Le flou de la phobie scolaire

Bien que l’expression commune « phobie scolaire » semble unifier et rationaliser les difficultés éprouvées par certains enfants à se rendre en classe, l’origine de ces troubles se révèle toujours très complexe et éminemment singulière. Les professionnels sociaux et de santé recourent d’ailleurs fréquemment à d’autres termes que celui-ci selon les cas, parlant ainsi de « troubles anxieux« , de « refus« , de « retrait » ou encore de « décrochage » scolaire.

Les manifestations d’angoisse associées à l’école peuvent en effet provenir de causes diverses : incapacité à respecter la norme, à s’adapter à un nouvel environnement, à maîtriser les apprentissages, à supporter la pression de réussite, à gérer les relations avec les professeurs ou les pairs…

Mais ce n’est pas parce que l’angoisse se cristallise sur l’école qu’elle n’a pas d’autres facteurs étiologiques, notamment familiaux, tels que les conflits ou la peur de la séparation ; ou encore psychiatriques, comme les troubles dépressifs ou psychotiques… Car la phobie témoigne souvent du déplacement d’une peur inconsciente sur une situation ou un objet concrets.

Et il va de soi, à la lecture de cette énumération, qu’il est extrêmement artificiel et surtout impossible de ne dégager qu’une seule explication à la crainte exprimée par un enfant ou un adolescent de se rendre en cours : l’école, la famille, la croissance, la puberté, l’estime de soi, les relations interpersonnelles étant toutes inextricablement liées, et les enchaînements cause-conséquence difficiles sinon impossibles à démêler.

Pour citer ainsi la conclusion d’un article publié dans le n°62 de La nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation (juillet 2013) par trois membres du Service d’assistance d’Aide à Domicile –SAPAD-, S. de Ketelaere, C. Fenon et S. Scardino-Dargent :

« Ce que l’on peut retenir, c’est que la phobie scolaire procure un sentiment certain de perplexité et il est parfois difficile de comprendre pourquoi cela a commencé et pourquoi cela s’est terminé. On peut cependant insister sur la présence, dans une grande majorité de cas, de signes précurseurs à certains moments du cursus scolaire. Il semble important de ne pas négliger ces premiers symptômes, passés trop souvent inaperçus ».

Les auteurs évoquent par exemple des maux de ventres, des nausées, des maux de tête, une difficulté à dormir, ou encore une baisse des résultats, des passages à l’infirmerie ou des absences perlées. Or, plus l’enfant est pris en charge rapidement, moins les troubles ont de chance de s’installer

« Dans la prise en charge de ces enfants et adolescents, plusieurs aspects semblent déterminants : la reconnaissance et la compréhension du trouble par l’établissement scolaire, ainsi qu’une équipe pluridisciplinaire solide autour du jeune qui puisse élaborer du lien, lien entre l’école et le soin, trait d’union primordial dans la reprise d’études ». 

J’ajouterai un autre moteur puissant d’amélioration, à savoir l’accompagnement que les parents doivent accepter de recevoir également, pour parvenir à gérer notamment :

Leur culpabilité (« Qu’avons-nous fait pour que notre enfant souffre autant ? N’avons-nous pas assez d’autorité pour l’obliger à aller à l’école ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à le rassurer ? »…).

Leurs angoisses (« Comment va-t-il s’en sortir s’il ne va plus à l’école ? Va-t-il rester toute sa vie socialement inadapté ? Comment va-t-il trouver un travail ? Se faire des amis ?…).

Leur agressivité envers cet enfant qui les tyrannise et bouscule non seulement leurs idéaux, mais aussi leur équilibre familial et social (certains parents sont obligés d’arrêter de travailler pour s’occuper de lui, d’autres déménagent pour pouvoir le changer d’établissement, des tensions dans le couple parental apparaissent – l’un pouvant reprocher à l’autre d’être trop à l’écoute de ce qu’il perçoit comme un caprice, et le second reprochant au premier son trop grand détachement-…).

Mais aussi pour pouvoir revisiter leur histoire et comprendre ce que ce symptôme révèle d’eux et de leur famille. 

Nathalie Anton

2 réflexions au sujet de « Le flou de la phobie scolaire »

  1. Mon petit fils dit ne pas aimer l’école, il se plaint de mal au ventre, nausées, maux de tete, insomnies, manifeste une souffrance. Durant tout son primaire, les enseignants le voyait comme un enfant poli, gentil, se préoccupant des autres, investi dans son travail malgré ses problèmes de dyslexie (lecture, orthographe, écriture). Depuis son entrée au collège, il est méconnaissable, inventant tout pour ne pas aller à l’école. il a même eu un comportement inexplicable en partant du collège malgré l’interdiction de son éducatrice qui n’a pas été sensible à sa crise de larmes, ce qui lui vaut une sanction prévue de 3 heures de retenue et un avertissement de comportement, et qui accentue son angoisse et le terrorise. Ce comportement ne lui ressemble pas. Il est suivi depuis sa petite enfance par un pédopsychiatre car son père est décédé alors qu’il n’avait qu’un an et en 4 ans, sont décédés oncles,( 67 et 44 ans) grand-père (67 ans). Il ne parle pas vraiment de son mal être au psy si bien que la phobie scolaire, que je crains percevoir, n’a pas été diagnostiquée.

  2. Bonjour,

    Je crois que vous devriez évoquer ce que vous ressentez avec la maman qui pourrait alors en parler au pédo-psychiatre. Il serait bon en effet qu’il soit informé de ce qui se joue à l’école, pour pouvoir travailler sur ce qui angoisse votre petit-fils…

    Bien cordialement,

    Nathalie Anton

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