Alcool, tabac et autres drogues à l’adolescence : résultats de l’enquête ESCAPAD 2017

En mars 2017, 46 054 jeunes de 17 ans participant à la journée défense et citoyenneté (JDC) ont été interrogés par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) sur leur santé et leur consommation de substances psychoactives. Tous les deux ans depuis l’année 2000, cette enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la Défense (ESCAPAD) permet de mettre en perspective l’évolution des consommations adolescentes. En voici quelques points saillants :

« Des entretiens réalisés avec des adolescents ont souligné la forte dégradation auprès des jeunes de l’image de tabac et, dans une moindre mesure, de l’alcool. (…)

Tous les indicateurs du tabac sont clairement en diminution, notamment celui du tabagisme quotidien.Un quart des adolescents disent fumer tous les jours, contre un tiers en 2014 (25,1 % vs 32,4 %). L’âge moyen d’expérimentation a continué de s’élever chez les jeunes, quel que soit le sexe : 14,4 ans en moyenne contre 14,0 ans trois ans plus tôt.

La cigarette électronique (ou e-cigarette) a été expérimentée par un jeune de 17 ans sur deux, soit un niveau proche de celui de 2014 (respectivement 52,4 % et 53,3 %) (…) et le « vapotage » quotidien reste quasi inexistant (1,9 %).(…) Parmi les adolescents qui ont expérimenté les deux produits, la majorité d’entre eux avaient déjà fumé des cigarettes avant d’essayer l’e-cigarette (71,3  %).

La moitié des jeunes de 17 ans disent avoir connu, dans le mois précédant l’enquête, un épisode d’alcoolisation ponctuelle importante (API), mesurée par la consommation d’au moins 5 verres d’alcool en une seule occasion, soit sensiblement moins qu’en 2014 (44,0  % vs 48,8  %). (…) Interrogés sur l’intensité d’une ivresse éventuelle lors du dernier usage d’alcool, seulement un peu moins d’un quart des usagers dans le mois déclarent ne pas avoir été ivres du tout alors que 3 % l’ont été « au point de vomir ou de tout oublier » (…) et presque autant ont dit avoir déjà été admis dans leur vie aux urgences parce qu’ils avaient trop bu.

Capture d_écran 2018-02-13 à 06.59.26Cependant, les baisses des niveaux d’usage régulier d’alcool et de cannabis sont bien plus limitées.

Le niveau de consommation régulière de cannabis demeure supérieur à celui de 2011 et fait toujours partie des plus élevés en Europe. (…) En 2017, l’âge moyen de l’expérimentation de cannabis chez les jeunes Français de 17 ans est de 15,3 ans, comme en 2014, mais aussi en 2000, lors de la première enquête. Près de quatre adolescents de 17 ans sur dix ont déjà fumé du cannabis au cours de leur vie (39,1  %), alors qu’en 2002, la moitié des adolescents se disaient expérimentateurs. »

Les jeunes ne sont pas tous égaux face à ces consommations : 

« L’enquête ESCAPAD, comme d’autres enquêtes, a clairement montré à plusieurs reprises que les consommations de substances psychoactives, en particulier d’alcool et de cannabis, ne sont pas les mêmes chez les garçons et chez les filles. (…)

La situation scolaire est, à l’adolescence, un facteur particulièrement discriminant : ainsi, les jeunes en apprentissage ou sortis du système scolaire présentent généralement des usages réguliers plus importants que les lycéens, une situation qui persiste en 2017 malgré les baisses importantes observées. La consommation quotidienne de tabac est ainsi deux fois plus élevée parmi les apprentis (47,3 %) ou chez ceux sortis du système scolaire (57,0 %) que parmi les lycéens (22,0 %). Si les apprentis présentent les usages réguliers d’alcool les plus importants, les adolescents sortis du système scolaire déclarent pour leur part les niveaux d’usages réguliers de cannabis les plus élevés. (…) »

