Covid-19 et mal-être des jeunes (2) : comment le repérer, comment les aider ?

Face à la situation difficile et anxiogène générée par la pandémie et évoquée dans notre article précédent, il est nécessaire que les adultes accordent une attention toute particulière aux réactions des jeunes qui les entourent, qu’ils prennent le temps de les écouter, qu’ils sachent reconnaître les signes d’alerte et qu’ils connaissent quelques dispositifs de santé mentale vers lesquels les orienter au besoin.

Fil santé jeunes

S’il semble « normal » en cette période de que les jeunes se montrent pessimistes et fassent part de leur inconfort face aux bouleversements subis, leur sentiment de mal-être peut être vécu de manière plus ou moins forte et nécessiter parfois un accompagnement psychologique.

Lorsque le corps est touché, ce pessimisme ne relève plus seulement d’une vision du monde, mais d’un trouble physiologique. Par conséquent, il convient d’être attentif aux manifestations suivantes :  

  • Maux de ventre ou de tête inexpliqués
  • Troubles du sommeil 
  • Cauchemars
  • Fatigue anormale
  • Troubles de l’alimentation

De manière plus générale, toute modification du comportement doit éveiller l’attention :

  • L’irritabilité et les changements d’humeur
  • L’incapacité à se concentrer et à mémoriser
  • La chute des résultats scolaires
  • L’incapacité à accomplir des tâches du quotidien (se laver, aller en cours, faire les courses, maintenir le lien social…)
  • L’expression de craintes excessives (peur de sortir, peur de la mort d’un proche…)

Lorsque la personne présente pendant au-moins deux semaines un état de tristesse permanente, des idées noires, une perte des envies, une absence de plaisir et une fatigue anormale, un état dépressif doit être envisagé.

Que faire pour prévenir le déclenchement ou l’aggravation de ces troubles ?

Tout d’abord, tenter de renforcer les facteurs de résistance (ou résilience) face à l’accroissement des facteurs de fragilité :

  • Maintenir les liens affectifs et les interactions sociales (dans le respect des recommandations sanitaires) : appeler plus souvent par exemple, participer à des activités communes qui créent du plaisir et un sentiment de satisfaction et d’accomplissement (cuisiner, réparer quelque chose, faire un jeu de société), encourager le travail en groupe via les réseaux sociaux…
  • Maintenir un cadre de vie structuré et équilibré : conserver des routines, aider à réguler l’emploi du temps, manger équilibré, dormir… la nuit !, réserver des plages de travail régulières, faire de l’exercice physique au moins 3 fois par semaine et pendant 30 minutes, limiter le temps d’écran si possible, et bien sûr, limiter la consommation d’alcool et de drogues à fonction d’automédication.
  • Maintenir un cadre de vie plaisant : éviter de regarder les actualités anxiogènes en boucle et préférer, par exemple, les actualités positives proposées par le « fil good » du Monde, penser à se faire plaisir (bain moussant, bonne musique, massage…), lire des livres ou des BD humoristiques, voir des séries qui détendent, penser à se reposer…
  • Continuer à se projeter dans des projets, et envisager différentes pistes face au sentiment d’être dans une impasse : évoquer des vacances ou des fêtes à venir, suggérer l’engagement dans des actions associatives pour casser le sentiment d’inutilité, envisager des pistes d’orientation nouvelles ou des emplois futurs…

Il faut ensuite communiquer sur les relais possibles.

  • Sur le plan psychologique, on doit solliciter le médecin traitant en premier lieu, mais aussi penser aux infirmiers et médecins scolaires, aux bureaux d’aide psychologique universitaire (BAPU), aux Maisons des adolescents, aux Point d’accueil et Ecoute jeunes (12-25 ans), aux centres médicaux psychologiques (CMP) ou psycho-pédagogiques (CMPP). Pensons également aux permanences téléphoniques ou aux chats collectifs ou individuels, tels que : Fil santé jeune, SOS amitié, Nightline, Happsy line, Suicide ecoute, Alcool info service, Drogue info service, etc.

L’isolement, l’absence de perspectives, la déstructuration des habitudes de vie nécessitent plus que jamais de renforcer les liens, de remettre du cadre et de proposer des appuis pour éviter que nos jeunes se sentent perdus, impuissants et submergés.

Nous conclurons demain cette thématique, en détaillant quelques mesures mises en place par le gouvernement à destination des jeunes.

Nathalie Anton

Rapport sur le mal-être des adolescents en France

Je partage aujourd’hui avec vous un article paru le 23 septembre dernier sur Lemonde.fr., rapportant les données recueillies par l’UNICEF au cours d’une enquête menée auprès de 7000 adolescents français de 12 à 18 ans.

