Santé mentale des adolescents : un champ à investir

L’émission Etre et Savoir, diffusée le 14 octobre dernier sur France Culture et consacrée à la santé mentale des jeunes, soulignait « l’urgence d’agir ». En témoignent les chiffres alarmants donnés par le psychiatre David Gourion, qui était ce jour-là l’un des invités de Louise Tourret : 

« Chez les adolescents et les jeunes adultes, un individu sur quatre est en situation de souffrance psychique et la majorité d’entre eux n’a aucune aide. (…) La dépression est l’un des facteurs les plus fréquents de décrochage scolaire. » (1) 

Un rapport de synthèse du réseau européen des ombudsmans des enfants (ENOC) indique en outre que « selon le troisième rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS), en France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, après les accidents de circulation, et représente 16 % des décès de cette tranche d’âge en 2014. » (2) 

Faible prévention, difficultés de dépistage (à l’école, l’infirmier scolaire est souvent en charge de plus de 1000 élèves), difficultés d’accès au soin (le nombre de pédopsychiatres est insuffisant et les psychologues ne sont pas remboursés), difficultés de prise en charge (malgré la loi du 11 février 2005, l’école peine à accueillir les élèves en situation de handicap physique et mental)… les ombres au tableau énumérées dressent un portrait bien noir de la situation.

Face à ce triste constat, les deux autres invitées de l’émission – Brigitte Accart, Secrétaire générale du Syndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs de santé, et Geneviève Avenard, Présidente du Réseau européen des défenseurs des enfants-, s’accordaient avec David Gourion pour pointer, certes, un problème de moyens, mais aussi de culture. 

En effet, la pression de réussite scolaire (véhiculée par les enseignants et les parents) conduit à accroître l’anxiété chez les élèves. Au lieu de s’attacher aux compétences acquises et aux efforts individuels fournis, l‘évaluation classe encore trop souvent les élèves les uns par rapport aux autres, en émoussant l‘estime et la confiance en soi.

En outre, le manque de temps et d’espaces de parole disponibles en dehors de la classe nuisent à la création d’un climat de confiance entre les jeunes et les adultes.

Promouvoir le développement d’un climat scolaire bienveillant, axé sur l’acquisition des compétences socio-émotionnelles (ou psychosociales) est ainsi essentiel. Geneviève Avenard citait pour conclure cette recommandation formulée par un groupe de jeunes conseillers européens (3) à laquelle nous ne pouvons que souscrire ;

« Le système d’éducation devrait être modifié dans le but de donner autant d’importance  au développement émotionnel de l’enfant qu’à e sons succès scolaire qui ne devrait pas être le seul objectif. »

Nathalie Anton

(1) La fragilité psychique des jeunes adultes : 15-30 ans : prévenir, aider et accompagner, David Gourion, Odile Jacob, 2015.

(2) La santé mentale des enfants et des adolescents en Europe, rapportENOC, septembre 2018.

3) « Droits de l’enfant et bien-être, promouvoir la santé mentale« , conférence organisée par le réseau européen des défenseurs des enfants (ENOC) les 19 au 21 septembre 2018 à Paris.

Illustration : Le Combat ordinaire, Manu Larcenet, Edition Dargaud (2003).

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