La confiance en soi, facteur de réussite des élèves

Capture d’écran 2019-03-01 à 12.10.44Qu’est-ce qui peut nuire à la confiance en soi d’un élève ? Selon lphilosophe Joëlle Proust, directrice de recherche émérite au CNRS et membre du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (1), deux facteurs ont un effet particulièrement délétère sur les efforts fournis en classe. Elles les a développés sur France Culture, dans l’émission « Etre et Savoir » du 24 février.

D’abord, les stéréotypes sociaux, qui agissent dans l’esprit des jeunes comme un déterminisme et qui infléchissent leur investissement scolaire. En effet, comme l’explique Joëlle Proust, « la confiance en soi n’est pas seulement engendrée par la simple capacité de l’élève, mais aussi par des représentations sociales qu’il a de lui-même.«  Ainsi, les stéréotypes sociaux liés au genre peuvent, par exemple, influencer de manière négative l’investissement des filles en mathématiques. Le fait que la logique ait longtemps été perçue comme une qualité plutôt masculine diminue inconsciemment la confiance qu’elles ont dans leurs capacités de réussite dans cette discipline. Idem pour les stéréotypes liés à l’origine sociale : « Les enfants de milieux défavorisés croient souvent qu’en étant de ce milieu-là, on a peu d’espoir de réussir à faire des choses difficiles. Et c’est évidemment l’une des tâches de l’école de la République de montrer à ces enfants de façon extrêmement pratique qu’il n’en est rien, qu’ils ont tout à fait les mêmes chances que les autres de réussir leurs apprentissages.« 

En plus de ces biais socio-cognitifs, Joëlle Proust évoque la notation, qui a un effet dévastateur sur les efforts d’apprentissage. « Les notes, pour un élève en difficulté, vont être perçues comme quelque chose qu’il faut éviter : il va éviter de s’exposer à l’erreur. Or, celle-ci est constitutive de l’apprentissage. » En clair, il est normal de se tromper quand on apprend, et il faut interroger cette erreur, plus que la sanctionner. Et Joëlle Proust de poursuivre : « La plupart des professeurs ne mesurent peut-être pas à quel point la note va biaiser le sens de l’erreur. C’est à dire que les mauvaises notes (…) vont engendrer la conviction que l’on n’est pas bon de façon générale, que c’est la personne que l’on est qui est reflétée par les notes.« 

Egalement invité de cette émission, le professeur de sociologie à l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education, Pierre Merle, désigne ce phénomène sous les termes de « résignation apprise. »  En se comparant aux autres à travers ses notes, l’élève s’inscrit dans une spirale de l’échec, il perd confiance dans ses capacités d’apprentissage, et réduit in fine ses ressources attentionnelles. Plus simplement, « l’élève pense qu’il n’est plus capable, et n’écoute plus.« , explique Pierre Merle.

Restaurer la confiance des élèves dans l’institution scolaire implique donc avant tout que les éducateurs reboostent la confiance en soi de ces jeunes. Aussi faut-il, d’une part, être conscient de l’influence des stéréotypes sociaux, pour ne pas les véhiculer et les endiguer ; et lutter, d’autre part, contre le phénomène de résignation apprise, qui s’abat comme une fatalité sur la motivation des élèves. Promouvoir des évaluations formatives et bienveillantes permet notamment de valoriser les réussites des élèves en les aidant à comprendre, individuellement, les sources d’erreurs pour mieux les dépasser. 

Nathalie Anton

(1) Groupe de travail « Métacognition et confiance en soi ».

Image : Willy Ronis, Vincent aéromodeliste, Gordes, France, 1952.

 

Le poids de la minceur à l’adolescence

Le 70e Festival de Cannes ouvrira mercredi ses portes, avec pour affiche la photo d’une Claudia Cardinale juvénile, dont la taille, les jambes, les bras et même les pieds (!) ont été affinés.

cannes-2017

La polémique soulevée par la manipulation du cliché original trouve une réponse dans la publication au journal officiel le 5 mai dernier d’un décret obligeant, à partir du 1er octobre 2017, à ce que la mention « Photographie retouchée » apparaisse sur toute photo commerciale de mannequins « dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image afin d’affiner ou d’épaissir la silhouette ». Comme l’explique le Ministère de la santé dans son communiqué de presse, le but de la loi est « d’agir sur l’image du corps dans la société pour éviter la promotion d’idéaux de beauté inaccessibles et prévenir l’anorexie chez les jeunes. » Cette loi vise ainsi à lutter contre le culte de l’extrême minceur qui pousse tout particulièrement les jeunes filles à modifier leur corps en adoptant des conduites alimentaires malsaines. Car comment assumer à la puberté l’élargissement du bassin, le développement de la poitrine, voire la prise de poids au regard des modèles filiformes exposés dans la plupart des magazines ?  Lire la suite

Trop d’ « amis » sur les réseaux sociaux ?

Afin d’étoffer la réflexion amorcée dans l’article précédent sur les dérives potentielles des nouvelles technologies, je citerai reseaux-sociauxaujourd’hui pour mémoire, un extrait du rapport UNICEF 2014 « Adolescents en France, le grand malaise« , dans lequel 50 % des jeunes de 6 à 18 ans interrogés utilisant les réseaux sociaux déclaraient avoir plus de 200 contacts, dont 32,5 %, plus de 300. Au-delà d’un désir de socialisation, ce grand nombre de contacts témoigne d’une recherche de popularité pouvant conduire à des situations douloureuses…

« La sociabilité par internet est devenue une des formes courantes de la vie des enfants et des adolescents. Nous avons pu vérifier que le nombre de contacts augmente avec l’âge (42,3 % des jeunes de 15 et plus ont plus de 300 contacts, contre 11,6 % pour les moins de 12 ans) et que les garçons en ont un peu moins que les filles (18 % des garçons en ont moins de 50, contre 13,8 % pour les filles).

Notons aussi que celles et ceux qui appartiennent à des réseaux sociaux ne sont que 35 % à estimer qu’ils se sentent très valorisés par ces contacts. Lire la suite