Harcèlement scolaire : témoignage littéraire

Rendus publics ce mardi 25 octobre, les résultats de l’enquête nationale de victimation réalisée en 2011 auprès de 18 000 collégiens révèlent que 10 % d’entre eux seraient victimes de harcèlement en milieu scolaire.

Quatre articles ont déjà été publiés sur ce thème :

– La cyber-violence à l’école

– Intimidation et harcèlement

– Le harcèlement scolaire 

– Harcèlement, le chiffre qui tue

Nous avons choisi aujourd’hui de publier le témoignage littéraire d’un élève harcelé, afin de donner corps à cette problématique.

Dans La Confusion des Sentiments (nouvelle de S. Zweig publiée en 1927, déjà citée dans l’article consacré à l’effet enseignant sur la réussite des élèves), le narrateur relate le le récit douloureux que lui livre son vieux professeur à propos de ses humiliations vécues dès le plus jeune âge en raison de son inclination homosexuelle :

« D’abord sa voix plana, immatérielle, dans la pièce, comme une trouble fumée issue de l’émotion, comme une allusion incertaine à des événements secrets (…). Je vis d’abord un jeune garçon, timide et replié sur lui-même, un jeune garçon qui n’ose dire un mot à ses camarades,  mais qu’un désir physique, confus et impérieux, attire précisément vers les plus jolis de l’école. Cependant, lors d’un rapprochement trop tendre, l’un d’eux l’a repoussé avec irritation ; un second s’est moqué de lui décochant un mot d’une odieuse netteté et, pire encore, tous deux ont cloué au pilori devant les autres ce désir aberrant. Et aussitôt une unanimité de raillerie et d’humiliation l’exclut, plein de confusion, de leur joyeuse camaraderie, comme un pestiféré ; aller à l’école devient un calvaire quotidien et lui, si tôt stigmatisé, voit ses nuits rongées par le dégoût de soi-même : l’exclu éprouve comme une folie et un vice déshonorant sa passion (…) qui pourtant ne s’est précisée que dans des rêves. »

Les brimades et les insultes qui touchent 200 000 collégiens en France ont toutes en commun l’incapacité à tolérer la différence. Cet extrait montre très bien comment à la souffrance générée par les moqueries et les rebuffades s’ajoute le sentiment de honte chez la victime, convaincue par le nombre et l’insistance de ses agresseurs de sa propre responsabilité.

Il est donc très important de ne pas minimiser le phénomène, et d’intervenir pour mettre un coup d’arrêt à de tels agissements, jugés parfois à tort comme de simples jeux d’enfants.

Nathalie Anton

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