Mieux comprendre la question des rythmes scolaires en primaire

Le 28 juin dernier, un décret paru au Journal Officiel autorisait les établissements du premier degré à revenir à la semaine de 4 jours, au lieu des 4 jours et demi institués en 2013. Un tiers des écoles a adopté cette proposition à la rentrée 2017. Afin de mieux saisir les enjeux de ces choix pour les enfants et leurs familles, je vous propose aujourd’hui quelques chiffres et notions clés sur ce sujet cyclique et vertigineux…

Les élèves de primaire en France se rendent à l’école 36 semaines par an, ce qui correspond à la moyenne des autres pays de l’OCDE* (Rapport Regards sur l’éducation 2016.)

En 2008, le nombre d’heures de cours hebdomadaires dans les écoles maternelles et élémentaires a été réduit à 24 heures, contre 26 heures précédemment. Cela équivaut à 864 heures de cours par an (24 heures par jour x 36 semaines), contre 799 en moyenne dans les autres pays de l’OCDE.

En 2008 toujours, ces 24 heures de cours ont été réparties sur 4 jours dans la semaine (lundi, mardi, jeudi et vendredi), soit 6 heures de cours quotidiennes. L’année scolaire totalisait ainsi 144 jours d’école par an (4 jours x 36 semaines), contre 187 en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. La garde des enfants le mercredi était laissée à la discrétion des parents.

En 2013, le nouveau gouvernement a conservé les 24 heures de cours hebdomadaires, mais a souhaité les répartir différemment, pour diverses raisons :

  • le nombre quotidien d’heures de cours jugé trop lourd pour les enfants
  • le nombre annuel de jours de classe jugé trop faible pour la pérennité des apprentissages
  • la rupture de rythme le mercredi en plus du weekend, entraînant deux désynchronisations dans la semaine, jugées néfastes par les chronobiologistes. En effet, le rythme de l’école demandant un effort d’ajustement par rapport au rythme de la maison, la vigilance de l’enfant le lundi et le jeudi se trouve perturbée.

Suite à cette réforme, les élèves sont passés de 140 jours d’école par an à 162. En outre, les heures de cours du mercredi matin ont permis d’alléger d’environ 45 minutes les autres journées des écoliers. Le gouvernement a alors encouragé les communes à mettre en places de « nouvelles activités périscolaires » culturelles et sportives sur ce temps dégagé, en allouant un fonds de soutien estimé à 400 millions d’euros par an.

Comment expliquer le retour à la semaine de 4 jours ?

La flexibilité proposée aujourd’hui aux écoles par le nouveau ministre J.M. Blanquer permettra d’abord de réduire le fonds de soutien de l’état ainsi que l’effort financier demandé aux communes, non seulement pour mettre en place ces activités périscolaires, mais également pour assurer les transports en commun et la cantine le mercredi matin.

Outre les arguments financiers, cette décision s’appuie notamment sur des critiques émises concernant :

  • la fatigue décrite par certains parents chez leurs enfants qui, inscrits aux activités périscolaires, passeraient finalement plus de temps en collectivité par semaine (mais aucune étude n’a été réalisée pour authentifier ce ressenti)
  • la qualité inégale des activités périscolaires proposées en fonction des communes, et le fait que certaines d’entre elles soient payantes

Ce retour en arrière suscite à son tour des critiques :

  • les chronobiologistes déplorent toujours le choix de la semaine de 4 jours, tel François Testu pour qui  « la semaine de quatre jours est le pire des rythmes possibles. »
  • les effets sur la fatigue ou les apprentissages de la semaine de 4,5 jours n’ont pas eu le temps d’être évalués
  • « le retour à la semaine de quatre jours risque de se faire aux dépens des femmes : plus de 40 % des femmes dont le plus jeune enfant était en âge d’aller à l’école primaire ne travaillaient pas le mercredi avant la réforme de 2013. C’est deux fois plus que pour les hommes. » (Etude des économistes Emma Duchini et Clémentine Van Effenterre, parue dans Le Monde du 27 juillet dernier)

Voilà, je l’espère, des éléments pouvant alimenter les discussions et qui sait… ouvrir la réflexion sur le secondaire : en France, sans les options facultatives, les collégiens suivent 991 heures de cours par an contre 915 heures en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. Cela équivaut à 26 heures de cours par semaine au minimum. Les élèves de seconde ont un horaire plancher de 28,5 heures par semaine, mais en fonction des filières et des options, l’emploi du temps d’un lycéen peut dépasser les 35 heures…

