Bonnes vacances et bonne continuation à tous !

Chamois de la Dent de Vaulion (Jura)Premiers jours de juillet, et dernier post de l’année scolaire. Un cycle s’achève, et d’autres options se profilent avec, je l’espère, de beaux moments en perspective.

Je citerai, à l’attention des jeunes qui s’apprêtent à partir en vacances, 3 recommandations que mon Proviseur du Lycée Français de New York a données aux élèves lors de la cérémonie de fin d’année :

  • Soyez curieux, ouvrez-vous à des idées qui ne sont pas les vôtres, à des auteurs que vous ne connaissez pas, à des activités que vous auriez pensé ne pas vous plaire. Ne vous contentez pas de ce qui est connu, facile et rassurant : osez relever des défis.
  • Ne vous sentez pas impuissants par rapport aux grands problèmes contemporains : choisissez un combat qui vous tient à coeur, qu’il soit politique, humanitaire, écologique ou autre, et essayez, à votre niveau, d’être une partie de la solution en donnant de votre temps, en souscrivant à une association, en faisant des petits gestes au quotidien…
  • Cultivez une vraie connexion avec les gens qui vous entourent et avec la nature qui vous environne. Déconnectez-vous des écrans, soyez à l’écoute, soyez présents aux autres et au monde.

J’espère que ces mots qui m’ont inspirée inspireront également vos enfants, auxquels je souhaite toute la réussite possible.

Très bonnes vacances à tous,

Nathalie Anton

Stress et examens : ultimes conseils !

Calvin and Hobbes

A l’heure où le brevet se profile et où le baccalauréat démarre, sinon en fanfare, tout du moins en philo, je souhaite à tous les jeunes embarqués dans ces épreuves de faire de leur mieux, et à leurs parents de rester confiants ! Si la fin de l’année scolaire est attendue comme une libération par la grande majorité des élèves, elle constitue aussi une source de stress intense lié aux décisions d’orientation, et surtout à la barrière parfois périlleuse des examens à franchir…

Face aux montées d’angoisse bien compréhensibles, rassurons tout d’abord les ados : le stress est, à petite dose, bénéfique, car il leur procure de l’énergie pour rester motivés et concentrés, et pour être capables de mieux mémoriser et d’atteindre les buts qu’ils se sont fixés.

Toutefois, trop de stress peut conduire au sentiment d’être submergé, d’arriver à saturation au point de ne plus être capable d’étudier, de perdre l’appétit ou de ne plus dormir. Dans ce cas, il convient de leur donner quelques astuces pour faire redescendre la pression.

  • Identifier la cause du stress, et tenter de trouver des stratégies pour y faire face : si l’oral paralyse votre enfant, par exemple, rédigez avec lui des phrases types d’introduction et de conclusion et entraînez-le à les réciter.
  • Bien manger et bien dormir : si dans cette période d’examens, les efforts se concentrent tout particulièrement sur les capacités cognitives (mémoire et réflexion), il faut cependant veiller à ce que le corps ne soit pas négligé : manger équilibré et dormir si possible 8 heures par nuit constituent des piliers de la réussite.
  • Réduire les excitants : attention aux doses de caféine, qui nuisent au bon sommeil et accentuent les palpitations…
  • S’aérer, faire du sport au moins 30 minutes par jour : cela aide à prendre du recul, à se sentir bien,à éprouver une saine fatigue.
  • Se détendre : prendre un bain, pratiquer quelques minutes de mindfulness, se concentrer sur une musique que l’on aime permet de décompresser.
  •  S’organiser : une journée ne compte que 24 heures, moins toutes celles nécessaires au sommeil, aux repas et à la détente évoquée précédemment. Faire un planning réaliste de ce que l’on peut faire dans le temps resté libre permet d’éviter de s’éparpiller. Il faut lister les priorités et s’y tenir !
  • Trouver les bons outils : relire tout le manuel d’histoire n’est plus envisageable. En revanche, trouver les grands points des chapitres sur des fiches déjà réalisées, ou dans des annabrevets ou des annabacs sera bien plus utile et bien plus rassurant.
  • En parler ! En exprimant ses inquiétudes à ses parents, à ses amis, à ses professeurs, on peut trouver du réconfort, des conseils, et remettre les choses en perspective.

Alea jacta est et bon courage !!

Nathalie Anton

Image : Calvin and Hobbes, Bill Watterson

NonVotreAdoNestPasFeignant.indd

 

Rapport sur « les violences sexistes à l’école »

Screen Shot 2018-06-08 at 10.14.12Le 30 mai dernier, l’Observatoire européen de la violence à l’école a publié un rapport dense et passionnant intitulé « Les violences sexistes à l’école Une oppression viriliste« , sous la direction d’Eric Debarbieux, sociologue et ancien délégué ministériel de la violence en milieu scolaire.

