Temps d’écran et santé mentale : attention à la dépression chez nos ados !

D’après les résultats de deux enquêtes récentes consacrées au temps passé devant l’écran par les adolescents, nous apprenons que :

Entre 2006 et 2015, le temps d’écran quotidien a augmenté d’une heure chez les 6-17 ans. En moyenne, les enfants passent aujourd’hui plus de 4 heures par jour devant une console, la télévision, un ordinateur. (1)

Les 7-12 ans1-6 ans passent en moyenne 6H10 sur Internet par semaine. Ce chiffre monte à 15h11 pour les 13-19 ans. (2)

Or, d’après l’enquête  américaine Monitoring the Future, qui interroge chaque année environ 50 000 jeunes de terminale, seconde et quatrième,  les adolescents qui passent plus de temps que la moyenne devant leur écran se disent moins heureux que les autres. 

Comme l’explique la chercheuse américaine Jean M. Twenge, professeur de psychologie à l’université de San Diego (3) :

« Il n’y a aucune exception. Toutes les activités liées à l’écran entraînent une chute du sentiment de bien-être (…). Les élèves de 4e qui passent 10 heures par semaine ou plus sur les réseaux sociaux ont 56% « de chance » de plus que les autres de dire qu’ils se sentent malheureux. Ce chiffre diminue peu pour ceux qui y passent entre 6 heures et 9 heures par semaine, puisqu’il atteint 47%.

Plus les adolescents sont sur leurs écrans et plus ils sont susceptibles de faire part de symptômes dépressifs. Les élèves de 4e qui passent un temps élevé sur les réseaux sociaux augmentent de 27% leur risque de dépression.« 

OSDUHS 2015 Infographic - Screentime

La chercheuse donne plusieurs raisons à cela, telles que le fait de:

  • se sentir exclu de certains événements postés par les autres sur Internet,
  • s’exposer à l’approbation ou la désapprobation des pairs chaque fois que l’on publie quelque chose,
  • être victime de cyberharcèlement,
  • perdre en temps et en qualité de sommeil,
  • faire moins d’activité physique – essentielle pour le bon équilibre physique et psychologique -,
  • développer moins de compétences sociales en face à face

Elle insiste donc sur l’importance de la modération, et conseille aux parents de limiter l’usage des appareils électroniques à une heure trente voire deux heures par jour.

A l’impossible nul n’est tenu, me direz-vous… Mais avoir conscience des risques liés à l’usage des écrans peut ouvrir des discussions parents-enfants sur la question du bien-être, et entraîner des changements dans les habitudes…

Nathalie Anton

(1) Etude « Esteban » (Étude de Santé sur l’Environnement, la Biosurveillance, l’Activité physique et la Nutrition), menée d’avril 2014 à mars 2016 en France métropolitaine par Santé Publique France, sur un échantillon national représentatif de 2 678 adultes et 1 182 jeunes de 6 à 17 ans.

(2) Enquête Ipsos Junior Connect’2017, menée auprès de 4 700 enfants et jeunes adultes interrogés.

(3) Have Smartphones Destroyed a Generation? The Atlantic, sept. 2017.

Image : Centre for Addiction and Mental Health (CAMH), enquête menée en 2015 auprès de 10,426 jeunes en Ontario, Canada.  Ontario Student Drug Use and Health Survey (OSDUHS).

Publicités

Suicide, harcèlement, viol… Pourquoi et comment discuter de « 13 Reasons Why » avec les adolescents

