Drogues : « Comment résister aux pressions exercées par le groupe ? »

Voici un extrait du rapport « Informe-toi sur les drogues » publié le 26 juin 2014 par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime à l’attention des adolescents. Je reproduis le chapitre « Comment résister aux pressions exercées par le groupe« , car il est tout particulièrement difficile de dire « non » à l’adolescence à des sollicitations faites par les pairs. Ces conseils donnés à nos enfants et à nos élèves permettent ainsi de les faire réfléchir en amont à la manière dont ils peuvent se positionner dans ces situations. 
« • Premièrement, votre cas n’est pas isolé ! Peut-être pensez-vous que vous êtes le seul à ne pas avoir essayé de drogues. En réalité, la plupart des jeunes de votre âge ne consomment pas de drogues.
• Faites le point sur ce que vous pensez du sexe, des drogues et de l’alcool, notamment. Réfléchissez à ce que vous voulez répondre et à la manière dont vous voulez vous comporter dans le cas où ces questions seraient abordées.
• Nul ne devrait avoir à justifier sa décision de ne pas consommer de drogues. Que ce soit le fait d’un fort engagement personnel, ou simplement parce que vous n’avez pas envie cette fois-là, votre choix ne regarde que vous.
• Si l’on vous propose des drogues et que vous n’en voulez pas, dites non fermement mais clairement, sans faire d’histoire. Si l’on essaie de vous convaincre, l’humour peut être un bon moyen de faire face à la situation.
• Il faut souvent du courage pour dire “non”. Toutefois, on éprouvera un sentiment de satisfaction en restant fidèle à ses convictions. En expliquant calmement pourquoi vous ne voulez pas consommer la drogue vous pourrez gagner le respect des autres.
• En vous renseignant sur les différentes drogues, de leurs effets aux risques encourus, vous pourrez être mieux à même de résister aux pressions. À mesure que vous comprendrez mieux le problème, vous gagnerez en assurance.
• Il est naturel de vouloir s’intégrer à un groupe d’amis. Après tout, personne n’aime se tenir à l’écart pour de mauvaises raisons. Nous avons besoin de ressentir que nous appartenons à quelque chose. Même s’ils ne le manifestent pas immédiatement, vos amis vous respecteront davantage si vous exprimez clairement ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas.
• Cela ne paraît peut-être pas être le cas, mais vous n’êtes pas le seul à vous soucier de ce que les autres pensent de vous. Essayez de concentrer votre attention sur l’opinion que vous avez de vous-même. C’est finalement tout ce qui compte.
• Les pressions exercées par le groupe constituent souvent un moyen pour les individus de chercher à faire approuver leur propre conduite. Voulez-vous vraiment vous laisser convaincre par une autre personne qui souhaite ainsi essayer de justifier sa propre consommation de drogues ? »
La lecture de ce genre de rapports permettant la compréhension des risques encourus, associée à des discussions ouvertes avec les jeunes sur le sujet (à l’école comme à la maison) favorise ainsi les prises de décisions responsables et réfléchies.
Nathalie Anton

La pratique du « Sexting » chez les adolescents

Deux chercheurs de l’Université du Texas ont publié le 6 octobre 2014 dans le magazine Pediatrics une étude sur le « sexting », menée de 2011 à 2012 auprès de 964 adolescents âgés de 16 ans en moyenne, dont 73% étaient en classe de seconde.

Définissant le « sexting » comme le fait d’envoyer des images de soi dénudé, les chercheurs ont découvert que 60% des jeunes interrogés avaient déjà été sollicités pour envoyer une photo d’eux nus, et que 27,6% en avaient déjà effectivement envoyées.

Constatant que l’étude ne révélait aucun lien entre l’envoi de « sexting » et des pratiques sexuelles « à risques » (sans préservatif), les chercheurs ont conclu que « le sexting est une nouvelle « normalité » dans le développement sexuel des adolescents, et non pas une pratique strictement limitée aux adolescents à risques ».