Concernant enfin les autres produits, « en 2017, 6,8 % des adolescents de 17 ans déclarent avoir consommé au moins une fois au cours de leur vie une substance illicite autre que le cannabis. Ce chiffre est en recul de 2 points par rapport à 2014 (8,8 %). Les substances illicites consommées regroupent les champignons hallucinogènes, différents stimulants (MDMA/ ecstasy, cocaïne, amphétamines, crack/ freebase), le LSD et l’héroïne. »

Pour plus d’information sur ce sujet, je vous renvoie sur les sites suivants :

https://www.ofdt.fr/

http://inpes.santepubliquefrance.fr/10000/themes/drogues/index.asp

Nathalie Anton

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Suicide, harcèlement, viol… Pourquoi et comment discuter de « 13 Reasons Why » avec les adolescents

13 reasons whyOn m’en parlait, je l’ai regardée… et vais aujourd’hui, épisode par épisode, donner des ressources et des points de discussion possibles avec les adolescents sur la série « 13 Reasons Why«  diffusée depuis le 31 mars par Netflix. Celle-ci mérite de la part de tout éducateur, parents comme professeurs, une grande attention, car elle aborde de manière explicite les thèmes du harcèlement, du viol et du suicide avec l’école et la famille en toile de fond. Tirée du roman américain de Jay Asher (« Treize Raisons« ), la série raconte en 13 épisodes l’histoire de Hannah Baker, une adolescente de 17 ans, qui met fin à ses jours après avoir été victime de harcèlement en milieu scolaire et d’agression sexuelle au cours d’une soirée alcoolisée chez un camarade de classe. Si la série connaît un succès foudroyant auprès des jeunes, il est important que les adultes en encadrent la vision. Non seulement certains épisodes montrent très explicitement des viols (épisodes 9 et 12) et un suicide (épisode 13), mais l’irréversibilité de cet acte est gommée par la narration. En effet, la narratrice de « 13 Reasons Why » n’est autre que la défunte Hannah, qui, juste avant de mourir, a envoyé à ceux qu’elle juge responsables de sa mort des cassettes audio sur lesquelles elle explique les événements qui l’ont conduite au suicide. Entendre d’outre-tombe la voix de l’héroïne, qui semble donc toujours en vie au cours des 13 épisodes, atténue dangereusement la réalité de sa mort. Hannah agit comme un chef d’orchestre à travers ses cassettes, et continue post-mortem à exercer un pouvoir sur les vivants. Or, les adolescents fragiles doivent comprendre que le suicide ne rend pas tout puissant. Au contraire. Celui qui le comment n’est plus en mesure de profiter de la peine, des remords, des élans d’affection suscités par son acte. Par ailleurs, les causes d’un suicide sont complexes, et la responsabilité ne peut pas être uniquement rejetée sur l’entourage : comme le dit l’un des personnages de la série, la décision appartient avant tout à la personne qui le commet. Il est donc impératif, à travers le dialogue ouvert par cette série, que les adultes décodent ces présupposés, au même titre qu’ils doivent discuter des situations dans lesquelles les jeunes personnages s’engagent de manière souvent involontaire ou maladroite (harcèlement, sexisme, homophobie, mise à l’écart, propagation de rumeurs, diffusion de photos à caractère humiliant…). Ces actions reposent souvent sur la loi du silence, la loi du plus fort et la non assistance à personne en danger. De même, il est crucial de leur rappeler que les adultes sont là pour les aider à trouver des solutions à des situations qui bien que ressenties sur le moment comme insurmontables, s’avèrent, à l’échelle du temps, passagères. Voici, avant de passer en revue chaque épisode, deux liens utiles visant à prévenir tout passage à l’acte tragique et définitif :

https://suicideecoute.pads.fr/

http://sante.gouv.qc.ca/conseils-et-prevention/prevenir-le-suicide/

Episode 1. Hannah, une lycéenne de 17 ans, est arrivée depuis 2 mois dans son nouvel établissement. Sa seule amie, Kat, déménage. Lors d’une soirée, elle tombe amoureuse d’un joueur de basket, Jansen. Leur premier rendez-vous donne lieu à leur premier baiser. Cependant, Jensen laisse publier par ses amis une photo suggestive qu’il a prise de Hannah allongée laissant supposer qu’ils auraient eu une relation sexuelle dès le premier soir. Il ne dément pas, et Hannah acquiert la réputation d’être une fille facile. Double peine pour l’héroïne : le regard méprisant des autres sur elle et la trahison de celui dont elle était tombée amoureuse.

