Covid-19 et mal-être des jeunes (1) : les causes de leur souffrance.

« La santé mentale des Français s’est significativement dégradée depuis fin septembre avec une augmentation importante des états dépressifs pour l’ensemble de la population (+12 points). Des hausses importantes ont été observées en particulier chez les jeunes (+18 points chez les 18-24 ans et les 25-34 ans), les étudiants (+29 points) et les personnes déclarant une situation financière très difficile (+18 points) » (enquête CoviPrev, Santé publique France).

Pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement touchés par la crise sanitaire liée à la Covid-19 ? Voici aujourd’hui quelques éléments de réponse.

Le Désespéré, Gustave Courbet (1843-45)

D’une part, la vunérabilité des adultes autour d’eux génère de l’inquiétude.

  • La crainte que la maladie ne frappe leurs grands-parents, ou que leurs parents ne perdent leur emploi peut s’avérer plus ou moins forte, en fonction des situations effectives et de la sensibilité de chacun. Les jeunes ont dans leur grande majorité conscience des risques encourus par leurs aînés et respectent les gestes barrières. Les décrire comme irresponsables au lieu de saluer les efforts intergénérationnels auxquels ils consentent ne peut qu’accroître un sentiment de culpabilité ou d’injustice.
  • Le fait que les adultes autour d’eux soient sans réponse, et eux-mêmes fragilisés sur les plans de la santé physique, de l’emploi, mais aussi de de l’équilibre émotionnel, peut s’avérer déstabilisant pour des jeunes qui ont besoin de modèles fiables et stables pour se construire.

D’autre part, leur vie quotidienne est bousculée.

  • 30% des jeunes sont retournés dans leur famille lors du premier confinement, d’après l’enquête Coronavirus et confinement réalisée par l’Ined. Ce retour a pu affecter leurs habitudes et leur intimité, susciter un sentiment de régression au moment de l’accès à l’indépendance, ou encore les exposer à des tensions intrafamiliales dues, notamment, à une trop grande promiscuité.
  • La mise en place de l’enseignement à distance, outre les problèmes techniques rencontrés, déstructure le rythme de travail des étudiants. Difficile de trouver la motivation pour suivre les visioconférences ou lire les supports de cours, surtout quand on est isolé de ses camarades.
  • Le ralentissement de l’activité économique a entraîné la perte d’emplois annexes (garde d’enfants, restauration, hôte ou hôtesse d’accueil…), ou des formations par alternance, et donc une chute de leur niveau de vie.
  • Les mesures limitant les interactions sociales (cours à distance, couvre-feu, fermeture des bars, des discothèques et des salles de spectacle…) réduisent leurs occasions de passer de bons moments en groupe, et conduisent à un appauvrissement de leurs relations amicales et amoureuses. 

Enfin, leur futur s’est obscurci.

  • Sur le plan scolaire et professionnel : qu’en est-il des examens de fin d’année, des études et des stages à l’étranger, des débouchés dans des secteurs comme l’aéronautique, le tourisme ou les arts vivants ? La durée de la crise et ses répercussions hypothèquent les projections dans une voie empruntée ou envisagée, et invitent parfois à des réorientations douloureuses.
  • Sur le plan relationnel et festif, les projets s’amenuisent également. Plus d’anniversaires à fêter, de soirées à planifier, de places de concert à réserver, de fêtes de famille à prévoir, de voyages à organiser… Un coup dur à un âge où les projections sont si fortes !
  • Sur le plan des relations amoureuses, le port du masque, la fermeture des lieux de rencontres traditionnels et le peu d’occasions d’intégrer de nouvelles personnes à son cercle amoindrissent les espoirs de romance … Quand bien même une relation se nouerait, difficile de la vivre pleinement quand on vit encore chez des parents qui télétravaillent !

On le voit, entre l’anxiété, la perte du sentiment d’insouciance, le bouleversement du quotidien, la hausse des difficultés matérielles, l’effondrement des projets ou encore le fort sentiment d’isolement, les conséquences de la pandémie pèsent parfois lourdement sur des épaules encore frêles…

Nous expliquerons demain, dans un second article consacré à ce thème, comment repérer les signes du mal-être ainsi que des réponses à proposer.

Nathalie Anton

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