Le CAPES de mathématiques 2021 recalé à l’épreuve des stéréotypes de genre !

L’énoncé d’un problème posé aux candidats du CAPES de mathématiques 2021 prouve une fois de plus que les stéréotypes échappent à ceux qui les minorent : sans vigilance accrue, pas besoin d’être délibérément sexiste pour les véhiculer !

Pourquoi les filles sont-elles beaucoup moins nombreuses que les garçons à se projeter dans une carrière scientifique ? Pourquoi, à niveau égal, font-elles part d’un plus grand manque de confiance en elles en mathématiques ? D’une part, parce que les stéréotypes de genre associant le masculin à la raison et à la rigueur d’un côté, et le féminin à l’émotion et à la rêverie de l’autre sont toujours à l’oeuvre ; d’autre part, parce que les filles souffrent d’un déficit de modèles de femmes engagées ou reconnues dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques auxquelles s’identifier.

A l’ère #MeToo, vous pensez ces clichés révolus ? Demandez donc autour de vous, y compris à des enfants incarnant la nouvelle génération, de dire comment s’appelle une personne douée en sciences, puis d’en faire un dessin : dans pratiquement tous les cas, vous obtiendrez un nom masculin, « un scientifique » ou « un savant », représenté sous les traits d’un barbu à lunettes ! Vous répondrez qu’il s’agit là d’un automatisme qui ne résisterait pas à quelques minutes de réflexion… Certes, mais c’est justement parce qu’ils sont impensés que les stéréotypes n’attirent pas l’attention : on les lit sans les voir, on les énonce sans les entendre et on les perpétue sans y penser !

L’épreuve de mathématiques du CAPES 2021 offre ainsi une occasion éclatante de mettre en lumière un de ces clichés tapis dans l’angle mort. Le sujet a beau avoir été élaboré, rédigé, annoté, corrigé puis validé avec le plus grand sérieux par des enseignants et des inspecteurs de mathématiques compétents, censés promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes et lutter contre les préjugés sexistes – comme le stipule le Code de l’éducation -, un stéréotype de genre a tranquillement échappé à toutes leurs relectures pour finir imprimé noir sur blanc sur les 3901 feuilles distribuées aux candidats inscrits.

Le voici souligné en rouge :

Ce petit apport étymologique, d’apparence fort anodine, constitue bel et bien le noeud de ce problème n°2, ou plutôt les noeuds, puisqu’à l’image des poupées russes, nous allons voir qu’un cliché peut en cacher un autre…

D’abord, affirmer que Pierre Curie est l’inventeur du terme « radioactivité » est une information, sinon erronée, du moins très fortement sujette à caution. Il suffit de taper dans un moteur de recherche les mots « radioactivité, invention du mot, Curie » pour voir apparaître non pas le prénom de Pierre, mais celui de sa femme ! D’après l’Encyclopediae Universalis, « Marie Curie a donné le nom de radioactivité à la propriété que possèdent certains éléments de se transformer spontanément en émettant de l’énergie« . Quand bien même un doute aurait subsisté sur la paternité ou la maternité de ce terme, les rédacteurs du sujet auraient pu le dire « inventé par Pierre et Marie Curie », voire mieux encore, « inventé par Marie et Pierre Curie » s’ils avaient été sensibilisés à l’ordre alphabétique prôné par le langage inclusif.

Mais non. Alors même que cette précision avait pour objectif d’enrichir la culture générale des candidats, aucun concepteur du sujet n’a pensé à sonder sa propre culture ni à vérifier la validité de ses sources. Il aurait pourtant été logique que cela soit fait, puisque tous les énoncés ont été minutieusement passés au crible pour traquer les coquilles. Mais rappelez-vous que la logique a peu de prise sur les stéréotypes, car ils court-circuitent précisément le raisonnement ! C’est ainsi que des professionnels de l’éducation nationale chevronnés et consciencieux ont pu croire aveuglément que Pierre Curie était l’auteur du mot « radioactivité », tant il semble aller de soi que seuls les hommes puissent être à l’origine de toutes les inventions.