Je n’ajouterai rien pour le moment à cet état des lieux rendu au gouvernement, si ce n’est que le partenariat entre les familles et l’école est crucial pour repérer et accompagner au mieux les adolescents en souffrance.

Nathalie Anton

Les difficultés des enfants précoces

Le lycée français de New York a eu la chance d’accueillir le 29 août 2012 Claudine Gault, formatrice pédagogue et membre de l’Association française des enfants précoces (AFEP). Dans la conférence intitulée « Comment prendre en charge les enfants précoces ? » qu’elle a donnée à tous les professeurs réunis, elle a bien expliqué qu’un enfant précoce était le plus souvent un enfant en grande difficulté, et a insisté sur la nécessité d’une prise en charge adaptée. Reconnaître les signes de la précocité s’avère donc tout à fait primordial pour aider l’élève à trouver sa place et s’épanouir dans le système scolaire.

Les enfants dits « surdoués », « précoces » ou « à haut potentiel » sont confrontés à des difficultés d’adaptation à l’école, car ils ne sont pas juste à proprement parler « en avance », mais reflètent une manière profondément différente de fonctionner. Or, comme le souligne fort justement Claudine Gault, non seulement personne n’a tendance de prime abord à plaindre les personnes intelligentes, mais en plus certaines aptitudes hors normes peuvent faire peur aux autres et à conduire à une forme d’ostracisme. Elle donne ainsi l’exemple de jeunes filles précoces qui, pour s’adapter au groupe de pairs, ont tenté de museler leurs capacités et ont développé des troubles anorexiques venant témoigner de l’étouffement de leur véritable personnalité.

Claudine Gault rappelle que ces enfants n’ont pas des facilités dans tous les domaines, et les résultats des tests d’intelligence qui font une moyenne de la compréhension verbale, de la logique, et de la motricité ne permettent pas toujours de les identifier.

D’ailleurs, certains enfants précoces souffrent d’écarts de développement entre la conceptualisation et le geste : ils rencontrent alors des difficultés motrices, comme des difficultés à écrire par exemple. pouvant entraîner de véritables phobies scolaires.

A la lenteur liée à ces dyspraxies s’ajoute parfois celle liée à un grand perfectionnisme. Claudine Gault donne ainsi l’exemple d’un élève brillant en Histoire-Géographie qui rendait copie blanche à ses devoirs, parce qu’il en savait trop et ne savait pas par où commencer ! Apprendre à ces élèves comment sélectionner et organiser les informations nécessaires dans la somme de connaissances qu’ils possèdent s’avère de fait un point fondamental de l’enseignement dispensé.

Claudine Gault souligne en outre l’écart entre l’intelligence et la sphère affective chez ces enfants, qui peuvent être très immatures alors même qu’ils résolvent les équations les plus complexes…

Elle met enfin l’accent sur les difficultés d’adaptation et les problèmes de comportements fréquents qui se posent dans une école qui leur demande d’être logiques, factuels, organisés, studieux, de suivre le pas à pas… alors qu’ils sont intuitifs, synthétiques et émotifs ! Il ne s’agit pas cependant d’hyper-activité, étant donné qu’ils peuvent rester concentrés des heures sur un sujet qui les passionne.

Je reproduis ici le tableau qu’elle a projeté lors de la conférence, et qui met en parallèle les caractéristiques du bon élève, et celles de l’élève dit « surdoué » :

bon éléve  élève surdoué
connaît la réponse pose des questions
intéressé curieux
a de bonnes idées a des idées folles
travaille dur ne travaille pas
demande des réponses s’attache aux détails
au meilleur niveau de la classe au dessous du niveau
écoute sagement affirme fortement ses opinions
apprend facilement sait déjà
a besoin de répétitions n’a pas besoin de répétitions
comprend les idées manipule l’abstraction
aime ses pairs préfère les adultes
copie, reproduit crée
aime l’école aime apprendre
intègre l’information manipule l’information
mémorise devine
aime les séquences aime la complexité
heureux d’apprendre exerce sur tout son esprit critique

Très concernée par le bien-être de ces enfants, Claudine Gault énumère un certain nombre de leurs points faibles, tels que :

– l’impulsivité

– la compulsion à parler, mais pas pour gêner

– le manque d’organisation

– la nervosité voire l’anxiété

– le manque de sommeil

– le sentiment d’inadéquation et d’infériorité

– la solitude

– le besoin de sécurité

– les somatisations (maux d’estomac par exemple)

Ne sachant pas comment travailler, il arrive que ces enfants pourtant extrêmement curieux et performants se démotivent, et s’investissent dans des activités extra-scolaires au détriment de leur réussite.

Voilà pourquoi il apparaît très important d’être sensibilisé à cette question, pour pouvoir sortir des représentations idéalisées et apporter une aide véritablement adaptée à ces enfants, paradoxalement, en difficulté à l’école.

Nathalie Anton