La préadolescence

Entre 9 et 12 ans, malgré une apparence physique encore puérile, certains enfants développent des attitudes adolescentes qui peuvent désarçonner parents et professeurs. Face à leurs manières de parler, de s’habiller et de se comporter, les adultes ne savent plus s’ils doivent les infantiliser ou les responsabiliser, redoutant de voir leurs relations se dégrader.

Comment comprendre ce phénomène ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que l’adolescence est un processus lent, dont le début coïncide avec la puberté. Or, les bouleversements hormonaux et les modifications corporelles conduisant à l’acquisition des caractères sexuels primaires (maturation des organes sexuels) et secondaires (pilosité, voix, développement musculaire…) se font au fur et à mesure et s’étalent sur plusieurs années.

Ces changements, même infimes, ont des répercussions bien compréhensibles sur les enfants qui accèdent alors à une position intermédiaire : plus tout à fait enfants, pas encore adolescents, et bien en route vers l’âge adulte…

Selon l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) le début de la puberté serait d’ailleurs de plus en plus précoce dans les pays riches, l’âge moyen des premières règles pour les filles étant désormais de 12-13 ans, contre 16-18 ans à la fin du 19ème siècle. L’INED attribue ce phénomène notamment « à l’amélioration de l’alimentation ainsi qu’à l’instruction et au mode de vie moderne, qui stimulent les fonctions nerveuses et hormonales des enfants plus qu’autrefois. »

Car la précocité des comportements adolescents est évidemment intimement liée à l’évolution de notre société qui expose les plus jeunes à des images, des conversations, des sollicitations qui ne sont pas de leur âge.

Le marketing américain a baptisé Tween cette cible doublement lucrative, encore sensible aux produits enfantins (jeux), et attirée par les centres d’intérêt adolescents (ipod, téléphone portable, réseaux sociaux…). Ce mot-valise (formé de la préposition « between » –entre– et du nom « teenager » -adolescent-) se traduit en français par le terme d’adonaissant*, qui se confond si bien avec celui d’adulescent qu’il témoigne parfaitement de la confusion actuelle des générations !

Comment réagir en tant qu’adulte ?

Il convient tout d’abord de ne pas bloquer le dialogue sur les changements pubertaires à venir ou engagés, et de rester disponible pour répondre à certaines questions qui pourraient inquiéter l’enfant. La fédération laïque des centres de planning familial propose par exemple un guide qui peut éclairer les parents comme les enfants sur ce sujet délicat.

Ensuite, il ne faut pas oublier que ces jeunes sont encore très dépendants des adultes, et qu’ils recherchent moins la rupture avec l’univers familial, que l’accès à des premiers aménagement personnels au sein même de cet espace : décoration de leur chambre, choix de vêtements spécifiques, affirmation de goûts musicaux… Ils ont toujours besoin de tendresse, d’attention et de réassurance de la part de leurs parents qui constituent encore à leurs yeux des repères, voire des modèles fondamentaux.

S’il est important de donner suite à certaines de leurs demandes, il serait peu raisonnable de céder à tous leurs désirs, non seulement pour éviter qu’ils tyrannisent leur entourage, mais surtout pour les protéger : Facebook est ainsi interdit aux moins de 13 ans, et les paramètres de confidentialité ainsi que l’usage des images et la teneur des conversations nécessitent un accompagnement pour éviter quelques dérives (diffusion de photos intimes, cyber-harcèlement, etc.).

Enfin, cette période charnière déstabilise et crispe parfois outre mesure les parents qui craignent de voir les rapports avec leur enfant se modifier voire se détériorer à l’approche de l’adolescence et de sa « crise » potentielle.

D’où l’importance de maintenir le dialogue ouvert pour éviter tout malentendu de part et d’autre…

Nathalie Anton

* Voir François de Singly, professeur de sociologie à la faculté des sciences humaines et sociales de la Sorbonne–Paris-V, directeur du Centre de recherche sur les liens sociaux (Cerlis, CNRS/ Paris-V), auteur de l’ouvrage Les Adonaissants, Armand Colin, 2006.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s