Pour un usage raisonné des écrans

Capture d_écran 2017-09-08 à 20.49.47Je reproduis aujourd’hui des extraits d’une interview donnée le 5 juillet dernier sur le site de L’Obs avec Rue 89, par le psychiatre Serge Tisseron à propos des écrans. Il explique en quoi la régulation de leur usage est importante pour le développement de l’enfant et de l’adolescent. En cette période de rentrée, soulignons que le temps passé devant les écrans doit être régulé pour les collégiens et lycéens, car il nuit notamment à celui de leurs devoirs et à la qualité de leur sommeil.

« Pour apprendre à se concentrer, le bébé doit se concentrer. On apprend à faire quelque chose en le faisant. Et pour un bébé, c’est s’intéresser à une chose, la flairer, la porter à la bouche, ce sont les jeux spontanés du bébé.

Le problème, c’est que quand la télé marche, il est dérangé. Ses périodes de jeu spontané se réduisent. Or des études ont montré que c’est la longueur de ces périodes de jeux spontanés qui détermine les capacités de concentration ultérieures. (…)

Les parents doivent aussi jouer aux jeux traditionnels avec leur enfant. Or beaucoup de parents ne jouent qu’à la tablette, et du coup l’enfant investit la tablette comme un moyen d’accès à l’adulte.

Il est très important de nommer les temps d’écran et de les autoriser tous les jours à la même heure. C’est ce qui permet à l’enfant d’apprendre à attendre et cela favorise l’apprentissage ultérieur de l’autorégulation. (…)

Le problème principal des écrans (…) est le temps qu’on y passe. Ce ne sont pas les écrans qui sont toxiques, c’est leur mauvais usage. Entre la naissance et 3 ans, c’est du temps pris sur l’ensemble du développement. Entre 3 et 6 ans, ils détournent des activités manuelles indispensables, entre 6 et 9 ans, de l’apprentissage des basiques, et entre 9 et 18 ans, de l’investissement scolaire. »

Je rappelle que Serge Tisseron, également docteur en psychologie, est à l’origine des repères (ou balises) 3-6-9-12, à savoir pas de télévision avant 3 ans (l’entrée en maternelle), pas de console personnelle avant 6 ans (entrée en CP), pas d’Internet avant 9 ans (l’âge de la maîtrise la lecture et de l’écriture), pas de réseaux sociaux avant 12 ans (l’entrée dans l’adolescence).

« Aucun écran n’est mauvais en soi, tout dépend du moment et de la façon de les introduire dans la vie de l’enfant, exactement comme on le fait en diététique pour les aliments. »

Nathalie Anton

 

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Trop d’ « amis » sur les réseaux sociaux ?

Afin d’étoffer la réflexion amorcée dans l’article précédent sur les dérives potentielles des nouvelles technologies, je citerai reseaux-sociauxaujourd’hui pour mémoire, un extrait du rapport UNICEF 2014 « Adolescents en France, le grand malaise« , dans lequel 50 % des jeunes de 6 à 18 ans interrogés utilisant les réseaux sociaux déclaraient avoir plus de 200 contacts, dont 32,5 %, plus de 300. Au-delà d’un désir de socialisation, ce grand nombre de contacts témoigne d’une recherche de popularité pouvant conduire à des situations douloureuses…

« La sociabilité par internet est devenue une des formes courantes de la vie des enfants et des adolescents. Nous avons pu vérifier que le nombre de contacts augmente avec l’âge (42,3 % des jeunes de 15 et plus ont plus de 300 contacts, contre 11,6 % pour les moins de 12 ans) et que les garçons en ont un peu moins que les filles (18 % des garçons en ont moins de 50, contre 13,8 % pour les filles).

Notons aussi que celles et ceux qui appartiennent à des réseaux sociaux ne sont que 35 % à estimer qu’ils se sentent très valorisés par ces contacts. Lire la suite

Les jeunes et les réseaux sociaux, rapport de l’UNICEF

A titre de rappel à propos des jeunes et des réseaux sociaux, je citerai aujourd’hui les conclusions de l’étude « Adolescents en France : le grand malaise« , menée il y a deux ans par l’UNICEF auprès de 11232 enfants et adolescents de 6 à 18 ans :

« Parmi l’ensemble des enfants et adolescents qui utilisent les réseaux, 32,5 % ont plus de 300 contacts, 17,3 % entre 200 et 300, 20,5 % entre 100 et 200, 14,2 % entre 50 et 100 et 15,5 % en ont moins de 50. Autant dire que la sociabilité par internet est devenue une des formes courantes de la vie des enfants et des adolescents. »

Cependant, malgré le nombre important « d’amis » affiché sur ces sites, le rapport révèle que « ceux qui appartiennent à des réseaux sociaux ne sont que 35 % à estimer qu’ils se sentent très valorisés par ces contacts. 15 % considèrent qu’ils sont valorisés, mais de façon insuffisante, 30 % ne se sentent pas vraiment valorisés et 12 % pas du tout.

Ces résultats confirment que si les enfants et adolescents qui appartiennent à des réseaux sociaux y trouvent un moyen d’étendre leur sociabilité, ils peuvent aussi en éprouver une insatisfaction, voire une frustration quand ils considèrent que leur notoriété ou leur popularité sur ces réseaux est inférieure à ce qu’ils souhaiteraient. La mise en scène de soi sur ces réseaux est à l’origine d’un besoin de reconnaissance qui semble être sans limite tant il est amplifié par la technique elle-même de la valorisation personnelle par ces liens numériques. Soulignons ici que 13 % des répondants affirment avoir déjà été agressé ou harcelé sur internet ou sur les réseaux sociaux. 34 % voient des images sur Internet ou à la télévision qui les choquent ou leur font peur et 41 % regardent des émissions réservées aux adultes ou qui ne sont pas adaptées à leur âge. Ils sont 19 % à affirmer qu’ils utilisent l’ordinateur et internet avec un adulte à leur côté. Ces résultats devraient militer en faveur d’une plus grande vigilance des parents et de la société en général à l’égard des enfants et des adolescents sur les usages potentiellement dangereux de ces nouveaux supports de connaissance et de communication. »

Nathalie Anton