Les effets de groupe

A la lecture d’un dossier consacré aux foules paru en juin dernier dans Le Journal des Psychologues, je n’ai pas pu m’empêcher d’établir en cette période de rentrée scolaire un parallèle entre les propos tenus par la Directrice de recherche au CNRS Claudine Haroche, et les inquiétudes des enseignants concernant le groupe classe à gérer :

«Le fait d’être ensemble lève les inhibitions, induisant une perte du contrôle, de la retenue, un effacement des limites de soi et, dans le même temps, contribue à un agrandissement de soi, encourage à certaines manifestations de joie qui peuvent parfaitement devenir violentes (on ne fait pas de manifestation seul, il n’y a pas d’émeute d’individus isolés : pour qu’il y ait émeute il faut qu’il y ait meute comme le disait si bien Elias Canetti dans Masse et Puissance).»

Les enseignants, et tout particulièrement les néo-titulaires, ont parfois la crainte d’être les victimes de soulèvements contestataires plus ou moins violents menés par l’ensemble de leur classe.

Rappelons cependant que les phénomènes décrits par Claudine Haroche s’opèrent plutôt à l’échelle des foules, non au sein de petits groupes où il est difficile de se fondre dans une masse qui n’existe pas. Par ailleurs, un enseignant ne s’adresse pas à un groupe, mais aux individus qui le composent. Il connaît très vite leur nom, leur famille, leur parcours, leurs forces et leurs difficultés… Et cette attention particulière, surtout lorsqu’elle est bienveillante, déconstruit de facto les comportements grégaires. Enfin, le règlement intérieur est porté par l’ensemble de l’établissement et des éducateurs : le cadre auquel les élèves se conforment excède donc celui de la salle de classe, de même que les conséquences des conduites éventuellement inappropriées.

Si l’enseignant s’avère donc globalement protégé par sa fonction et sa qualité d’adulte, il doit toutefois se montrer attentif aux conséquences négatives induites par le groupe au sein même des élèves, notamment à l’adolescence où un fort besoin d’appartenance peut s’exercer :

«Ce besoin se caractérise par des manières d’être, de se comporter communes, qui révèlent une tendance à l’homogène, parfois au conformisme, d’où le possible rejet de ce qui est différent».

La pression de conformité entraîne en effet des mises à l’écart, des moqueries, des violences verbales, physiques, psychologiques qui peuvent aller jusqu’au harcèlement. Or c’est avant tout à ces victimes potentielles de l’effet de groupe, souvent silencieuses, que l’enseignant doit penser lorsqu’il se trouve en charge d’un groupe classe, en veillant au respect de la diversité.

Nathalie Anton

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