Ecole et numérique (2)

Je reviens cette semaine encore sur la déconstruction du mythe des  « enfants du numérique » ou « digital native » faite par deux chercheurs en éducation néerlandais, Paul A. Kirschner, Jeroen J. G. van Merrienboer (Do Learners Really Know Best? Urban Legends in Education. in Education, Educational Psychologist, 48(3), 169–183, 2013).

Les chercheurs s’interrogent sur cette idée que les enfants nés dans l’ère du numérique auraient développé la capacité d’être « multitâches », faisant leurs devoirs en même temps qu’ils textent ou surfent sur la toile sans que cela n’ait d’impact négatif sur leurs apprentissages. Or, les recherches montrent que cette impression est trompeuse.

En effet, lorsque les tâches ne sont pas automatisées (comme « marcher » par exemple, même si marcher et téléphoner peut multiplier les risques d’incidents), l’architecture cérébrale permet seulement de passer rapidement d’une tâche à l’autre (avec une illusion de simultanéité).

Cette rapidité acquise par les jeunes qui manient depuis l’enfance les outils informatiques ne signifie donc aucunement que cette aisance soit bénéfique ni efficace pour leurs apprentissages. Bien au contraire, il a été montré que les changements rapides de tâches conduisent à de moins bonnes performances scolaires.  Un élève qui fait ses mathématiques « en même temps » qu’il échange avec un ami sur Internet via une messagerie instantanée aura de moins bons résultats que s’il se concentre seulement sur les mathématiques. D’ailleurs, les enfants exposés au multi-tasking seraient des enfants  plus facilement distraits, ayant de mal à se concentrer.

Pour laisser le mot de la fin à Paul A. Kirschner et Jeroen J. G. van Merrienboer :

« Les gens pensent peut-être différemment, mais c’est un mythe. Face à des tâches aussi complexes, on ne sera jamais capable de surmonter les limites inhérentes à notre cerveau pour traiter les informations simultanément. Pour conclure, les recherches montrent que le changement ou la multiplication des tâches (« multitasking ») a un impact négatif sur l’apprentissage et les performances scolaires.« 

Nathalie Anton

Ecole et numérique (1)

Deux chercheurs en éducation néerlandais, Paul A. Kirschner, Jeroen J. G. van Merrienboer, ont compilé de nombreuses recherches et ébranlé le mythe des  « enfants du numérique » ou « digital native » qui  seraient capables de développer seuls les compétences informatiques par la fréquentation précoce et assidue des outils numériques. (Do Learners Really Know Best? Urban Legends in Education. in Education, Educational Psychologist, 48(3), 169–183, 2013.

Les études révèlent en effet que les jeunes ont des connaissances en informatique souvent superficielles, qu’ils naviguent sur peu de sites et peu de réseaux sociaux, qu’ils font preuve de passivité dans les recherches pédagogiques, et qu’ils ont du mal à critiquer les sources d’information sur Internet. Ils papillonnent sans s’assurer de la validité des sources ni approfondir le sujet – passant d’un lien à un autre, sur le mode du coq à l’âne, oubliant rapidement leur premier sujet d’intérêt.

Si les élèves sont  dans leur grande majorité dotés désormais d’ordinateurs et d’accès à Internet, ils ne sont pas tous égaux en termes d’apprentissage et d’accompagnement.

C’est pourquoi l’école doit jouer un rôle clé dans cet apprentissage, de manière à accompagner tous les jeunes dans l’appropriation et la compréhension des pratiques numériques, diversifier leurs approches et responsabiliser les usages.

Directrice déléguée de l’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville), Eunice Mangado, interrogée par Louise Tourret  dans l’émission Rue des Ecoles du 25 septembre dernier (« Education, quelles fractures numériques ?« , France Culture), expliquait que maîtriser les outils numériques constitue aujourd’hui une condition nécessaire à une pleine intégration économique, sociale et culturelle. Or, cette maîtrise du numérique ne peut pas reposer sur des pratiques informelles ou une culture familiale qui conduirait à un prolongement des inégalités :

« L’accès à  l’information en ligne, sans filtre ni hiérarchie hausse le niveau de  compétence et d’esprit critique prérequis pour pouvoir mener, en connaissance de cause, une recherche d’information et décider de l’usage qui peut en être fait. La maîtrise de la culture numérique c’est savoir utiliser internet mais aussi savoir s’en protéger voire s’en passer. Il existe aujourd’hui de réelles inégalités en termes de connaissance des notions de  protection personnelles sur Internet mais aussi en termes de régulation des pratiques notamment familiale. » (Le Numérique contre l’échec scolaire, AFEV)

Nathalie Anton