Nathalie Anton

* »L’Organisation de coopération et de développement économiques est née en 1960 lorsque 18 pays européens, les États-Unis et le Canada ont uni leurs forces pour fonder une organisation vouée au développement économique. Aujourd’hui, l’OCDE compte 35 pays Membres à travers le monde, de l’Amérique du Nord et du Sud à l’Europe et l’Asie-Pacifique. En font partie beaucoup des pays les plus avancés, mais aussi des pays émergents comme le Mexique, le Chili et la Turquie. » (source : http://www.oecd.org/fr/)

Image : Harold Loyd dans Safety Last ! (1923)

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2 réflexions au sujet de « Mieux comprendre la question des rythmes scolaires en primaire »

  1. Bonjour Nathalie,

    Je souhaitais faire appel à votre expérience et bénéficier de votre recul en vous parlant d’une situation que vous avez très probablement rencontré à différentes reprises.
    Notre fille est entrée en sixième dans un collège/lycée privé dont nous apprécions l’enseignement et l’écoute bienveillante qui sont apportés. Son frère y a suivi sa scolarité et est actuellement en seconde dans cet établissement. Nous avions préparé cette étape avec elle en allant aux portes ouvertes, en rencontrant individuellement la directrice…Toutefois, Fanny était scolarisée au sein d’une école publique de notre quartier et toutes ses amies ont effectué leur rentrée au collège public du secteur. Sa préférence se portait vers ce collège public, mais nous avons fait un autre choix pour elle auquel elle s’est « forcée » d’adhérer. Elle a retrouvé une copine qui était dans son école primaire et qui avait déménagé et elles sont d’ailleurs dans la même classe. Malgré cela, les semaines qui se sont écoulées ont été laborieuses…cette rupture affective, environnementale ont provoqué bien des larmes de nombreux matins. Elle nous disait que malgré les efforts, elle n’y arrivait pas! Elle aurait voulu rester à la maison…Elle rentre presque tous les midis déjeuner et ne prend le bus qu’un soir par semaine avec une voisine. C’est une petite affective qui a besoin d’être rassurée! Ce mercredi matin elle pleurait encore et mon mari lui a dit qu’il allait se renseigner auprès du collège public et depuis, c’est comme si un verrou s’était débloqué : elle se lève d’elle même, prend son petit déjeuner et part le coeur plus léger. Cependant, nous ne savons pas encore s’il y aura de la place car les classes sont semblent ils très chargées et de plus, rien ne garantit qu’elle serait avec ses amies..ce serait comme une deuxième rentrée à faire! En tout cas cet élément a fait qu’elle s’est sûrement sentie entendue! Maintenant, nous la préparons en lui disant que ce n’est pas sûr du tout qu’elle soit acceptée et que finalement la meilleure solution serait peut être de faire une année complète aus sein du collège St Pierre et à l’issue de l’année décider si elle souhaite y rester ou changer. De plus, j’ai pris rendez vous avec un therapeute en hypnose afin de travailler sur ses peurs pour qu’elle avance plus sereinement.
    Qu’en pensez vous? Notre démarche vous semble t’elle bonne et quels conseils nous donneriez vous?
    Un grand merci pour l’attention que vous pourrez portez à ma requête car cela remue intérieurement!
    Bien cordialement
    Sylvie

  2. Chère Sylvie,

    Je crois que vous avez très bien fait d’être à l’écoute de votre fille : son attitude en est la preuve ! Il se peut qu’en ouvrant son horizon, vous lui permettiez de moins projeter des idées négatives sur son nouvel environnement scolaire et qu’elle soit mieux disposée vis-à-vis de ses camarades et de l’enseignement dispensé. Qui sait : au terme de cette année scolaire, peut-être vous demandera-t-elle d’y rester, car non seulement elle aura gardé ses amies de primaire, mais qu’elle en aura rencontré de nouvelles !

    Avez-vous rencontré ses professeurs ou le responsable de la vie scolaire pour évoquer la situation ? Cela aidera votre fille de bénéficier d’un soutien attentif de la part des adultes qui l’accueillent.

    Enfin, si les angoisses persistent, je vous recommanderais de vous tourner vers votre pédiatre, qui saura vous conseiller un psychologue ou un pédopsychiatre, des professionnels hautement qualifiés pour traiter les troubles anxieux et aider les jeunes à surmonter des moments difficiles.

    Je vous souhaite bon courage dans vos démarches, n’hésitez pas à me tenir informée de l’évolution de la situation.

    Bien cordialement,

    Nathalie Anton

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