1:54 de Yan England : le cinéma témoigne du harcèlement

Projeté en avant première le 30 mars dernier à l’ONU, dans le cadre du festival Focus on French Cinema, le film 1:54 du Québécois Yan England a donné lieu à un panel sur la question du harcèlement en milieu scolaire auquel j’ai été invitée à participer. En effet, ce film extrêmement poignant qui relate le calvaire de deux lycéens harcelés en raison de leur homosexualité est très révélateur de ce qui caractérise les situations de harcèlement. Il illustre tout d’abord de manière implacable les trois traits qui le définissent : Lire la suite

Les ravages du harcèlement scolaire

Je viens de découvrir ce fait divers posté sur Facebook par une amie aujourd’hui et dont je donne le lien à la fin de cet article. Difficile de me tenir au courant de tout ce qui se passe en France depuis New York, et il se peut que beaucoup d’entre vous connaissent déjà l’histoire dramatique de cette collégienne de 13 ans qui s’est pendue après avoir été harcelée pendant des mois à l’insu, en partie, de ses parents et des membres de son établissement. C’est précisément ce « en partie » qui pose problème. Je me souviens des réactions de personnes qui avaient vu le film « Despues de Lucia » sorti l’an dernier pour lequel j’avais rédigé le livret pédagogique : cela leur paraissait « caricatural » et « impossible » qu’une adolescente scolarisée puisse devenir le souffre-douleur de tout un groupe de jeunes pendant si longtemps, sans qu’aucun adulte ne se doute de rien ni qu’aucun autre jeune ne dénonce de tels agissements. 

Or, je rappellerai d’abord que le harcèlement génère toujours des « by-standers » comme on les appelle aux Etats-Unis, soient des témoins passifs des pressions répétées exercées par le groupe sur leur victime. Lutter contre le harcèlement suppose de les inclure et de les responsabiliser dans les actions de prévention menées, car ce ne sont pas les victimes, trop fragilisées par les attaques, ni les auteurs, souvent galvanisés par l’effet de groupe, qui peuvent casser le cercle vicieux établi.

J’ajouterai ensuite que les adultes doivent comprendre que les jeunes ne « jouent » pas à se faire du mal, que ce n’est pas ainsi que « jeunesse se passe », et que l’école n’est pas « l’école de la vie » où l’enfant doit apprendre à régler seul ses problèmes… Il est de la responsabilité des éducateurs de savoir que :

– L’adolescence est une phase fragile en matière de gestion des émotions et des relations, quelles que soient les attitudes d’assurance et de dénégation adoptées par les jeunes ;

– Le harcèlement se fait souvent à bas bruit, renforcé à l’heure actuelle par le cyber-harcèlement (Internet, téléphone portable, réseaux sociaux…), et « l’incident » qui leur vient aux oreilles est souvent la partie émergée de l’iceberg : la vigilance doit s’exercer dans la durée, et on ne peut plus penser aujourd’hui qu’un problème est réglé une fois pour toute parce qu’on a tapé du poing sur la table.

Il est de notre responsabilité de veiller à toujours communiquer les faits dont on a connaissance, de mobiliser les personnels concernés – Direction, vie scolaire, infirmière scolaire, professeur principal, équipe pédagogique…- de manière à :

– avoir un autre point de vue que le sien propre, car on peut avoir tendance à minimiser des faits, ou à n’en connaître qu’une partie,

– ne pas laisser une victime isolée et multiplier ses interlocuteurs possibles,

– ne pas laisser aux auteurs la possibilité et l’illusion d’agir en toute impunité.

Un article supplémentaire publié sur ce blog pour en savoir plus :

Intimidation et harcèlement scolaire

Et l’article du Nouvel Observateur relatant les faits…

Je souhaite bonne chance à Eric Debarbieux et ses confrères dans le combat qu’ils mènent depuis des années contre cette triste réalité scolaire…

Nathalie Anton

Peut-on se couper du monde virtuel ?

J’ai choisi aujourd’hui de vous faire part de la réflexion de Nathan Jurgenson, un étudiant-chercheur en sociologie à l’université du Maryland, autour de notre rapport aux nouvelles technologies, et à notre supposée capacité à nous « déconnecter »… L’article intitulé The IRL Fetish a été publié sur le blog américain The New Inquiry, et traduit par Hubert Guillaud le 7/09/12 dans son article « Nous ne serons plus jamais déconnectés« .

« Nous avons appris à tort que ne pas être en ligne signifie être déconnecté. La notion de déconnexion est une invention récente qui correspond à la montée de la connexion. Si nous pouvions corriger cette fausse séparation et voir que le numérique et le physique sont empêtrés, nous comprendrions que ce que nous faisons lorsque nous sommes connectés est inséparable de ce que nous faisons lorsque nous sommes déconnectés. Autrement dit, la déconnexion avec nos téléphones et médias sociaux n’est pas une déconnexion du tout. La logique des médias sociaux nous suit longtemps après nous être déconnectés. (…)

« L’idée que nous échangeons le déconnecté pour le connecté, même si elle domine notre façon de penser le numérique et le physique, est myope. Elle ne parvient pas à capturer le simple fait que notre réalité vécue est le résultat de l’interpénétration constante du connecté et du déconnecté. Autrement dit, nous vivons dans une réalité augmentée qui existe à l’intersection de la matérialité et de l’information, de la physicalité et du numérique, du vivant et de la technologie, des atomes et des bits, de l’offline et du online. (…)

Les photos postées, les opinions exprimées, les check-in qui remplissent nos flux d’information sont ancrés dans ce qu’il se passe quand nous sommes déconnectés. Le web a tout à voir avec la réalité. Il est composé de vraies personnes et de vrais corps, leurs histoires, leurs opinons. Ce sont les objets fétiches de la déconnexion qui ne sont pas réels. »

De là découlent notamment les problématiques de « dépendance » à certains jeux en réseau (MMORPG), ou encore celles du cyber-harcèlement chez les jeunes, qui, même lorsque les écrans sont éteints, ne perçoivent dans leur calvaire et à juste titre aucune distinction entre le virtuel et la réalité.

Nathalie Anton