Sans entrer dans le détail des 131 pages consacrées à ce thème, je citerai aujourd’hui des extraits évoquant quelle est la part de l’école dans la fabrication des genres pouvant conduire à des violences sexistes, telles que celles mentionnées ci-dessous :

« Du voyeurisme dans les vestiaires, dans les toilettes aux attouchements à caractère sexuel, un pourcentage non négligeable de filles au collège, et moins au lycée, sont régulièrement victimes d’agressions. Les violences à caractère sexuel touchent plus particulièrement les filles : 7% des collégiennes déclarent des violences de cette catégorie contre 4% des collégiens. Les écarts de déclarations concernent particulièrement les attouchements sexuels (8% contre 3%) et les baisers forcés (7% contre 3%) et bien moins le voyeurisme (7% contre 5%). »

Les auteurs du rapports rappellent que l’école n’est pas hermétique aux préjugés liés au masculin et au féminin et que « par naturalisation, par habitude ou par continuité de la socialisation familiale, elle co-produit les différences et les hiérarchies entre les filles et les garçons » :

« La classe n’est pas un espace « neutre » et les pratiques pédagogiques restent marquées par un traitement différencié des filles et des garçons. (…) On laissera plus facilement les garçons prendre la parole sans forcément la redistribuer aux filles, on attendra plus de compétences et d’appétence des filles ou des garçons dans telle ou telle matière (l’éducation physique et sportive en est un bon exemple) …. et les notes ainsi que les orientations s’en ressentent, jusqu’à laisser penser aux élèves que ces « goûts » sont « naturels ». (…)

Face à ces conceptions genrées, « chaque garçon et chaque fille est contraint de construire son identité personnelle en prenant position par rapport à des attentes sociales traditionnellement propres à son sexe. Parmi les stéréotypes associés aux garçons, on peut citer les suivants : affirmatif, agressif, ambitieux, aventureux, casse-cou, confiant. » (…). A l’inverse, « les adjectifs majoritairement attribués aux filles sont : affectueuse, attentive, attirante, capricieuse, charmante, délicate, dépendante, soumise, pleurnicheuse. »

Ces stéréotypes culturels véhiculés souvent malgré soi ont des conséquences sur les comportements :

« Les garçons apprennent à s’exprimer, à s’affirmer, à contester l’autorité ; les filles à se limiter dans les échanges avec les enseignants, à prendre moins de place physiquement et intellectuellement, à être moins valorisées. A l’école, les garçons reçoivent davantage de contacts pédagogiques, bénéficient d’encouragements plus fréquents. Très tôt, les filles vont apprendre à se conformer à ce qu’on attend d’elles et agir en fonction. C’est aussi pour cette raison qu’elles sont « bonnes élèves » et qu’elles « préfèrent » l’école davantage que les garçons. »

L’opposition « masculin » / « féminin » associant les caractéristiques de supériorité aux garçons et de passivité aux filles conduit à une dévalorisation du féminin et un amalgame avec l’homosexualité :

« Quand un garçon est trop obéissant, les parents s’inquiètent pour deux raisons : la première parce qu’il s’éloigne des attentes stéréotypées, et la deuxième, non des moindres, est celle de l’homophobie. S’il est si gentil, peut-être sera-t-il homosexuel ? Comme si les dispositions, les comportements préfiguraient une future orientation sexuelle (…). A l’adolescence, l’identité masculine se façonne face aux groupes de pairs. C’est ainsi qu’elle va s’opérer sur la péjoration du féminin (ne pas être une fille, « une tapette ») et sur le fait d’être un vrai gars face au groupe des garçons. La socialisation des garçons dessine deux groupes bien distincts : ceux qui arrivent à montrer leur force, à être les plus forts, les plus virils ; et les autres qui risquent d’être déclassés dans la catégorie des sous-hommes, des « pédés ». Les démonstrations de force, les bagarres fréquentes, les insultes à caractère sexiste et homophobe constituent le quotidien de nombreux garçons au collège. (…)

Ce type de comportements discriminatoires et violents permettent de rejeter les garçons « différents » et permettent de construire l’identité des garçons sur une base homophobe, mais aussi de ramener les filles à des objets sexuels. En effet, ces actes posent dès l’école qu’il est « normal » pour un garçon de toucher une jeune fille sans son autorisation d’une part ; mais aussi pour les filles, ces actes sexistes non dénoncés intègrent qu’une fille doit s’exposer au regard des garçons, voire parfois que ce mode d’interaction violente est souhaitable car selon nombre de collégien-n-es, c’est un honneur réservé aux jolies filles. »

Et les auteurs du rapport de conclure : « cette lente mais précoce construction du masculin et du féminin entraîne des processus de hiérarchisation des différences, au détriment du féminin. Ce ne sont donc pas les différences entre les sexes qui sont ici remises en question, mais (comme pour toute discrimination) les hiérarchies implicites ou explicites qui sont légitimées par la société et l’institution qui en fait partie. Il n’est pas question de nier ici les différences, qui sont davantage une richesse, mais de dénoncer ce que Françoise Héritier nomme la valence différentielle des sexes et ses conséquences. C’est sur ce fond inégalitaire que se construit le sexisme, le refus du féminin, et dans son expression ultime et détestable les violences de genre. »

Prendre conscience de ces préjugés et de leurs conséquences relève donc de la responsabilité de tous les éducateurs, à l’école, comme à la maison.

Nathalie Anton

Image : United Nations (http://www.ohchr.org/EN/Issues/Discrimination/Pages/LGBT.aspx)