Propos du psychiatre Michel Botbol sur la violence scolaire

Le 10 février dernier, à la suite de l’amplification du mouvement des professeurs du lycée Adolphe Chérioux de Vitry sur Seine consécutif à un acte de violence perpétré au sein de l’établissement, Yves Calvi a consacré son émission  « C dans l’air » à la violence scolaire.

Parmi ses invités, le psychiatre et psychanalyste Michel Botbol, attaché à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, a rappelé deux raisons pour lesquelles l’école s’avère particulièrement exposée à la violence, indépendamment des phénomènes propres à l’adolescence.

D’abord, comme elle est un passage obligé, l’école se trouve naturellement confrontée à des difficultés sociales qui la dépassent de beaucoup. De ce fait, elle devient la cible de reproches nourris, à tort ou à raison, à l’encontre de l’institution en général.

Ensuite, comme elle a pour ambition d’enseigner, elle demande un effort d’acquisition de savoirs qui peuvent représenter une réelle difficulté et générer frustration, humiliation et désespoir.

C’est pourquoi, le psychiatre considère que la réponse à la violence scolaire apportée par le renforcement de moyens humains et sécuritaires « acceptables et raisonnés », est nécessaire mais pas suffisante.  Selon lui, seul un projet transversal et collectif permettant à l’école de mettre en place des temps de rencontre, d’échange et de médiation qui ne soient pas des temps d’apprentissage, permettrait de renforcer ce qu’il appelle « la densité des interactions ».

Au cours de l’émission, Michel Botbol a enfin pointé du doigt le paradoxe auquel se trouvent confrontés les enseignants qui dénoncent la violence scolaire : leur action même desservirait la cause qu’ils veulent servir, comme s’ils trahissaient, en parlant, le projet humaniste d’intégration et de réussite propre à l’idéal du pédagogue.

Leur souffrance liée aux violences qu’ils subissent se double donc d’un sentiment de culpabilité et d’injustice d’être perçus non plus comme les victimes qu’ils sont effectivement, mais comme complices de la faillite d’un système qu’ils cherchent pourtant à défendre.

On voit que la question de la violence scolaire, toujours présentée au singulier, ouvre au contraire sur des réponses plurielles qui ne peuvent faire l’impasse d’une complexité impliquant notamment des responsabilités partagées et des choix collectifs.

Nathalie Anton

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