Covid-19 et mal-être des jeunes (3) : quelques mesures annoncées.

Nous avons vu combien les jeunes étaient touchés par la crise sanitaire : baisse des interactions amicales et amoureuses ; hausse de la précarité liée aux pertes d’emplois ; limitation, report voire effondrement des projets scolaires et professionnels ; crainte pour les proches… A l’aube d’un reconfinement de plus en plus probable, il est urgent et indispensable d’aider les jeunes à surmonter l’effort considérable exigé d’eux, alors même qu’ils sont moins vulnérables que leurs aînés face à la Covid-19. Le gouvernement a ainsi annoncé quelques mesures, notamment sur les plan de leur scolarité et de leur bien-être psychologique : Sur le plan scolaire :
Aden Arabie, 1931.
  • Le gouvernement a autorisé les étudiants de première année à reprendre les Travaux Dirigés, en demi-groupe, à partir du 25 janvier, et le président de la République, E. Macron, a annoncé le 21 janvier le retour un jour par semaine à l’université, avec une jauge maximale de 20 % dans les amphis.
  • Parallèlement, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a supprimé les épreuves de spécialités prévues en mars pour les futurs bacheliers, et allégé le nombre de textes présentés à l’épreuve orale de français.
Sur le plan psychologique :
  • Le président a confirmé la création d’un « chèque psy » pour les étudiants dès le 1er février, validant l’annonce faite le 14 janvier par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, de proposer un « chèque santé mentale » permettant de couvrir 2 à 3 consultations avec un psychologue.
  • Par ailleurs, le premier ministre a annoncé le recrutement de 80 psychologues dans les CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) dans les six prochains mois. Si cette mesure permet de doubler les effectifs, elle ne comble pas néanmoins la pénurie des professionnels de santé mentale mis à disposition des étudiants. D’après le journal Le Monde en effet, on dénombre en France 1 psychologue à temps plein pour 30 000 étudiants, contre 1 pour 1500 aux Etats-Unis, ou 1 pour 3000 au Canada.
  • D’autres mesures à l’échelle des régions ont pu être prises. Ainsi, en Ile de France, une nouvelle plateforme d’aide à distance devrait être prochainement mise en place. Sur ce site intitulé écoutesétudiants-iledefrance.fr., 150 psychologues interviendront pour assurer 40 000 consultations offertes aux étudiants de la région d’ici juin.
Cette crise aura eu au moins le mérite de lever le voile sur la vulnérabilité et la précarité des jeunes, dont, rappelons-le, 20% vivent sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 987 euros par mois. Espérons que ces mesures s’inscriront dans le long terme, et témoigneront d’une volonté de changement structurel, pour enfin mentir ce cher Paul Nizan ! Nathalie Anton

Covid-19 et mal-être des jeunes (2) : comment le repérer, comment les aider ?

Face à la situation difficile et anxiogène générée par la pandémie et évoquée dans notre article précédent, il est nécessaire que les adultes accordent une attention toute particulière aux réactions des jeunes qui les entourent, qu’ils prennent le temps de les écouter, qu’ils sachent reconnaître les signes d’alerte et qu’ils connaissent quelques dispositifs de santé mentale vers lesquels les orienter au besoin.

Fil santé jeunes

S’il semble « normal » en cette période de que les jeunes se montrent pessimistes et fassent part de leur inconfort face aux bouleversements subis, leur sentiment de mal-être peut être vécu de manière plus ou moins forte et nécessiter parfois un accompagnement psychologique.

Lorsque le corps est touché, ce pessimisme ne relève plus seulement d’une vision du monde, mais d’un trouble physiologique. Par conséquent, il convient d’être attentif aux manifestations suivantes :  

  • Maux de ventre ou de tête inexpliqués
  • Troubles du sommeil 
  • Cauchemars
  • Fatigue anormale
  • Troubles de l’alimentation

De manière plus générale, toute modification du comportement doit éveiller l’attention :

  • L’irritabilité et les changements d’humeur
  • L’incapacité à se concentrer et à mémoriser
  • La chute des résultats scolaires
  • L’incapacité à accomplir des tâches du quotidien (se laver, aller en cours, faire les courses, maintenir le lien social…)
  • L’expression de craintes excessives (peur de sortir, peur de la mort d’un proche…)

Lorsque la personne présente pendant au-moins deux semaines un état de tristesse permanente, des idées noires, une perte des envies, une absence de plaisir et une fatigue anormale, un état dépressif doit être envisagé.

Que faire pour prévenir le déclenchement ou l’aggravation de ces troubles ?

Tout d’abord, tenter de renforcer les facteurs de résistance (ou résilience) face à l’accroissement des facteurs de fragilité :

  • Maintenir les liens affectifs et les interactions sociales (dans le respect des recommandations sanitaires) : appeler plus souvent par exemple, participer à des activités communes qui créent du plaisir et un sentiment de satisfaction et d’accomplissement (cuisiner, réparer quelque chose, faire un jeu de société), encourager le travail en groupe via les réseaux sociaux…
  • Maintenir un cadre de vie structuré et équilibré : conserver des routines, aider à réguler l’emploi du temps, manger équilibré, dormir… la nuit !, réserver des plages de travail régulières, faire de l’exercice physique au moins 3 fois par semaine et pendant 30 minutes, limiter le temps d’écran si possible, et bien sûr, limiter la consommation d’alcool et de drogues à fonction d’automédication.
  • Maintenir un cadre de vie plaisant : éviter de regarder les actualités anxiogènes en boucle et préférer, par exemple, les actualités positives proposées par le « fil good » du Monde, penser à se faire plaisir (bain moussant, bonne musique, massage…), lire des livres ou des BD humoristiques, voir des séries qui détendent, penser à se reposer…
  • Continuer à se projeter dans des projets, et envisager différentes pistes face au sentiment d’être dans une impasse : évoquer des vacances ou des fêtes à venir, suggérer l’engagement dans des actions associatives pour casser le sentiment d’inutilité, envisager des pistes d’orientation nouvelles ou des emplois futurs…

Il faut ensuite communiquer sur les relais possibles.

