Eduquer les adolescents du XXIème siècle

Poursuivons notre étude de l’adolescence, à travers les propos du neuropsychiatre Olivier Revol, qui nous a éclairés sur les spécificités des générations Y et Z lors d’une conférence qu’il a donnée au Lycée Français de New York le 27 avril dernier.

S’appuyant sur des travaux de sociologues pour qui les caractéristiques politiques, économiques, sociales et culturelles d’une époque influencent les individus qu’elle voit grandir, Olivier Revol a d’abord fait un bref rappel des générations identifiées en Occident, insistant sur le fait qu’il s’agissait de grands traits que les parcours individuels pouvaient bien sûr nuancer voire invalider :

  • 1943-59. Génération du « Baby Boom ». Période de « progrès, de paix, de prospérité, de plein-emploi »(1). Pour Olivier Revol, le mot d’ordre, ou le code, de cette génération de l’après-guerre dont les parents ont connu les privations, est celui du « devoir » (vis-à-vis de sa famille, de son travail, de son couple).
  • 1960-80. Génération « X ». Période d’instabilité économique. Le mot d’ordre de cette génération est « avoir ». On n’est plus sûr de pouvoir garder son travail, son statut social, son couple (le nombre de divorces augmentant fortement entre 1960 et 1975).
  • 1980-00. Génération « Y » (ou « Why? »). C’est la première génération interconnectée. Le code de cette génération est « être ». On veut profiter de la vie, et un équilibre entre le vie privée et la vie professionnelle est réclamé.
  • 2000-20. Génération « Z ». On l’appelle également la génération « C » pour Communication, Collaboration, Connexion et Créativité. Les enfants ont grandi dans une période de grande instabilité économique et géopolitique et ils recherchent le calme et la stabilité. Leur code est celui du partage, de la solidarité, de la justice.

Olivier Revol, s’intéresse tout particulièrement aux générations Z et Y, pour lesquelles l’arrivée d’Internet dans les années 90 a constitué une révolution dans les rapports éducatifs :

  • D’une part, la connaissance est devenue accessible en un clic sans que les jeunes aient besoin des adultes pour se l’approprier… avec en outre la capacité de vérifier les informations transmises par ces derniers, dont la légitimité a été ébranlée.
  • D’autre part, les jeunes qui ont grandi avec les nouveaux moyens de communication les maîtrisent souvent mieux que leurs aînés. Par conséquent, les éducateurs demandent désormais à leurs enfants ou à leurs élèves de leur apprendre à les utiliser, ce qui inverse le sens traditionnel de la transmission du savoir.

Ainsi, si jusqu’à la génération X la transmission du savoir et des valeurs se faisait de manière verticale et descendante via la famille, l’école, l’armée ou la religion, cette transmission est devenue horizontale pour les générations Y et Z, les jeunes pouvant se renseigner eux-mêmes sur Internet ou se tourner vers leurs pairs sur les réseaux sociaux.

Et comme les réponses aux questions que l’on se pose sont désormais accessibles en un « clic », le rapport au temps s’en est également trouvé modifié, engendrant une « dictature de l’urgence« (2), l’envie de profiter de tout, tout de suite, selon l’expression « On ne vit qu’une fois » (ou « You only live once », ayant donné l’acronyme « YOLO »).

Quelles conséquences ces mutations technologiques ont-elles sur l’éducation ? Olivier Revol en a donné quelques unes :

D’abord, la légitimité de l’adulte doit être acquise, elle n’est plus donnée d’office. Les éducateurs doivent être capables de reconnaître leurs erreurs, leurs lacunes, et comprendre que « convaincre » fonctionne mieux auprès de ces deux générations que « contraindre ».

Ensuite, les jeunes veulent être acteurs de leurs apprentissages : dispenser des cours théoriques qu’ils peuvent se procurer sur Internet a perdu de son sens. La pédagogie de projet permet ainsi de faire appel à leur capacité de recherche et à leur créativité. Les adultes gardent cependant toute leur place pour aider à la résolution de problèmes, donner des outils d’analyse, développer l’esprit critique ou transmettre des expériences.

Enfin, les jeunes de ces générations ont pris l’habitude d’être écoutés dès le plus jeune âge, d’être voulus, photographiés, valorisés. Leur assurance ne doit donc pas forcément être interprétée par les adultes comme de l’insolence. Cependant, comme leurs parents les couvent énormément (en veillant sur eux et se rendant disponibles au moindre appel de détresse), ils ont du mal à accéder à l’indépendance ou à tolérer la frustration. En Amérique du Nord, les parents de ces générations sont appelés « parents hélicoptères », car ils planent sans cesse au-dessus de leurs enfants et volent à leur secours au moindre problème. Cela peut créer des tensions entre les parents et les professeurs, si les premiers prennent systématiquement la défense de l’enfant à la moindre punition ou mauvaise note.

Nathalie Anton

(1) Jean-François Sirinelli, Les Baby-boomers. Une génération (1945-1969), Fayard, 2003.

(2) Gilles Finchelstein. La Dictature de l’urgence, Fayard, 2012.

Publicités

« Pour des sanctions réellement éducatives »

Ainsi s’intitule la première partie de la circulaire n° 2014-059 du 27 mai 2014 publiée par le Ministère de l’Education nationale. Ce qui y est rappelé est frappé au coin du bon sens, mais le fait même d’avoir à le faire signale que les éducateurs oublient parfois de se conformer aux principes mêmes du droit… En voici un extrait :

« L’établissement est un lieu régi par des règles qui doivent être intériorisées par l’élève. Conçues à l’usage de tous, elles imposent des obligations et confèrent des droits et garanties. L’article R. 511-12 du code de l’éducation demande que, préalablement à la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire, le chef d’établissement et l’équipe éducative recherchent, dans la mesure du possible, toute mesure utile de nature éducative. L’avis des personnels de santé et sociaux peut apporter un éclairage sur certains comportements inadaptés aux règles de vie dans l’établissement.

(…)

Enfin, la sanction n’a une portée éducative que si elle est expliquée et si son exécution est accompagnée, ce que favorisent la mesure de responsabilisation et la possibilité de prononcer une sanction avec sursis.

De façon générale, le caractère éducatif de la sanction suppose que les parents soient pleinement associés au processus décisionnel pendant et après la sanction. Ils doivent être mis en situation de s’approprier le sens et la portée de la sanction prononcée. »

Et pour ceux que le sujet intéresse, je renvoie à un article précédent consacré à l’excellent ouvrage d’Eirick Prairat, intitulé La Sanction en éducation.

Nathalie Anton

« La Sanction en éducation », Eirick Prairat.

Quand on lit un livre intelligent, on a envie de le faire partager au plus grand nombre. C’est le cas du Que-sais-je ? d’Eirick Prairat, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Nancy II, consacré à La Sanction en éducation.

Voici un florilège de citations, qui, je l’espère, stimulera votre réflexion… Lire la suite