« Adolescence et prise de risque » (suite)

Poursuivant la lecture de l’ouvrage du même nom, paru aux éditions Albin Michel, et dirigé par les psychiatres et psychanalystes Annie Birraux et Didier Lauru, je vous soumets cette semaine encore quelques réflexions de différents auteurs sur le sujet.

Les études menées à Rome par la psychiatre et psychanalyste romaine Paola Carbone montrent ainsi comment « pour les jeunes, prendre des risques obéit à une vaste gamme de besoins allant de la nécessité de découvrir ses potentialités propres ainsi que ses limites (le risque constructif) jusqu’aux passages à l’acte où le fait de s’exposer exprime le besoin de se fuir soi-même et de combler à tout prix un vide désespérant (le risque destructif). (…)

A une extrémité du spectre, on trouve [donc] le risque constructif, nécessaire à la mise à l’épreuve de ce nouveau corps et de ses nouvelles capacités cognitives. (…) En général, ce type de risque constructif est vécu avec une bonne conscience du danger et de ses propres limites. (…)

A l’autre extrémité du spectre, on trouve le risque destructif, que les jeunes décrivent comme sans but et fatal. (…) Ce risque fatal et destructif semble s’organiser autour de deux pôles de motivation : le défi et la recherche d’excitation : (…) défier l’autre ou combler un vide. (…) Dans ce cas, le risque dépouillé de toute signification est vécu seulement comme un stimulus intense. »

François Marty, psychologue et psychanalyste, explique en effet que « chez certains adolescents, il existe une véritable nécessité de se heurter à la réalité, de se faire mal, comme s’ils avaient besoin de subir un traumatisme pour se sentir vivants. Cette traumatophilie éprouvée dans les conduites à risques à répétition révèle souvent un besoin ancien d’apaisement et de contenance, besoin qui n’a pas trouvé d’autres moyens que cet appui sur la réalité externe.

Prendre ces risques, c’est une manière de mettre en acte une violence interne, de chercher dans la réalité externe les limites qui n’ont pas été intériorisées dans l’enfance. (…) [Dans ce cas] l’environnement parental joue un rôle essentiel dans la fonction de soutien narcissique : soutenir narcissiquement l’adolescent, c’est reconnaître et valoriser la transformation qui s’est opérée en lui, lui donner le sens de la limite (…) ; c’est aussi lui ouvrir l’avenir, lui donner des perspectives en lui apprenant à voler de ses propres ailes. »

Suite et fin dans 15 jours !

Nathalie Anton

 

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