D’après une enquête IFOP (Institut Français d’Opinion Publique) publiée en avril 2014, « la pratique du « sexting » s’avère particulièrement répandue aux États-Unis si l’on en juge par la proportion d’Américaines ayant déjà envoyé des images d’elles nues ou dénudées via un ordinateur ou un téléphone mobile : une sur quatre en moyenne (25%), jusqu’à 40% chez celles âgées de moins de 35 ans.
En Europe, les adeptes de ce genre de jeux s’avèrent beaucoup moins nombreuses – leur proportion tourne en moyenne autour de 7% dans l’ensemble de la population féminine – mais leur nombre est loin d’être négligeable chez les jeunes femmes de moins de 35 ans : 15% en France, 13% en Italie, 11% en Allemagne et 9% en Espagne. »

Cependant, cette nouvelle « normalité » n’est pas sans conséquences sur les jeunes qui envoient des images d’eux dans le plus simple appareil.

D’abord, il semble que les filles soient plus sollicitées que les garçons pour envoyer de telles images. Perpétuant une vision d’objet sexuel de la femme, il semblerait que la pression exercée se manifeste notamment par l’attribution d’étiquettes de « prudes » ou de « dévergondées » (pour utiliser un terme plus soutenu que celui que les adolescents emploieraient…). Des cas de harcèlement peuvent de fait s’ensuivre et avoir des conséquences douloureuses.

Ensuite, ces adolescents peuvent devenir victimes de chantage, et ne pas oser en parler à leurs proches à cause de la honte liée à l’envoi volontaire de clichés érotiques.

Enfin, on sait que les photos postées sur Internet ne s’effacent pas, et risquent de ressortir à des moment, dans des lieux, ou entre des mains non souhaités. Pour illustrer ce danger, voici un clip de prévention parmi trois autres réalisé par les élèves du Lycée Jules Ferry à Parisen partenariat avec la Préfecture de police.

Et comme les photos sont postées de la maison (souvent le soir, quand les ados se trouvent dans leur chambre avec leur portable) et font le tour de l’école, il est important que les parents et les éducateurs scolaires soient informés pour sensibiliser les jeunes à cette pratique de plus en plus courante.

Nathalie Anton

Les effets de groupe

A la lecture d’un dossier consacré aux foules paru en juin dernier dans Le Journal des Psychologues, je n’ai pas pu m’empêcher d’établir en cette période de rentrée scolaire un parallèle entre les propos tenus par la Directrice de recherche au CNRS Claudine Haroche, et les inquiétudes des enseignants concernant le groupe classe à gérer :

«Le fait d’être ensemble lève les inhibitions, induisant une perte du contrôle, de la retenue, un effacement des limites de soi et, dans le même temps, contribue à un agrandissement de soi, encourage à certaines manifestations de joie qui peuvent parfaitement devenir violentes (on ne fait pas de manifestation seul, il n’y a pas d’émeute d’individus isolés : pour qu’il y ait émeute il faut qu’il y ait meute comme le disait si bien Elias Canetti dans Masse et Puissance).»

Les enseignants, et tout particulièrement les néo-titulaires, ont parfois la crainte d’être les victimes de soulèvements contestataires plus ou moins violents menés par l’ensemble de leur classe.

Rappelons cependant que les phénomènes décrits par Claudine Haroche s’opèrent plutôt à l’échelle des foules, non au sein de petits groupes où il est difficile de se fondre dans une masse qui n’existe pas. Par ailleurs, un enseignant ne s’adresse pas à un groupe, mais aux individus qui le composent. Il connaît très vite leur nom, leur famille, leur parcours, leurs forces et leurs difficultés… Et cette attention particulière, surtout lorsqu’elle est bienveillante, déconstruit de facto les comportements grégaires. Enfin, le règlement intérieur est porté par l’ensemble de l’établissement et des éducateurs : le cadre auquel les élèves se conforment excède donc celui de la salle de classe, de même que les conséquences des conduites éventuellement inappropriées.

Si l’enseignant s’avère donc globalement protégé par sa fonction et sa qualité d’adulte, il doit toutefois se montrer attentif aux conséquences négatives induites par le groupe au sein même des élèves, notamment à l’adolescence où un fort besoin d’appartenance peut s’exercer :

«Ce besoin se caractérise par des manières d’être, de se comporter communes, qui révèlent une tendance à l’homogène, parfois au conformisme, d’où le possible rejet de ce qui est différent».

La pression de conformité entraîne en effet des mises à l’écart, des moqueries, des violences verbales, physiques, psychologiques qui peuvent aller jusqu’au harcèlement. Or c’est avant tout à ces victimes potentielles de l’effet de groupe, souvent silencieuses, que l’enseignant doit penser lorsqu’il se trouve en charge d’un groupe classe, en veillant au respect de la diversité.

Nathalie Anton