D’ailleurs, le fait que les concepteurs de l’épreuve aient préféré mettre cet homme en valeur pour une trouvaille lexicale mineure plutôt que de citer sa femme à qui l’on doit une avancée scientifique capitale, permet de déceler un second préjugé sous-jacent. La référence masculine, tel un argument d’autorité, renforcerait le sérieux et la crédibilité d’un libellé scientifique. La mention du nom Pierre Curie, totalement inutile à la résolution du problème à suivre, a ainsi dû paraître inconsciemment plus pertinent que celui de Marie, pour donner du poids à l’énoncé de ce problème de mathématiques ardu.

Or, ce choix injustifié privant les candidats du CAPES d’une figure féminine émérite renforce le stéréotype selon lequel les carrières scientifiques prestigieuses seraient exclusivement l’apanage des hommes ! On sait que les femmes sont sous-représentées dans les manuels scolaires ou les émissions scientifiques, et que leur invisibilité contribue à persuader les jeunes filles que ces disciplines ne sont pas faites pour elles. Ainsi, malgré de meilleurs résultats au baccalauréat, elles ne représentent toujours qu’un tiers des effectifs des classes préparatoires scientifiques ! Ce manque de figures d’identification qui détourne les filles des filières STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) et les empêche d’accéder à des emplois souvent plus rémunérateurs est un fait bien connu de tout professionnel de l’éducation s’intéressant un tant soi peu à l’orientation scolaire. On sait désormais combien il est essentiel de promouvoir des modèles féminins de réussite dans ces domaines, comme les lauréates du prix Nobel de chimie 2020, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, ou comme la seule femme à avoir obtenu deux prix Nobel, celui de physique en 1903, et celui de chimie en 1911, à savoir… Marie Curie !

Vous me direz que les candidates du CAPES de mathématiques n’étaient pas concernées par ce déficit de modèles, puisqu’elles avaient manifestement opté pour des études scientifiques ! C’est indéniable, mais la référence à Pierre Curie peut avoir joué sur leur réussite au concours, en activant la « menace de stéréotype », c’est-à-dire la reproduction inconsciente d’un stéréotype, de peur d’en être victime soi-même. Prenons un exemple pour clarifier ce phénomène : une conductrice cherchant à démentir le cliché selon lequel les femmes seraient moins douées que les hommes pour faire des créneaux, risque paradoxalement de rater sa manoeuvre si elle l’effectue sous des regards masculins… De même, les filles s’exposent davantage à l’échec lors d’un examen de sciences ou de mathématiques, si on leur rappelle, même de manière détournée (en mentionnant par exemple, le nom d’un célèbre scientifique masculin !), que les garçons sont supposés être plus compétents qu’elles dans ces disciplines… En effet, la crainte inconsciente de confirmer ce stéréotype auquel elles n’adhèrent pas génère un stress qui perturbe leurs compétences motrices ou cognitives nécessaires à la réalisation du créneau ou dans notre cas, à la résolution du problème n°2 du CAPES de mathématiques !

On l’aura compris au terme de cet article, les stéréotypes de genre ont des motivations et des répercussions bien plus vastes que les simples mots en apparence inoffensifs qui les véhiculent… Si l’on ne s’exerce pas formellement à les repérer, ils continueront à nous échapper et à agir sur nous, à l’instar de ces petits noyaux instables dont l’énergie insidieuse et puissante est appelée… radioactivité : CQFD !

Nathalie Anton

Le Manuel qui dézingue les stéréotypes, Eyrolles, 2021.

Réforme du bac, Parcoursup… Quelles spécialités choisir ?

La réforme du baccalauréat et du lycée d’enseignement général et technique conduira les élèves de seconde et de première à choisir, dès la fin de cette année scolaire, respectivement 3 et 2 spécialités parmi 12*en vue des épreuves de TerminaleCes choix inquiètent à juste titre bon nombre d’élèves – et de parents !-, qui craignent de se fermer des portes lorsqu’ils formuleront leurs voeux sur Parcoursup, la plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur en France. Ainsi, le fait de ne pas avoir choisi « « histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques » en première et en terminale fermera-t-il les portes de Sciences-Po, ou bien le fait de ne pas avoir choisi « mathématiques » fermera-t-il les portes des écoles de commerce ? S’il est impossible de balayer ces craintes bien légitimes, je partage aujourd’hui, et très modestement, deux support de réflexion, sinon de réassurance.

