Les violences de genre en milieu scolaire

La forte condamnation du harcèlement sexuel déclenchée par l’affaire Harvey Weinstein me conduit aujourd’hui à évoquer les violences de genre en milieu scolaire. J’ai synthétisé dans ce long article quelques points importants d’un rapport de l’UNESCO (1) de 128 pages paru cette année sur ce thème.

L’UNESCO y fait la promotion des écoles « accueillantes », à savoir :

« des espaces où chaque membre de la communauté scolaire (aussi bien les élèves que le personnel) peut se sentir également valorisé, où les personnes se traitent dans un respect mutuel, où les principes de tolérance et de diversité sont encouragés, où chaque élève bénéficie de chances égales d’apprendre et de participer, et où les systèmes en place favorisent les relations de confiance et de soutien entre élèves et enseignants.« 

A. Cadre et définition

« Les violences de genre en milieu scolaire (VGMS) sont définies comme des actes ou menaces de violence sexuelle, physique ou psychologique au sein et autour des écoles, perpétrés par les normes et les stéréotypes de genre, et imposés par des rapports de force inégaux. (…)

Les inégalités de genre déprécient et défavorisent les femmes et les jeunes filles, et peuvent susciter un sentiment de légitimité de cet ascendant chez les hommes et les garçons. Par exemple, une étude réalisée en milieu scolaire en Éthiopie a révélé que, bien que 93 % des garçons connaissent le caractère illégal de la violence à l’encontre des filles, près de 33 % d’entre eux pensent qu’il est normal pour un garçon d’obtenir ce qu’il veut, soit par la séduction, soit par la force. Qui plus est, 21 % d’entre eux ont avoué se comporter ainsi (ActionAid, 2004).

Les normes de discrimination sexuelle qui façonnent l’asservissement des femmes, la domination des hommes et le droit de de la maintenir par la violence, sont présentes sous une forme ou une autre dans pratiquement chaque culture. Les jeunes qui choisissent de ne pas s’y soumettre ou qui ne le peuvent pas (personnes LGBTI ou personnes n’ayant pas appris les « bons » comportements) peuvent être sanctionnés par la violence.« 

B. Cibles

« Les études prouvent que les filles sont plus souvent victimes de harcèlement psychologique, de cyber-harcèlement, de harcèlement et de violences sexuelles.

D’autre part, les garçons sont davantage confrontés aux châtiments corporels que les filles, et censés réagir «  en hommes.

La plupart des élèves LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) se disent victimes d’intimidation/harcèlement ou de violences liées à leur orientation sexuelle ou à leur expression ou identité de genre. »

C. Impact

« La VGMS exercée sur un enfant peut avoir des conséquences néfastes sur son bien-être, sa santé physique et psychologique, ainsi que sur son développement cognitif et émotionnel. (…) Elle majore généralement le risque d’échec scolaire.

L’expérience prouve que la VGMS peut également avoir d’importantes conséquences à long terme sur les jeunes qui ont été témoins de cette violence. En grandissant, ils seraient plus susceptibles de reproduire les comportements « appris » et les considérer comme acceptables. »

D. Lieux où s’exercent les VGMS

« La violence fondée sur le genre peut survenir à l’école et dans l’environnement scolaire, ainsi que sur le chemin entre l’école et le domicile. Les réseaux sociaux, les messages électroniques et les téléphones mobiles servent à véhiculer cette violence. »

E. Comment l’école peut-elle agir ? 

Le rapport rappelle tout d’abord qu’« une législation claire et non équivoque interdisant toutes les formes de violence à l’encontre des enfants, notamment la violence à l’école, est un élément-clé de toute stratégie nationale globale de lutte contre la violence à l’égard des enfants. » (2)

Concernant l’école plus spécifiquement, voici ce qu’il préconise en termes de prévention et de prise en charge des victimes.

Prévention

Parmi les stratégies-clés, citons :

1. La création d’espaces sûrs et accueillants. (…) Les principaux « foyers » de violence incluent les toilettes, les salles de classe vides, les couloirs et les dortoirs, ainsi que les cours d’école. La VGMS peut être exacerbée par des infrastructures mal conçues ou mal gérées, comme un éclairage sombre ou des verrous cassés, ainsi que par un isolement physique et une surveillance inadéquate des installations. »

Aussi, le rapport insiste-t-il sur les actions suivantes :

• Contrôle régulier des espaces où les enfants sont le plus vulnérables à la VGMS (par ex., aux toilettes ou à proximité, dans les halls et les salles de classe vides, dans l’enceinte de l’école) par le système de sécurité de l’école, les enseignants, le personnel non enseignant et les élèves désignés (sous la supervision d’un enseignant).

• Vérification et entretien réguliers de l’éclairage, des toilettes (y compris des verrous sur les portes) et des installations de sécurité.

2. La garantie que les organes directeurs et les chefs d’établissement envoient des messages forts sur le caractère inacceptable de la VGMS et la nécessité de prendre ce phénomène au sérieux.

3.  La création et la mise en œuvre de codes de conduite.

4. Les approches, dans les programmes scolaires, de prévention de la violence et de promotion de l’égalité des genres.

• S’assurer que les programmes scolaires et la documentation sont appropriés à chaque âge (par ex. compétences en résolution des conflits telles que la négociation et la communication pour les plus âgés ; capacité à entretenir des relations respectueuses telles que l’empathie et le respect pour les jeunes en âge de flirter ; les contacts acceptés et ceux qu’il faut refuser pour les plus petits, etc.)

• Promouvoir des définitions positives et plus vastes de la masculinité, et intervenir auprès des hommes et des garçons

• Souligner le consentement et la communication

• S’efforcer de modifier les comportements et les normes de genre, et promouvoir des modèles positifs de construction des relations

• Inclure des informations sur toutes les formes de VGMS, notamment sur la violence à l’encontre des personnes LGBTI et sur le harcèlement homophobes et transphobes

5. La formation du personnel éducatif de façon à ce qu’il dispose des outils de prévention et de réponse à la VGMS.

F. Prise en charge

Lorsqu’un cas de VGMS se produit, des procédures et des mécanismes clairs, sûrs et accessibles doivent être en place pour signaler les incidents, assister les victimes et transmettre les informations aux autorités compétentes. Parmi les stratégies-clés, citons :

▸ La mise à disposition de mécanismes de signalement facilement accessibles, adaptés aux enfants et confidentiels ;

▸ Les conseils et le soutien ;

▸ L’orientation vers les services compétents d’application des lois et de santé.

Pour conclure cet article exhaustif, je vous renvoie aux nombreux posts déjà publiés dans ce blog sur ce thème qui me tient à coeur, en vous référant à la catégorie « diversité« .

Nathalie Anton

 

(1) Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, Rapport Lutte contre la violence de genre en milieu scolaire, 2017.

(2) Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question de la violence à l’encontre des enfants (UNICEF, 2011)

http://unesdoc.unesco.org/images/0024/002466/246691f.pdf

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