Egalité des sexes et parité

Presque un an après les débats qui ont animé la France, je vous propose aujourd’hui de manière dépassionnée la lecture d’un extrait de l’essai De Chair et d’âme du psychiatre Boris Cyrulnik (Odile Jacob, 2006) permettant de mettre en lumière le lien entre le genre (au sens de construction culturelle du masculin et du féminin) et le sexe (le corps homme ou femme)

«Au départ, tous les embryons sont femelles, mais, dès les premières semaines, la sécrétion des hormones sexuelles commence à différencier les corps et les cerveaux. (…) Cette préparation biologique sexualisée rencontre une situation extérieure qui, elle aussi, est sexualisée par les représentations parentales et les mythes culturels.

On ne s’adresse pas à un bébé fille de la même manière qu’à un bébé garçon (…). Les mimiques, les gestes des parents, leurs interdits préverbaux, leurs encouragements viennent de leur propre histoire et de l’idée qu’ils se font de la condition sexuelle de leur enfant. Dès les petites années, l’histoire des moeurs dispose autour des bambins les modèles comportementaux auxquels ils devront se soumettre sous peine d’être mal acceptés. »

Je rappelle, en guise d’illustration parmi d’autres, l’expérience sociologique bien connue menée en 1976 aux Etats-Unis par deux chercheurs de l’Université de Cornell, John Condry et Sandra Condry, (Sex differences : a study of the eye of the beholder), dans laquelle la vidéo d’un même bébé en pleurs était montrée à deux groupes différents pour déterminer quel pouvait être le sentiment à l’origine de ces larmes. Dans le groupe auquel on avait présenté l’enfant comme un garçon, la majorité répondait : « la colère ». Dans le groupe auquel on avait présenté l’enfant comme une fille, la majorité répondait : « la tristesse », ces projections pouvant culturellement renvoyer aux associations homme-colère-domination versus femme-tristesse passivité.

30 ans après cette expérience, Boris Cyrulnik nous rappelait à son tour que ces projections se perpétuent, et avec elles, les constructions sociales de ce que l’on entend par masculin et féminin :

« En ce début de XXIè siècle, nos récit moralisateurs valorisent plutôt la parité. On met de gros rubans sur les trois cheveux des bébés filles, on habille les nourrissons garçons avec des treillis de combat, et puis soudain, à l’adolescence, on leur dit qu’il n’y a pas de différence entre les sexes et qu’il est immoral de croire en la disparité ! »

Déconstruire les stéréotypes prend en effet du temps, surtout lorsqu’ils sont constitutifs des identités de ceux qui deviennent à leur tour éducateurs. Il n’en reste pas moins qu’identifier ces attributs sociaux masculins-féminins à l’école, à l’adolescence et même avant, participera, on le souhaite, à la diminution des préjugés inégalitaires dans les générations futures.

Nathalie Anton

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