La consommation d’alcool en France chez les adolescents

Je rapporte aujourd’hui en partie un article paru dans Le Monde du 7 mai dernier et écrit par Shahzad Abdul, concernant notamment la consommation d’alcool chez les collégiens, lycéens et étudiants. Le sujet est d’importance, en raison des conséquences sur le plan des apprentissages, bien sûr, mais surtout en matière de santé (on pense tout particulièrement aux conduites à risques à cet âge, voir nos articles 1, 2 et 3). Maintenir l’échange avec les enfants sur ce thème et poursuivre les actions de prévention demeure donc fondamental.

« L’alcool reste un facteur de risque majeur pour la santé en France. C’est ce qui ressort d’une série de rapports publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire, mardi 7 mai. Les différents volets du BEH, réalisés sur des échantillons disparates, détaillent les pratiques de consommation d’alcool par les Français, des collégiens aux seniors en passant par les femmes enceintes.

Pour la première fois, une enquête montre la continuité de la consommation d’alcool du collège au lycée. Fondés sur deux enquêtes scolaires internationales, les résultats sont clairs : « Les premières consommations régulières comme les premières ivresses se développent fortement pendant les ‘années collège’ pour s’intensifier tout au long du lycée. »

En classe de 6e, 59 % des élèves déclarent avoir déjà bu de l’alcool au moins une fois. Un taux qui s’élève à 83 % en 3e, jusqu’à culminer à 93 % en terminale. Le rythme d’absorption progresse également : 3 % des élèves de 4e en consomment au moins dix fois par mois, contre 27 % en terminale.

Le secondaire devient le lieu des premiers excès. Environ un collégien sur six et trois lycéens sur cinq reconnaissent avoir été ivres. Le cidre, plébiscité par les collégiens, est rapidement remplacé par la bière et l’alcool fort au lycée.

« SOUS-DÉCLARATION »

Scrutée dans un autre article du BEH, la consommation des 18-25 ans révèle un accroissement des consommations « excessives » depuis 2005, date de la dernière enquête. « La consommation quotidienne ne concerne que 2,6 % » des jeunes, souligne ce rapport. A l’inverse, ils connaissent des pics d’alcoolisation de plus en plus fréquents. Trois sur dix déclarent être ivres au moins une fois par mois. Les étudiants sont les premiers concernés : ils avouent être ivres deux fois plus souvent qu’en 2005.

Chez les jeunes femmes, la consommation d’alcool a plus que doublé depuis 2005. « Les comportements des jeunes hommes et femmes ont tendance à se rapprocher », ajoutent les rédacteurs. 17,6 % des femmes concèdent au moins une ivresse par mois.

(…)

Catherine Hill, une des auteurs d’un rapport sur la mortalité liée à l’alcool, tient à rappeler l’effet nocif d’une consommation même modérée. « En attirant systématiquement l’attention sur les plus jeunes, les ivrognes ou les femmes enceintes, les lobbies de l’alcool font un travail très efficace. Ils laissent à penser qu’il existe des consommations à risques, et d’autres sans risques. »

Au total, l’alcool aurait fait quelque 49 000 victimes en 2009, selon le BEH. 36 500 hommes et 12 500 femmes auraient donc succombé soit à des maladies« entièrement attribuables à l’alcool », comme la cirrhose du foie, soit à des pathologies, qui lui sont « partiellement attribuables ».

Nathalie Anton

Usages récents de tabac, alcool et cannabis des élèves de 15-16 ans en 2011

Les premiers résultats de l’enquête ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and other Drugs) menée entre avril et juin 2011 ont été communiqués le 31 mai 2012. Cette enquête mesure les usages de tabac, alcool, cannabis et autres drogues illicites des élèves de 15-16 ans depuis 1995 dans 36 pays européens. En France, 2 572 élèves  de 15-16 ans scolarisés dans 195 établissements ont été interrogés.

L’enquête révèle ainsi une augmentation des «usages récents» (au moins une fois au cours des 30 jours précédant l’enquête) de :

Tabac : 38 %, contre 30% en 2007.

Alcool : 67 % des jeunes, contre 60% en 2009, déclarent un usage récent d’alcool, soit 70 % de garçons et 64 % de filles.

De plus, 44 % des élèves déclarent avoir bu six verres ou plus lors d’une même occasion («Alcoolisation Ponctuelle Importante»), soit 41% chez les filles et 46% de garçons.

Cannabis : 24 %, contre 15% en 2007, dont 26% de garçons et 22% de filles.

«Parmi les jeunes Européens, les Français sont les premiers usagers récents de cannabis en 2011 (3ème rang en 2007)», l’usage récent européen moyen étant de 7%.

Les messages de prévention délivrés au sein des établissements et des familles doivent donc être fortement répétés pour informer et protéger les jeunes des dangers de ces produits, dont la consommation est une réalité.

Nathalie Anton

« Clinique de l’adolescent fumeur de joint »

C’est le titre d’un article publié par Alexandre Har, psychologue clinicien et docteur en psychologie, dans Le Journal des psychologues de décembre / janvier 2012, dont nous avons choisi de vous livrer aujourd’hui un extrait :

« En fonction de la quantité consommée, de la fonction du cannabis dans la régulation émotionnelle, de la désinsertion sociale, la consommation d’un adolescent peut devenir rapidement problématique. (…)

Les répercussions d’un usage abusif, puis d’une dépendance s’observent à plusieurs niveaux :

Sur le plan du fonctionnement individuel, la symptomatologie s’exprime dans le domaine cognitif par une baisse des capacités attentionnelles et de concentration. Une baisse des résultats scolaires s’ensuit. Elle s’accompagne aussi d’un éloignement des activités sportives ou associatives. La qualité du sommeil s’altère avec, généralement, un inversement du rythme veille-sommeil. L’adolescent est souvent fatigué, il devient plus facilement irritable et entre en conflit plus rapidement. Pour certains, les absences non justifiées se cumulent. L’échec scolaire ne tarde pas à s’instaurer.

Sur le plan social, une lente sélection et réorganisation des fréquentations s’opèrent. Les copains sont tous des fumeurs. Les relations familiales sont plus tendues. Les sorties en soirée sont l’objet de disputes répétées ».

D’après les statistiques de 2011 de l’INSEE, 41,5% des adolescents de 17 ans ont déjà expérimenté le cannabis. Ce chiffre conséquent doit cependant être nuancé puisque, dans le mois précédant l’enquête, 22,4 % d’entre eux en ont consommé une seule fois, 6,5%  plus de 10 fois, et 3% quotidiennement.

Toutefois, comme nous l’avons évoqué dans l’article « Adolescence et toxicomanie », même une consommation occasionnelle doit susciter, à l’adolescence, la vigilance des adultes. S’il convient de ne pas diaboliser le produit au risque de rompre tout dialogue avec le jeune, il ne faut surtout pas le banaliser et ne pas hésiter à se tourner vers les personnels de santé compétents pour tenter de trouver une réponse à cette problématique.

Nathalie Anton