certes, les cadeaux ont été offerts, mais il n’est pas interdit de prendre de bonnes résolution quant à leur utilisation ! Je vous propose de revenir sur la question récurrente, car toujours sensible, de l’impact des écrans sur l’épanouissement des enfants, à travers une synthèse d’articles publiés dans Le Monde et dans Télérama. Les écrans sont certes ludiques, mais pas inoffensifs. Voici quelques éléments de réflexion pour en favoriser une utilisation raisonnable et raisonnée.

Dans son dossier au titre explicite, « Ils vont payer l’addiction !« , le numéro 3635 du Télérama offre ainsi une vision alarmiste de la surconsommation d’écrans par les plus jeunes :

Interviewé par l’hebdomadaire, le professeur Michel Desmurget, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), ne nie pas les vertus pédagogiques de certains programmes, mais explique que « la quasi-totalité des usages sont récréatifs et au final très peu nourriciers pour le cerveau.« 

La journaliste Marion Rousset ajoute que « quasiment chaque semaine tombe une nouvelle enquête internationale qui – sauf exception – ne porte pas à l’optimisme. Retards de langage, défaut de motricité fine, troubles de la mémoire et de la concentration, baise des résultats scolaires… Mises bout à bout, les conclusions de ces recherches donnent le vertige. (…) Les écrans sont aussi du temps volé aux relations humaines, ainsi qu’à des activités nourrissantes comme la lecture, la musique, le sport, le dessin, le jeu, un dîner en famille…« 

S’intéressant plus particulièrement aux jeux vidéo, le quotidien Le Monde du 28 octobre dernier (1) donne quelques pistes pour comprendre et réguler une consommation excessive, grâce à l’interview du psychothérapeute suisse Niels Weber, spécialiste des addictions aux écrans. Extraits :

A partir de quel moment doit-on s’alarmer d’une pratique du jeu vidéo excessive ?

Le critère le plus pertinent est celui de la souffrance, que ce soit de l’utilisateur ou de son entourage. (…) Mais l’indicateur principal, qui attire généralement l’attention des parents, c’est l’échec scolaire. (…) Le problème, c’est que c’est l’œuf ou la poule : est-ce le jeu vidéo qui entraîne l’échec scolaire, ou l’échec scolaire qui amène l’adolescent à surinvestir le jeu vidéo ?

Y a-t-il un profil-type de l’enfant ayant une pratique excessive du jeu vidéo ?

Le point commun que je vois entre les enfants et les ados avec lesquels je travaille, c’est avant tout le manque d’estime de soi. Et ce n’est pas le jeu qui amène ça. Il sert plutôt de ressource. (…) Dans le jeu vidéo, ils vont être compétents. Mais ils vont aussi recevoir encore plus de critiques de l’extérieur : on va leur dire que le jeu vidéo est une perte de temps, qu’ils feraient mieux de travailler, ou de venir manger. On critique le domaine qu’ils ont investi pour obtenir de la reconnaissance, et pour l’obtenir, ils n’ont que celui-ci. C’est un cercle vicieux.

Si l’enfant ou l’adolescent utilise le jeu vidéo pour être en contact avec ses camarades, soit à la récréation, soit en cours de partie par le tchat, comment parler d’isolement social ?

Le jeu vidéo en ligne est une nouvelle manière d’être avec les autres, et on doit apporter du crédit à cette interactivité-là. Mais il faut également encourager les plus jeunes à avoir des interactions sociales qui ne passent pas par des écrans, encourager une alternative. Si le jeu vidéo n’isole pas des copains, une pratique intensive peut fermer des portes au niveau familial.

Comment résoudre cette situation de rupture du lien ?

C’est un double effort à faire. Du côté des parents, intéressez-vous aux jeux auxquels jouent vos enfants, ne les laissez pas seuls, et idéalement, de temps en temps, allez jouer avec eux ! Vous serez peut-être nuls, mais ce n’est pas grave. Adoptez une position humble, l’enfant sera l’expert, qui vous apprendra des choses.

Dans l’autre sens, il faut encourager les enfants et les adolescents à expliquer ce qui les intéresse (…). Pour cela, il faut privilégier un moment familial consacré au partage de ce que l’on fait sur nos écrans. C’est vraiment un travail collectif. Ces échanges doivent permettre aux enfants de se sentir reconnus et aux parents de se sentir légitimes dans leur rôle de poser un cadre.