Points de discussion : Vulnérabilité d’adolescents arrivant dans un nouvel établissement  / Propagation de rumeurs / Droit à l’imagediffusion de photos de mineurs dénudés ou dans des situations à caractère sexuel / Confiance à accorder à un inconnu, même de son âge, même de son école / Apprendre à dire « non » malgré la pression du groupe, à s’interposer face aux rumeurs nuisant à la réputation de quelqu’un. Lire la suite

La consommation d’alcool en France chez les adolescents

Je rapporte aujourd’hui en partie un article paru dans Le Monde du 7 mai dernier et écrit par Shahzad Abdul, concernant notamment la consommation d’alcool chez les collégiens, lycéens et étudiants. Le sujet est d’importance, en raison des conséquences sur le plan des apprentissages, bien sûr, mais surtout en matière de santé (on pense tout particulièrement aux conduites à risques à cet âge, voir nos articles 1, 2 et 3). Maintenir l’échange avec les enfants sur ce thème et poursuivre les actions de prévention demeure donc fondamental.

« L’alcool reste un facteur de risque majeur pour la santé en France. C’est ce qui ressort d’une série de rapports publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire, mardi 7 mai. Les différents volets du BEH, réalisés sur des échantillons disparates, détaillent les pratiques de consommation d’alcool par les Français, des collégiens aux seniors en passant par les femmes enceintes.

Pour la première fois, une enquête montre la continuité de la consommation d’alcool du collège au lycée. Fondés sur deux enquêtes scolaires internationales, les résultats sont clairs : « Les premières consommations régulières comme les premières ivresses se développent fortement pendant les ‘années collège’ pour s’intensifier tout au long du lycée. »

En classe de 6e, 59 % des élèves déclarent avoir déjà bu de l’alcool au moins une fois. Un taux qui s’élève à 83 % en 3e, jusqu’à culminer à 93 % en terminale. Le rythme d’absorption progresse également : 3 % des élèves de 4e en consomment au moins dix fois par mois, contre 27 % en terminale.

Le secondaire devient le lieu des premiers excès. Environ un collégien sur six et trois lycéens sur cinq reconnaissent avoir été ivres. Le cidre, plébiscité par les collégiens, est rapidement remplacé par la bière et l’alcool fort au lycée.

« SOUS-DÉCLARATION »

Scrutée dans un autre article du BEH, la consommation des 18-25 ans révèle un accroissement des consommations « excessives » depuis 2005, date de la dernière enquête. « La consommation quotidienne ne concerne que 2,6 % » des jeunes, souligne ce rapport. A l’inverse, ils connaissent des pics d’alcoolisation de plus en plus fréquents. Trois sur dix déclarent être ivres au moins une fois par mois. Les étudiants sont les premiers concernés : ils avouent être ivres deux fois plus souvent qu’en 2005.

Chez les jeunes femmes, la consommation d’alcool a plus que doublé depuis 2005. « Les comportements des jeunes hommes et femmes ont tendance à se rapprocher », ajoutent les rédacteurs. 17,6 % des femmes concèdent au moins une ivresse par mois.

(…)

Catherine Hill, une des auteurs d’un rapport sur la mortalité liée à l’alcool, tient à rappeler l’effet nocif d’une consommation même modérée. « En attirant systématiquement l’attention sur les plus jeunes, les ivrognes ou les femmes enceintes, les lobbies de l’alcool font un travail très efficace. Ils laissent à penser qu’il existe des consommations à risques, et d’autres sans risques. »

Au total, l’alcool aurait fait quelque 49 000 victimes en 2009, selon le BEH. 36 500 hommes et 12 500 femmes auraient donc succombé soit à des maladies« entièrement attribuables à l’alcool », comme la cirrhose du foie, soit à des pathologies, qui lui sont « partiellement attribuables ».

Nathalie Anton