  • Sur le plan psychologique, on doit solliciter le médecin traitant en premier lieu, mais aussi penser aux infirmiers et médecins scolaires, aux bureaux d’aide psychologique universitaire (BAPU), aux Maisons des adolescents, aux Point d’accueil et Ecoute jeunes (12-25 ans), aux centres médicaux psychologiques (CMP) ou psycho-pédagogiques (CMPP). Pensons également aux permanences téléphoniques ou aux chats collectifs ou individuels, tels que : Fil santé jeune, SOS amitié, Nightline, Happsy line, Suicide ecoute, Alcool info service, Drogue info service, etc.

L’isolement, l’absence de perspectives, la déstructuration des habitudes de vie nécessitent plus que jamais de renforcer les liens, de remettre du cadre et de proposer des appuis pour éviter que nos jeunes se sentent perdus, impuissants et submergés.

Nous conclurons demain cette thématique, en détaillant quelques mesures mises en place par le gouvernement à destination des jeunes.

Nathalie Anton

Covid-19 et mal-être des jeunes (1) : les causes de leur souffrance.

« La santé mentale des Français s’est significativement dégradée depuis fin septembre avec une augmentation importante des états dépressifs pour l’ensemble de la population (+12 points). Des hausses importantes ont été observées en particulier chez les jeunes (+18 points chez les 18-24 ans et les 25-34 ans), les étudiants (+29 points) et les personnes déclarant une situation financière très difficile (+18 points) » (enquête CoviPrev, Santé publique France).

Pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement touchés par la crise sanitaire liée à la Covid-19 ? Voici aujourd’hui quelques éléments de réponse.

Le Désespéré, Gustave Courbet (1843-45)

D’une part, la vunérabilité des adultes autour d’eux génère de l’inquiétude.

  • La crainte que la maladie ne frappe leurs grands-parents, ou que leurs parents ne perdent leur emploi peut s’avérer plus ou moins forte, en fonction des situations effectives et de la sensibilité de chacun. Les jeunes ont dans leur grande majorité conscience des risques encourus par leurs aînés et respectent les gestes barrières. Les décrire comme irresponsables au lieu de saluer les efforts intergénérationnels auxquels ils consentent ne peut qu’accroître un sentiment de culpabilité ou d’injustice.
  • Le fait que les adultes autour d’eux soient sans réponse, et eux-mêmes fragilisés sur les plans de la santé physique, de l’emploi, mais aussi de de l’équilibre émotionnel, peut s’avérer déstabilisant pour des jeunes qui ont besoin de modèles fiables et stables pour se construire.

D’autre part, leur vie quotidienne est bousculée.

  • 30% des jeunes sont retournés dans leur famille lors du premier confinement, d’après l’enquête Coronavirus et confinement réalisée par l’Ined. Ce retour a pu affecter leurs habitudes et leur intimité, susciter un sentiment de régression au moment de l’accès à l’indépendance, ou encore les exposer à des tensions intrafamiliales dues, notamment, à une trop grande promiscuité.
  • La mise en place de l’enseignement à distance, outre les problèmes techniques rencontrés, déstructure le rythme de travail des étudiants. Difficile de trouver la motivation pour suivre les visioconférences ou lire les supports de cours, surtout quand on est isolé de ses camarades.
  • Le ralentissement de l’activité économique a entraîné la perte d’emplois annexes (garde d’enfants, restauration, hôte ou hôtesse d’accueil…), ou des formations par alternance, et donc une chute de leur niveau de vie.
  • Les mesures limitant les interactions sociales (cours à distance, couvre-feu, fermeture des bars, des discothèques et des salles de spectacle…) réduisent leurs occasions de passer de bons moments en groupe, et conduisent à un appauvrissement de leurs relations amicales et amoureuses. 

Enfin, leur futur s’est obscurci.

  • Sur le plan scolaire et professionnel : qu’en est-il des examens de fin d’année, des études et des stages à l’étranger, des débouchés dans des secteurs comme l’aéronautique, le tourisme ou les arts vivants ? La durée de la crise et ses répercussions hypothèquent les projections dans une voie empruntée ou envisagée, et invitent parfois à des réorientations douloureuses.
  • Sur le plan relationnel et festif, les projets s’amenuisent également. Plus d’anniversaires à fêter, de soirées à planifier, de places de concert à réserver, de fêtes de famille à prévoir, de voyages à organiser… Un coup dur à un âge où les projections sont si fortes !
  • Sur le plan des relations amoureuses, le port du masque, la fermeture des lieux de rencontres traditionnels et le peu d’occasions d’intégrer de nouvelles personnes à son cercle amoindrissent les espoirs de romance … Quand bien même une relation se nouerait, difficile de la vivre pleinement quand on vit encore chez des parents qui télétravaillent !

On le voit, entre l’anxiété, la perte du sentiment d’insouciance, le bouleversement du quotidien, la hausse des difficultés matérielles, l’effondrement des projets ou encore le fort sentiment d’isolement, les conséquences de la pandémie pèsent parfois lourdement sur des épaules encore frêles…

Nous expliquerons demain, dans un second article consacré à ce thème, comment repérer les signes du mal-être ainsi que des réponses à proposer.

Nathalie Anton