1:54 de Yan England : le cinéma témoigne du harcèlement

Projeté en avant première le 30 mars dernier à l’ONU, dans le cadre du festival Focus on French Cinema, le film 1:54 du Québécois Yan England a donné lieu à un panel sur la question du harcèlement en milieu scolaire auquel j’ai été invitée à participer. En effet, ce film extrêmement poignant qui relate le calvaire de deux lycéens harcelés en raison de leur homosexualité est très révélateur de ce qui caractérise les situations de harcèlement. Il illustre tout d’abord de manière implacable les trois traits qui le définissent : Lire la suite

L’anxiété de performance

Qu’il émane du cercle familial ou scolaire, qu’il fasse l’objet d’attentes explicites ou implicites, conscientes ou inconscientes, le poids de la réussite peut conduire chez certains élèves au développement d’une véritable anxiété de performance, dont les manifestations principales sont les suivantes : Lire la suite

Notes et moyennes : il faut relativiser !

Le premier trimestre touche à sa fin, les conseils de classe approchent et avec eux… la remise des bulletins avec les moyennes affichées de vos enfants. Avant que cela ne ternisse vos fêtes de fin d’année, je tenais à rappeler que depuis 1930, de nombreuses études ont révélé l’imprécision de la note et qu’il convient plus de la relativiser que de la sacraliser. Le professeur de sociologie Pierre Merle rappelle en effet d’une part qu’elle dépend de l’établissement dans lequel se trouve l’enfant, et d’autre part « beaucoup plus du correcteur que de la copie[1]« , sa variabilité étant liée notamment :

  • à la place de la copie dans le paquet
  • au niveau supposé de l’élève : « A qualité égale, mesurée par des tests anonymes de compétences, les élèves redoublants et plus âgés font toujours l’objet d’une notation plus sévère. Ces élèves sont victimes du stéréotype négatif de l’élève redoublant. L’échec antérieur suggère un élève en difficulté scolaire et cette perception entraîne une sous-notation. »
  • au sexe : les filles apparaissent comme mieux notées que les garçons
  • à sa catégorie sociale : « A résultats identiques aux tests de compétences, les élèves d’origine aisée sont en moyenne mieux notés par leurs professeurs que les autres élèves. »

Concernant ce dernier point et étude à l’appui, Pierre Merle montre ainsi que le choix du contrôle continu pour attribuer le baccalauréat favoriserait « les filles, les enfants de cadres supérieurs et les élèves sans retard scolaire », alors que « grâce aux épreuves anonymes actuelles, la sélection des candidats est marquée par davantage de justice : les élèves d’origine populaire, les garçons, les élèves en retard sont plus souvent reçus. »

Or, sachant que même le professeur le plus consciencieux ne peut s’affranchir des biais que nous venons d’énumérer, on comprend combien il est important de considérer la note comme un indicateur très relatif. D’autant plus que la fétichisation de la note conduit à des effets contre-productifs :

  • non seulement les élèves sont inutilement stressés et mis en concurrence permanente (cette compétition scolaire autour des notes obtenues, parfois verbalisées tout haut lors de la remise des copies peut conduire à des sentiments d’échec, de honte, d’abattement et de culpabilité tout à fait préjudiciables à la motivation),
  • mais les élèves peuvent en venir à tricher, n’avoir tendance à apprendre que ce qui sera noté, ou se contentent de résultats qui leur assurent une certaine tranquillité familiale et scolaire.

On voit combien le plaisir, le droit à l’erreur et la recherche de sens constitutifs des apprentissages en pâtissent. Si avoir une bonne, voire une meilleure note peut motiver les bons élèves, cela décourage souvent les moins performants  :

« En acceptant de travailler davantage, un élève peu sûr de ses capacités augmenterait le risque de révéler son incompétence, si, malgré tous ses efforts, le résultat final demeurait négatif. C’est pour éviter cela (…) que l’élève hésitant, préférant paraître fainéant plutôt que stupide, choisira finalement de travailler peu pour sauver son image et (…) sa valeur propre.[2]« 

Je laisse remonter le souvenir des notes négatives de version latine ou de dictées, qui, malgré les progrès, avoisinaient seulement le zéro… Qui en serait nostalgique ?

Gardons donc du recul face à ces chiffres en pied de bulletin qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre, et considérons-les plutôt comme des indices à interroger pour comprendre, avec l’enseignant, les difficultés qu’a rencontrées l’enfant dans cette première partie de l’année, et agir tous ensemble pour les surmonter de manière bienveillante et constructive.

Nathalie Anton

[1] L’Ecole en questions, magazine Sciences Humaines, hors série n°5, octobre 2006.

[2] Est-il possible de prédire l’évolution de la motivation pour le travail scolaire de l’enfance à l’adolescence ? J.L. Gurtner, A. Gulfi, I. Monnard, J. Schumacher. Revue Française de Pédagogie n°155, avril-mai-juin 2006.