Les problèmes de discipline en classe

Je reproduis aujourd’hui des extraits de l’interview de Denis Meuret menée sur France Info par Anne Brigaudeau le 31 mars dernier. Dans une note du Conseil scientifique de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), ce professeur en sciences de l’éducation montre, à partir des données de l’enquête PISA 2015 (1), que les classes françaises sont victimes d’une indiscipline supérieure à celle observée dans les autres pays.

« Franceinfo : Comment peut-on comparer l’indiscipline qui règne dans les classes françaises à celle qui existe dans les autres pays ? 

Denis Meuret : Le questionnaire Pisa ne demande pas aux élèves de 15 ans des pays développés si la discipline règne dans leur classe. Il leur pose des questions très concrètes. Y a-t-il du bruit dans la salle ? Le professeur doit-il attendre longtemps avant que les élèves se calment pour débuter le cours ? Grâce à ce questionnaire, Pisa 2015 a calculé un index de « climat de discipline » selon la fréquence de la situation évoquée. S’il y a du bruit à chaque cours, l’indice sera bas. S’il n’y en a jamais ou presque jamais, il sera haut. Les pays asiatiques ont de très bons indices de discipline. Les pays anglo-saxons aussi, alors qu’ils ne sont pas les plus répressifs dans les classes.

L’indice français a chuté à partir de l’an 2000. Et il se trouve que, depuis 2012, la France est le pays où ce climat de discipline est le plus dégradé au sein de l’OCDE. L’indice a légèrement augmenté en 2015, mais il reste le plus bas, loin derrière le Japon, où le climat de discipline est le meilleur.

Est-il possible d’identifier les causes de cette indiscipline ? 

L’enquête Pisa ne nous permet pas de comprendre pourquoi les élèves français se comportent si mal en classe. Si l’on regarde de près, on constate que l’absentéisme et les retards des élèves sont, en France, plutôt proches de la moyenne de l’OCDE. On peut en déduire qu’il n’y a pas de rejet, a priori, des matières enseignées : les jeunes Français se rendent autant aux cours que les autres élèves de l’OCDE.

Certes, les relations entre élèves et enseignants ne sont pas bonnes, en comparaison avec les autres pays, mais cet indice n’est pas aussi catastrophique que celui de la discipline. L’enquête nous montre que les classes apparaissent aussi moins agitées dans le privé que dans le public, en lycée qu’en collège. En revanche, il n’y a pas de différence significative entre établissements ruraux et urbains.

Quelles pistes faut-il explorer pour remédier à ce problème de discipline ?

Je ne crois pas que l’exclusion temporaire à grande échelle soit une bonne réponse. Peut-être faut-il renforcer le dialogue entre parents et enseignants dans chaque établissement. Cela semble d’autant plus opportun qu’ils se parlent moins en France que dans les autres pays de l’OCDE, selon un questionnaire Pisa.

(…) Il faut se rapprocher davantage de la culture anglo-saxonne ou scandinave : l’école travaille avec les parents pour permettre aux enfants de progresser. Il est nécessaire de développer cette idée que les parents ne sont pas des adversaires, mais des alliés.

Pourquoi cette question de la discipline est-elle importante ?

L’indiscipline est un facteur d’inefficacité évident, même si ce n’est pas le seul. Quand elle règne, les élèves ont moins de temps pour étudier car l’enseignant passe plus de temps à rétablir l’ordre. »

Dans un article consacré au même sujet, la journaliste de L’Express Anne Benjamin explique en effet que « certains pays dans lesquels les élèves réussissent bien à Pisa ont un indice de discipline qui n’est pas très bon, comme la Finlande. À l’inverse, d’autres pays où la discipline est très stricte ont un score moyen Pisa très faible, à l’image du Kazakhstan. » Cependant, le professeur de sciences de l’éducation à l’université de Lorraine et membre de l’institut universitaire de France Eirick Prairat rappelle clairement que « ce sont des exceptions, une classe ordonnée est d’abord une classe où l’on apprend bien. » La réflexion sur le climat scolaire au sein des établissements français semble plus que jamais nécessaire.

Nathalie Anton

(1) Programme international pour le suivi des acquis des élèves, mesurant tous les 3 ans auprès de jeunes de 15 ans les performances des systèmes éducatifs de 72 pays.

Illustration : Sempé, Le Petit Nicolas.

 

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