13 reasons whyOn m’en parlait, je l’ai regardée… et vais aujourd’hui, épisode par épisode, donner des ressources et des points de discussion possibles avec les adolescents sur la série « 13 Reasons Why«  diffusée depuis le 31 mars par Netflix. Celle-ci mérite de la part de tout éducateur, parents comme professeurs, une grande attention, car elle aborde de manière explicite les thèmes du harcèlement, du viol et du suicide avec l’école et la famille en toile de fond. Tirée du roman américain de Jay Asher (« Treize Raisons« ), la série raconte en 13 épisodes l’histoire de Hannah Baker, une adolescente de 17 ans, qui met fin à ses jours après avoir été victime de harcèlement en milieu scolaire et d’agression sexuelle au cours d’une soirée alcoolisée chez un camarade de classe. Si la série connaît un succès foudroyant auprès des jeunes, il est important que les adultes en encadrent la vision. Non seulement certains épisodes montrent très explicitement des viols (épisodes 9 et 12) et un suicide (épisode 13), mais l’irréversibilité de cet acte est gommée par la narration. En effet, la narratrice de « 13 Reasons Why » n’est autre que la défunte Hannah, qui, juste avant de mourir, a envoyé à ceux qu’elle juge responsables de sa mort des cassettes audio sur lesquelles elle explique les événements qui l’ont conduite au suicide. Entendre d’outre-tombe la voix de l’héroïne, qui semble donc toujours en vie au cours des 13 épisodes, atténue dangereusement la réalité de sa mort. Hannah agit comme un chef d’orchestre à travers ses cassettes, et continue post-mortem à exercer un pouvoir sur les vivants. Or, les adolescents fragiles doivent comprendre que le suicide ne rend pas tout puissant. Au contraire. Celui qui le comment n’est plus en mesure de profiter de la peine, des remords, des élans d’affection suscités par son acte. Par ailleurs, les causes d’un suicide sont complexes, et la responsabilité ne peut pas être uniquement rejetée sur l’entourage : comme le dit l’un des personnages de la série, la décision appartient avant tout à la personne qui le commet. Il est donc impératif, à travers le dialogue ouvert par cette série, que les adultes décodent ces présupposés, au même titre qu’ils doivent discuter des situations dans lesquelles les jeunes personnages s’engagent de manière souvent involontaire ou maladroite (harcèlement, sexisme, homophobie, mise à l’écart, propagation de rumeurs, diffusion de photos à caractère humiliant…). Ces actions reposent souvent sur la loi du silence, la loi du plus fort et la non assistance à personne en danger. De même, il est crucial de leur rappeler que les adultes sont là pour les aider à trouver des solutions à des situations qui bien que ressenties sur le moment comme insurmontables, s’avèrent, à l’échelle du temps, passagères. Voici, avant de passer en revue chaque épisode, deux liens utiles visant à prévenir tout passage à l’acte tragique et définitif :

https://suicideecoute.pads.fr/

http://sante.gouv.qc.ca/conseils-et-prevention/prevenir-le-suicide/

Episode 1. Hannah, une lycéenne de 17 ans, est arrivée depuis 2 mois dans son nouvel établissement. Sa seule amie, Kat, déménage. Lors d’une soirée, elle tombe amoureuse d’un joueur de basket, Jansen. Leur premier rendez-vous donne lieu à leur premier baiser. Cependant, Jensen laisse publier par ses amis une photo suggestive qu’il a prise de Hannah allongée laissant supposer qu’ils auraient eu une relation sexuelle dès le premier soir. Il ne dément pas, et Hannah acquiert la réputation d’être une fille facile. Double peine pour l’héroïne : le regard méprisant des autres sur elle et la trahison de celui dont elle était tombée amoureuse.

Points de discussion : Vulnérabilité d’adolescents arrivant dans un nouvel établissement  / Propagation de rumeurs / Droit à l’imagediffusion de photos de mineurs dénudés ou dans des situations à caractère sexuel / Confiance à accorder à un inconnu, même de son âge, même de son école / Apprendre à dire « non » malgré la pression du groupe, à s’interposer face aux rumeurs nuisant à la réputation de quelqu’un. Lire la suite

Rapport sur le mal-être des adolescents en France

Je partage aujourd’hui avec vous un article paru le 23 septembre dernier sur Lemonde.fr., rapportant les données recueillies par l’UNICEF au cours d’une enquête menée auprès de 7000 adolescents français de 12 à 18 ans.

Je n’ajouterai rien pour le moment à cet état des lieux rendu au gouvernement, si ce n’est que le partenariat entre les familles et l’école est crucial pour repérer et accompagner au mieux les adolescents en souffrance.

Nathalie Anton