D’abord, les propos tenus le 21 janvier dans l’émission de France Inter, Le Téléphone sonne, par Philippe Vincent, président du SNPDEN, syndicat des chefs d’établissements. Ce proviseur du lycée Jean Perrin à Marseille explique qu' »aujourd’hui, lorsqu’on recrute dans l’enseignement supérieur, on choisit plutôt la qualité des dossiers : l’aptitude des élèves à travailler, leur capacité à se concentrer, à être prégnants dans les disciplines, plus que sur une note à la virgule (…). Ce sont plutôt les qualités scolaires qu’on va rechercher. On ira plutôt chercher, entre guillemets, le bon élève, ou l’élève intéressé ou l’élève qui a un engagement personnel fort. » Philippe Vincent insiste donc sur l’importance de choisir des spécialités en fonction de « ses préférences, de ses centres d’intérêt ». Pour illustrer sa pensée, il utilise la métaphore du ski alpin : « Je pense qu’il ne faut pas rentrer dans une philosophie trop adéquationniste, en faisant en sorte d’obliger les élèves de choisir telle ou telle descente parce que le parcours serait déjà extrêmement bien balisé et les portes bien marquées : c’est plutôt du slalom géant que du slalom spécial ». 

Mais pour se repérer malgré tout dans ce parcours qui ouvrira les portes du supérieur, sachez que l’Onisep* a mis en place Horizons 21, une application numérique permettant d’éclairer les lycéens sur les champs que recouvrent non seulement les 12 spécialités proposées dans le cadre de la réforme du baccalauréat, mais aussi ceux des principaux domaines de formation (par exemple : « santé », « sciences informatiques et industries du numérique »…). En cliquant sur les spécialités apparaissent des liens avec les domaines professionnels auxquels elles préparent. D’utilisation très claire, cette plateforme permet ainsi de mieux saisir les enjeux des choix de spécialité à formuler

Nathalie Anton

* « Arts », « biologie-écologie », « histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques », « humanités-littérature-philosophie », « langues-littératures et cultures étrangères », « littérature et langues et cultures de l’Antiquité », « mathématiques », « numérique-sciences informatiques », « physique-chimie », « sciences de la vie et de la Terre », « sciences de l’ingénieur », « sciences économiques et sociales ».

*Office national d’information sur les enseignements et les professions, sous la tutelle du ministère de l’Education nationale et de la jeunesse, et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Construire dès maintenant son projet d’orientation

Le premier trimestre semble à peine commencé, et il peut sembler prématuré d’aborder début octobre la question de l’orientation. Or il n’en est rien : le projet d’orientation s’appuie sur des recherches documentaires, des discussions avec les proches, des échanges avec des professionnels au collège, au lycée ou dans des salons, des expériences via les stages effectués, des visites d’établissements, la constitution d’un dossier scolaire solide… Et cela demande évidemment beaucoup de temps ! 

En effet, comme l’explique le Conseil de l’Union Européenne, la « compétence à s’orienter » nécessite non seulement de pouvoir « s’auto-évaluer, se connaître soi-même et de décrire ses compétences », mais aussi d’avoir « l’aptitude à rechercher les offres d’éducation et de formation, ainsi que les orientations ou aides disponibles. (1)»

Or, « dans un contexte où le système scolaire s’est considérablement complexifié (en lien avec un contexte économique marqué par la division croissante du travail, le progrès technologique ainsi que l’allongement de la durée de la vie active, mais aussi la massification de l’enseignement), cette compétence à s’orienter est loin d’être acquise.(2) »

Il n’est ainsi pas vain d’anticiper et de prendre rendez-vous dès maintenant avec le professeur principal ou le conseiller d’orientation psychologue de l’établissement pour évoquer ce sujet. Les vacances scolaires d’automne qui se profilent déjà pourront également être mises à profit pour consulter des revues, ou encore rencontrer des professionnels de l’orientation dans un centre d’information et d’orientation, s’inscrire à des salons, rechercher des stages…

Voici enfin quelques ressources pour nourrir la réflexion de votre ado et l’aider à bien s’informer

http://www.education.gouv.fr/cid160/les-lieux-d-information-de-l-orientation.html

http://www.onisep.fr/

https://www.orientation-pour-tous.fr/

https://www.letudiant.fr/tag/orientation-postbac.html

https://www.letudiant.fr/etudes/salons/region-ile-de-france-0001.html

Nathalie Anton

(1) Résolution du 13/12/2008

(2) Enquête menée par l’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) en mai/juin 2018 auprès de 718 collégiens scolarisés dans des collèges des quartiers de l’éducation prioritaire