L’égalité des chances, d’après François Dubet, sociologue.

Je vous livre aujourd’hui, en écho au débat qui entoure l’accès des boursiers aux grandes écoles, la conclusion d’une tribune publiée dans Le Monde du 1er décembre 2009 par François Dubet, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l’université Bordeaux II, dans laquelle le sociologue interroge le principe de la méritocratie à l’école.

Si son analyse ne remet pas en question la nécessité de permettre « aux élèves des quartiers et des établissements défavorisés d’accéder aux meilleures formations dès lors qu’ils ont assez de mérite pour prétendre y réussir », elle met cependant l’accent sur la perpétuation de la compétition scolaire et de l’inégalité des chances à travers ce dispositif élitiste :

« Bien que l’égalité des chances soit incontestablement juste, elle ne produit pas fatalement une société meilleure et plus vivable. Il est plus facile de dégager une élite que d’améliorer le sort des perdants ; il est plus facile de distinguer quelques meilleurs que de promouvoir les plus faibles. Aujourd’hui, il semble plus aisé de promettre aux enfants d’ouvriers qu’ils échapperont à leur destin social s’ils le méritent, que d’améliorer les conditions de vie et de travail des ouvriers.

Et plus les places sociales se font rares, plus on s’accommode des inégalités sociales du moment que le jeu des chaises musicales qui permet d’y accéder paraît équitable. Mais dans ce cas, au nom de l’excellence de l’égalité des chances et du mérite, on finit par accepter de vivre dans une société de plus en plus dure et compétitive. On finit aussi par oublier ce fait élémentaire : plus les inégalités entre les positions sociales sont fortes, moins il est possible de réaliser l’égalité des chances, car la distance à parcourir pour ceux qui montent est grande, alors que ceux qui risquent de descendre ont trop à perdre pour ne pas tricher.

Afin d’atténuer les effets négatifs du monopole de l’égalité des chances et du mérite, il nous faut donc affirmer résolument la priorité de la réduction des égalités entre les positions sociales afin que l’égalité des chances ne se retourne pas contre elle-même et ne soit pas qu’une idéologie, une simple manière de rendre légitimes les inégalités sociales ».

Intéressant de prendre le problème par l’autre bout, non ?

Nathalie Anton

Une réflexion au sujet de « L’égalité des chances, d’après François Dubet, sociologue. »

  1. Voilà une analyse bien interessante, et qui fait froid dans le dos !….brrrr

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