L’autorité en question

La question de l’autorité dans le cadre scolaire soulève de nombreuses questions. Sans pouvoir ici y répondre, nous préférons vous livrer l’analyse proposée par le sociologue britannique Basil Bernstein, reprise par Ivan Darrault-Harris, professeur des universités en sciences du langage, dans un article intitulé : « De l’espace familial à l’espace scolaire. Les figures de l’autorité »

Le linguiste français y expose trois manières d’édicter l’interdiction au sein de la famille, telles que définies par son homologue anglais :

« Une première modalité de diction de la loi, que Bernstein appelle impérative, s’exprime sous la forme d’injonctions ou d’interdictions verbales ou non verbales dépourvues de justification : « Dehors ! », « Tais-toi ! », etc. La modalité impérative entraîne la soumission ou la révolte.

Une deuxième modalité, dénommée positionnelle, consiste au contraire à justifier prescriptions et interdictions en les fondant sur les obligations attachées aux positions des sujets au sein de la famille. Ainsi, au « Tais-toi ! » impératif se substituera le « Tais-toi ! Les enfants ne parlent pas à table ! ». (…)

Enfin, la modalité personnelle fonde l’inculcation morale non sur la position mais sur la personne même que constitue le sujet, dans une organisation familiale où les membres, au-delà des différences générationnelles et/ou de sexe, sont équivalents. »

Pour illustrer ces trois modalités, B. Bernstein prend l’exemple d’un enfant qui refuse d’embrasser son grand-père malade à l’hôpital :

– « Arrête tes bêtises et embrasse-le ! », constituerait la modalité impérative ;

– « Embrasse immédiatement ton grand-père ! On n’a jamais vu de petit-enfant refuser d’embrasser son grand-père ! », représenterait la modalité positionnelle ;

– « Je comprends que tu n’aies pas envie, là, maintenant, de l’embrasser. A un autre moment, on ne t’embêterait pas avec ça, mais ton grand-père est malade, il ne t’a pas vu depuis longtemps, et il se trouve que cela serait très important pour lui que tu le fasses, là, maintenant », illustrerait enfin la modalité personnelle.

Mettant alors en parallèle les sphères familiale et scolaire, Ivan Darrault-Harris conclure cette analyse sur la question suivante :

« Comment un adolescent soumis à une dominance de loi personnelle au sein de la famille s’adaptera-t-il à la loi scolaire, typiquement de nature positionnelle, puisqu’elle met en relation non des personnes, mais les positions de l’élève et de l’enseignant ? »

Je vous laisse réfléchir !

Nathalie Anton

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