(…) Ouvrir la discussion sur la pratique du jeu elle-même doit permettre au jeune de se sentir suffisamment en sécurité pour aborder d’autres problèmes. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à contacter un spécialiste si le dialogue est difficile. »

Nathalie Anton

(1) Niels Weber : « Parents, intéressez-vous aux jeux vidéo auxquels jouent vos enfants ! »

16 mars : journée nationale du sommeil

Afin de célébrer la journée nationale du sommeil et lui donner toute son importance, je laisse aujourd’hui la parole aux spécialistes de L’Institut National du Sommeil et de la Vigilance, en publiant des extraits de leurs recherches et recommandations sur le repos, Ô combien essentiel, de nos adolescents.

« Chaque personne est unique et il en va de même pour les besoins en sommeil. La plupart des adultes ont besoin de 7 à 9 heures de sommeil chaque nuit. Les enfants et les adolescents ont eux besoin de davantage de sommeil.

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Nos ados en mal de dodo… 

La période de l’adolescence est une période mouvementée. Le corps change, la sexualité s’éveille, les copains sont prioritaires, les parents sont forcément vieux jeu… et l’adolescent aime se coucher tard ! C’est une caractéristique des 12-25 ans dont la période d’éveil est prolongée par des stimulations auditives (musique, chat, …) et visuelles (TV, jeux vidéo, ordi….) mais aussi par des devoirs à faire, la peur de l’avenir, les conflits avec les adultes, etc. Mais cette tendance est aussi biologique, liée probablement aux transformations hormonales de la puberté. Au cours de cette période, le sommeil lent profond devient moins abondant, le sommeil plus léger en début de nuit et les endormissements plus difficiles(1). En période scolaire, cela entraine une réduction importante du sommeil nocturne (parfois jusqu’à 2h entre 12 et 18 ans) alors que les besoins physiologiques réels, non seulement ne diminuent pas, mais sont probablement plus importants. On constate donc très souvent un déficit chronique de sommeil chez l’ado. Le déficit s’accumule au cours de la semaine, entrainant une dette de sommeil source de somnolence diurne préjudiciable à une bonne efficience intellectuelle. Cette dette de sommeil s’accompagne d’un rebond de sommeil lors des week-ends, laissant l’adolescent dans un état de grande fatigue le lundi. (…)

La diminution de la durée de sommeil entre 11 et 15 ans apparaît très nette et assez continue, avec 20 à 30 minutes de sommeil en moins chaque année (perdues chaque soir précédent une journée de classe). Les jeunes de 15 ans dorment ainsi en moyenne 1h31 de moins que ceux de 11 ans les soirs avant la classe. L’état de fatigue matinale chronique apparaît également de plus en plus fréquent avec l’âge, puisqu’il concerne moins d’un quart des élèves de 11 ans (24,1%) contre plus d’un tiers de ceux de 15 ans (34,1%).

Depuis 2009, l’« électronisation » a gagné la chambre des enfants : 42%(2) des parents autorisent désormais la radio dans la chambre de leurs enfants, 38% un ordinateur, 33% un téléphone fixe ou portable et 31% la télévision. Autant d’éléments perturbateurs de sommeil. Les enfants dont le temps de sommeil est insuffisant (moins de 8 heures) et les jeunes lycéens de plus de 16 ans sont les plus équipés. Ce suréquipement des chambres souligne l’importance du besoin d’une campagne de prévention chez les petits comme chez les grands. Ces erreurs d’hygiène de vie nécessitent en effet un travail pédagogique auprès des parents et des enfants dès leur plus jeune âge.

L’exposition à la lumière d’écrans, dans les heures qui précèdent le coucher, affecte le rythme veille-sommeil en modifiant la sécrétion de mélatonine. De plus, la lumière augmente le niveau d’activité et d’éveil ce qui retarde l’endormissement. Enfin, devant un ordinateur, on est très stimulé et on rate plus facilement les signes annonciateurs de sommeil : bâillement, yeux qui piquent, envie de bouger…

On pense souvent que le fait de coucher tard un enfant est compensé par le fait de lui laisser faire une bonne grasse matinée le lendemain. Or le sommeil du matin n’a absolument pas le même pouvoir de récupération qu’un sommeil bien calé sur la nuit. En effet, si un coucher tardif ne diminue pas sensiblement le sommeil lent profond, en revanche, les phases de sommeil paradoxal risquent de survenir après le lever du jour, c’est-à-dire à un moment ou l’ambiance générale n’est plus propice au sommeil : la température et le bruit ainsi que la température corporelle, sont plus élevés le matin et constituent des facteurs de perturbation du sommeil. Coucher tard un enfant revient à le priver d’une qualité de sommeil rarement rattrapée. En effet, le sommeil du matin a perdu son pouvoir de récupération notamment sur le plan mental ce qui risque donc de perturber sérieusement les apprentissages car il est plus léger et fractionné. Cependant, il est toujours mieux de récupérer une dette de sommeil que de se priver de sommeil mais, si possible, sans trop se décaler.

