Témoignage d’un cancre…

Voici quelques extraits du livre de Daniel Pennac intitulé Chagrin d’école, paru en 2007 aux éditions Gallimard, dans lequel cet ancien professeur de lettres évoque le mauvais élève qu’il fut et les sentiments qu’il pouvait alors ressentir…

« C’est le propre des cancres, ils se racontent en boucle l’histoire de leur cancrerie : je suis nul, je n’y arriverai jamais, même pas la peine d’essayer, c’est foutu d’avance, je vous l’avais bien dit, l’école n’est pas faite pour moi… L’école leur paraît un club très fermé dont ils s’interdisent l’entrée. Avec l’aide de quelques professeurs parfois (…)

Mon Dieu, cette solitude du cancre dans la honte de ne jamais faire ce qu’il faut ! Et cette envie de fuir… (…) Gardons-nous de sous-estimer la seule chose sur laquelle nous pouvons personnellement agir et qui, elle, date de la nuit des temps pédagogiques : la solitude et la honte de l’élève qui ne comprend pas, perdu dans un monde où tous les autres comprennent. (…)

Interdit d’avenir.

A force de me l’entendre répéter je m’étais fait une représentation assez précise de cette vie sans futur. Ce n’était pas que le temps cesserait de passer, ce n’était pas que le futur n’existait pas, non, c’était que j’y serais pareil à ce que j’étais aujourd’hui. (…) Or de quoi était-il fait, mon présent ? D’un sentiment d’indignité qui saturait la somme de mes instants passés. J’étais une nullité scolaire et je n’avais jamais été que cela. Bien sûr le temps passerait, bien sûr, la croissance, bien sûr les événements, bien sûr la vie, mais je traverserais cette existence sans aboutir jamais à aucun résultat. C’était beaucoup plus qu’une certitude, c’était moi.

De cela, certains enfants se persuadent très vite, et s’ils ne trouvent personne pour les détromper, comme on ne peut vivre sans passion ils développent, faute de mieux, la passion de l’échec. »

Ce témoignage a le mérite de nous rappeler combien le regard que nous portons parfois en tant qu’adultes sur les « mauvais élèves », parents comme professeurs, peut contribuer à les figer dans une image dégradée d’eux-mêmes , image qu’ils n’auront d’autre choix que d’assumer et de revendiquer ensuite, puisqu’elle sera devenue leur identité.

Nathalie Anton

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