Peut-on doper sa mémoire ?

Capture d’écran 2019-05-09 à 11.57.37A la question « peut-on doper sa mémoire ? » posée sur France Culture par René Frydman, dans son émission Révolutions médicales, le professeur Bernard Sablonnière, médecin et biologiste au Centre de Recherches J-P Aubert de Lille répondait en 2014 de la manière suivante :

« On ne peut pas doper sa mémoire comme on ferait de la gonflette dans une salle de gym. Par contre, on peut continuer à la faire fonctionner : garder des vaisseaux sanguins en bon état, éviter la mal bouffe, avoir une alimentation équilibrée, conserver une activité intellectuelle stimulante. On sait que plus on est curieux, plus on va accumuler des connaissances dans tous les domaines, et plus va créer dans le cerveau ce que les chercheurs appellent une réserve cognitive. On a une réserve de connexions qui fonctionnent très bien, une espèce de réservoir qui fait que, si à côté on perd des neurones ou des connexions, au-moins on a dans d’autres zones du cerveau cette réserve qui permet au cerveau de bien fonctionner. »

Bernard Sablonnière insiste ainsi sur l’importance de l’activité physique, qui « permet de conserver cette élasticité des vaisseaux sanguins du cerveau, qui sont capables d’un seul coup de se dilater et d’amener plus d’oxygène, plus de sucre et de mieux faire fonctionner le cerveau. » Le sommeil est aussi impératif, pour consolider les connaissances et permettre au cerveau d’éliminer les toxines.

Interrogé par Louise Tourret le 28 avril dernier dans son émission Etre et Savoir consacrée également à la mémoire, le spécialiste du développement cognitif et des apprentissages Olivier Houdé, professeur de psychologie et de développement à l’Université Paris-Descartes, rappelle combien l’usage d’alcool et autres drogues à l’adolescence est à prescrire. Il explique en effet que « le cerveau de l’enfant et de l’adolescent se construit. C’est un organe extrêmement plastique, en cours de maturation, d’évolution. Il permet d’apprendre énormément de choses, et en même temps, il est extrêmement fragile. » C’est pourquoi toute injection de produit toxique entrave son bon fonctionnement et nuit à sa construction…

Sur ce, bon courage à tous pour les révisions de fin d’année !

Nathalie Anton

“Neurosciences et Education”

Puisque la mode est aux séries, le feuilleton “Neurosciences et Education” occupera la rentrée de ce blog, sur lequel vous découvrirez chaque quinzaine une petite synthèse des cours dispensés en 2014-2015 au Collège de France par l’excellent neuroscientifique Stanislas Dehaene (déjà cité dans mon article précédent sur le sommeil des adolescents, rebaptisé “Episode 1”).

Episode 2

Dans son cours intitulé “Education, plasticité cérébrale et recyclage neuronal”, Stanislas Dehaene explique que l’apprentissage est notamment favorisé par un environnement social soutenant qui expose les sujets à la nouveauté. Inversement, l’apprentissage s’avère entravé par la peur et les émotions négatives.

L’éducation peut moduler de façon extrême le potentiel initial de l’enfant :

  • La science a révélé que des lésions cérébrales massives pouvaient être en partie surmontées grâce à l’environnement
  • Il est erroné de croire que seuls les spécialistes peuvent aider les élèves souffrant de troubles de l’apprentissage (type « dys ») : tous les éducateurs – parents comme enseignants… – ont un rôle à jouer en stimulant et valorisant le potentiel de l’enfant

L’environnement d’apprentissage, qu’il soit familial ou scolaire, doit être :

  • d’une grande richesse
  • empli de renforcements positifs
  • libéré de toute peur (peur de la mauvaise note, peur de la punition, peur des réprimandes…)

Espérons donc que le constat de l’enquête PISA 2012 (« Program for International Student Assessment ») cité ci-dessous aura évolué en mieux lors des résultats de l’enquête 2015 à paraître le 6 décembre 2016 prochain :

la France se situe toujours bien en dessous de la moyenne de l’OCDE, contrairement au Liechtenstein, à l’Autriche ou à la Suisse, où au moins quatre élèves sur cinq se sentent chez eux à l’école, contre moins d’un élève sur deux en France. La France, avec seulement 47 % des élèves déclarant se sentir chez eux à l’école, affiche la proportion la plus basse de tous les pays et économies ayant participé au cycle PISA 2012.

 Nathalie Anton

Apprendre à mémoriser : des techniques qui marchent !

Nous avons vu précédemment que la mémorisation était favorisée par la répétition, le recours à différents supports perceptifs (la vue, l’audition, le mouvement…), la manipulation de l’objet d’apprentissage sous diverses formes (exercices, discussion, recherche…) mais aussi par les liens effectués avec des connaissances déjà acquises.

D’autres techniques étudiées en 2013 par des chercheurs en Psychologie américains  (John DunloskyKatherine A. RawsonElizabeth J. MarshMitchell J. Nathan and, Daniel T. Willingham) semblent être particulièrement fructueuses.

Après avoir croisé les résultats de 700 articles scientifiques, ces chercheurs ont ainsi montré dans  leur étude publiée dans le magazine Psychological Science in the Public Interest (January 2013 vol. 14 no. 1 4-55) que :

  • relire et surligner n’ont en soi pas beaucoup d’impact sur l’apprentissage, sauf si les élèves s’interrogent sur ce qu’ils lisent et surlignent, et apprennent à ne pas tout surligner !

Ces techniques gagnent en efficacité lorsqu’elles sont associées à d’autres pratiques, telles que :

  • le questionnement élaboratif et l’auto-explication, ne visant pas simplement à mémoriser le fait, mais à s’interroger sur les étapes pouvant l’expliquer et à le relier à des notions connues pour mieux le comprendre et le mettre en perspective.
  • la fiche ou le résumé, à condition que les enseignants aient montré aux élèves comment faire pour relever les éléments principaux !
  • la pratique de tests divers (à choix multiples, blancs à compléter, questions…), espacés dans le temps, stimulant véritablement la mémorisation en permettant la mise en place des stratégies mnémotechniques : plus on s’entraîne sur le long terme, et plus on mémorise !
  • l’apprentissage en plusieurs étapes sur le long terme, à l’inverse du bachotage, qui permet de consolider les connaissances.
  • la reprise des concepts appris au fil du temps dans les exercices portant sur d’autres notions.

Il va de soi que l’élève seul ne peut mettre toutes ces techniques en place, et que les enseignants comme les parents doivent être associés à cette réflexion sur l’apprentissage et la mémorisation.

Nathalie Anton