Quelles sont les conséquences d’un manque de sommeil ?

Les troubles du sommeil sont associés à un manque d’attention et à des troubles du comportement. Il y a diminution des performances de la mémoire et des apprentissages. L’hyperactivité, elle, est surtout liée à la fragmentation du sommeil. Les études confirment le lien entre déficit de sommeil, difficultés scolaires et troubles du comportement :

• baisse de la performance scolaire du fait de la diminution des capacités attentionnelles

• augmentation du risque d’accident, de syndrome dépressif, voire de risque suicidaire dans les formes sévères

• risque de développer une obésité et un diabète, souvent renforcé par une alimentation déséquilibrée. »

Pour plus d’informations, je vous renvoie à leur site, très riche et stimulant, ainsi qu’à celui de la National Sleep Foundation pour les anglophones.

https://sleepfoundation.org/press-release/national-sleep-foundation-recommends-new-sleep-times/page/0/1

http://www.institut-sommeil-vigilance.org/

Nathalie Anton

(1) Le sommeil lent profond favorise la récupération physique, la mémoire à long terme et l’équilibre métabolique et thermodynamique, alors que le sommeil paradoxal contribue au développement du cerveau et à la consolidation des apprentissages.

(2) Enquête INSV/MGEN 2011.

Temps d’écran et santé mentale : attention à la dépression chez nos ados !

D’après les résultats de deux enquêtes récentes consacrées au temps passé devant l’écran par les adolescents, nous apprenons que :

Entre 2006 et 2015, le temps d’écran quotidien a augmenté d’une heure chez les 6-17 ans. En moyenne, les enfants passent aujourd’hui plus de 4 heures par jour devant une console, la télévision, un ordinateur. (1)

Les 7-12 ans1-6 ans passent en moyenne 6H10 sur Internet par semaine. Ce chiffre monte à 15h11 pour les 13-19 ans. (2)

Or, d’après l’enquête  américaine Monitoring the Future, qui interroge chaque année environ 50 000 jeunes de terminale, seconde et quatrième,  les adolescents qui passent plus de temps que la moyenne devant leur écran se disent moins heureux que les autres. 

Comme l’explique la chercheuse américaine Jean M. Twenge, professeur de psychologie à l’université de San Diego (3) :

« Il n’y a aucune exception. Toutes les activités liées à l’écran entraînent une chute du sentiment de bien-être (…). Les élèves de 4e qui passent 10 heures par semaine ou plus sur les réseaux sociaux ont 56% « de chance » de plus que les autres de dire qu’ils se sentent malheureux. Ce chiffre diminue peu pour ceux qui y passent entre 6 heures et 9 heures par semaine, puisqu’il atteint 47%.

Plus les adolescents sont sur leurs écrans et plus ils sont susceptibles de faire part de symptômes dépressifs. Les élèves de 4e qui passent un temps élevé sur les réseaux sociaux augmentent de 27% leur risque de dépression.« 

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La chercheuse donne plusieurs raisons à cela, telles que le fait de:

  • se sentir exclu de certains événements postés par les autres sur Internet,
  • s’exposer à l’approbation ou la désapprobation des pairs chaque fois que l’on publie quelque chose,
  • être victime de cyberharcèlement,
  • perdre en temps et en qualité de sommeil,
  • faire moins d’activité physique – essentielle pour le bon équilibre physique et psychologique -,
  • développer moins de compétences sociales en face à face

Elle insiste donc sur l’importance de la modération, et conseille aux parents de limiter l’usage des appareils électroniques à une heure trente voire deux heures par jour.

A l’impossible nul n’est tenu, me direz-vous… Mais avoir conscience des risques liés à l’usage des écrans peut ouvrir des discussions parents-enfants sur la question du bien-être, et entraîner des changements dans les habitudes…

Nathalie Anton

(1) Etude « Esteban » (Étude de Santé sur l’Environnement, la Biosurveillance, l’Activité physique et la Nutrition), menée d’avril 2014 à mars 2016 en France métropolitaine par Santé Publique France, sur un échantillon national représentatif de 2 678 adultes et 1 182 jeunes de 6 à 17 ans.

(2) Enquête Ipsos Junior Connect’2017, menée auprès de 4 700 enfants et jeunes adultes interrogés.

(3) Have Smartphones Destroyed a Generation? The Atlantic, sept. 2017.

Image : Centre for Addiction and Mental Health (CAMH), enquête menée en 2015 auprès de 10,426 jeunes en Ontario, Canada.  Ontario Student Drug Use and Health Survey (OSDUHS).