Formation à la tenue de classe

A partir de la rentrée 2011, les enseignants, CPE et documentalistes stagiaires recevront 3 jours de formation à la tenue de classe :

« La formation à la tenue de classe, notamment pour les enseignants stagiaires, doit constituer une priorité des programmes de formation mis en place par les académies. (…) La formation vise à dispenser à l’enseignant les savoirs et gestes professionnels lui permettant de conduire son enseignement dans un climat propice aux apprentissages, de diminuer les risques de comportements violents (prévention et repérage), d’intervenir efficacement lorsqu’il fait face à des débordements d’agressivité ou à des menaces (intervention d’urgence) et d’effectuer un retour réflexif individuel et collectif sur ses interventions en vue de les ajuster le cas échéant et d’en faire profiter d’autres collègues (évaluation et mutualisation). »

Circulaire du 22 décembre 2010

Or, quelles représentations véhicule l’expression « tenue de classe » ?

Le Dictionnaire Historique de la Langue Française attribue au verbe « tenir » dans sa forme transitive, deux sens principaux :

 –          « Avoir quelque chose en main.»

 –          « Occuper un territoire, le posséder.»

 L’expression « tenir une classe » conduit de fait, par son étymologie rigide et militaire, aux interprétations suivantes :

– Dominer une classe

– Maîtriser une classe

– Contrôler une classe

– Avoir la mainmise sur une classe

 Dans cette acception, la relation des élèves à l’enseignant s’avère nettement dissymétrique, le maître (dominus en latin) imposant un ordre aux élèves par sa supériorité :

 –          Physique : supériorité de l’adulte, stratège sur sa colline, qui surplombe depuis l’estrade des rangées d’enfants assis ;

–          Statutaire : supériorité du professeur (du latin fari : « parler »), qui dispense le savoir à un enfant muet (du latin infans : « qui ne parle pas ») ;

–          Psychique : supériorité de l’adulte (du participe passé accompli « adultus ») sur l’adolescent en construction (du participe présent inachevé « adolescens »).

 L’enseignant qui tient sa classe serait donc celui qui, de manière métaphorique, tiendrait les rênes d’une classe menée à la baguette.

Vue sous cet angle, la formation à la tenue de classe viserait donc à restaurer une relation autoritaire entre le professeur et ses élèves.

Fort heureusement, la circulaire du 16 août 2006 consacrée à la lutte contre la violence en milieu scolaire permet de nuancer cette première interprétation rigoriste du rôle de l’enseignant, puisqu’elle définit comme « premiers socles de prévention », « l’acte pédagogique et le cadre éducatif » :

 « Les enseignements, le savoir et l’accès au langage et à sa maîtrise, constituent un cadre structurant et protecteur : en soi, l’acte pédagogique représente une des premières préventions de la violence (…) et exige (…) le respect du cadre réglementaire et des personnes qui en sont les garantes. »

 A la lecture des objectifs pédagogiques et éducatifs réaffirmés dans cette circulaire, que deviennent les expressions « tenir les rênes » et « mener à la baguette » dégagées en première analyse ? Si l’on admet que celui qui tient les rênes est celui qui conduit, et que celui qui tient la baguette est celui qui dirige, on constate alors que l’idée de mouvement induite par ces deux verbes vient s’opposer à celle de rigidité qui se dégageait au départ.

D’un côté du bureau comme de l’autre, le mouvement s’avère constitutif de l’acte d’éducatif (étymologiquement ex-ducere : « guider, emmener vers »): l’enseignant n’est-il pas chargé de faire progresser des élèves, eux-mêmes en pleine construction ? Amusant paradoxe que l’élève le plus remuant dans un cours soit souvent celui qui stagne dans son apprentissage…

Le professeur qui tient sa classe est donc celui qui conduit ses élèves (cum : « avec » / ducere) dans une direction programmée, faite d’objectifs éducatifs à atteindre.

Nous en concluons que la baguette précédemment mentionnée n’est ni la férule, ni la baguette du chef militaire commandant à ses troupes, et encore moins celle du magicien figeant son auditoire. Cette baguette imaginaire serait plutôt celle du chef d’orchestre qui, en dirigeant ses musiciens, leur permet à tous de suivre un mouvement harmonieux tout en jouant une partition individuelle.

 L’expression « tenir une classe » peut alors s’entendre comme :

– Animer une classe

– Mobiliser une classe

– Motiver une classe

– Encourager une classe

 Elle devient alors, de facto, synonyme de l’expression « conduire une classe », moins liée au maintien de l’ordre qu’à l’élaboration du cadre éducatif et de projets pédagogiques…

Nathalie Anton

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