Le mur de l’indifférence…

Comme je vous l’avais annoncé dans mon post de rentrée, vos messages seront désormais mis en avant afin d’illustrer des problématiques individuelles qui pourraient faire écho à d’autres. Je vous livre aujourd’hui celui d’une jeune fille de 20 ans qui témoigne de la vive inquiétude qu’elle nourrit à l’égard de la scolarité chaotique de son frère de 16 ans et de la dégradation des relations familiales qui s’ensuit…

« Bonjour,
Je suis l’ainée (20 ans) et mon frère vient d’en avoir 16. Après une scolarité en pente, un redoublement en 4e et une 3e, excusez moi le terme, merdique, il n’a pas eu son brevet, ou plutôt n’a rien fait pour l’avoir : “je m’en fou” est une de ses phrase fétiche. J’ai toujours été très anxieuse à son sujet, ai toujours cherché à l’aider, lui parler, le protéger, le comprendre. Ce n’est pas toujours facile car il se confit très peu à “nous” (la famille). J’ai de très bon rapport avec lui, notre relation chaotique vis à vis de nos parents nous a amené à nous souder. Mon père est parti depuis 1 an et demi et n’entretient aucune vrai relation paternelle (et ne le faisait pas avant non plus, pas pédagogue pour un sou). J’ai peur que l’absence du modèle paternel ne lui pose des problèmes au niveau de ses repères. (Comme il n’y a plus que des filles à la maison). Aujourd’hui mon frère se fiche de tout, de ses études pour lesquelles nous avons eu de longues conversations avec ma mère entre nous 3. Nous avons toujours voulu le soutenir, lui avons donné beaucoup d’excuse aussi. Ma mère est fatiguée de devoir toujours se fâcher avec lui. Il ne raconte jamais rien de lui même, c’est à peine s’il faut sa battre pour savoir s’il a passé une bonne journée. (Il entre en hôtellerie en alternance).
Lorsque nous sommes tous les 2, j’essaie de parler de papa, de notre enfance, de cette attitude nonchalante qu’il a tout le temps “sans faire exprès” qui est très énervante.
Il me dit qu’il se fiche de notre père, qu’il s’en fou, il ne le déteste même pas! il s’en fiche complètement. Il ne montre aucune affection envers nos parents (ou du moins ma mère) et nous l’avons emmené voir un psychologue au sein d’un hôpital pendant plusieurs semaine dans des consultations gratuite (ou remboursées?) mais ça n’a rien donné, il disait qu’il ne parlait pas que la psy non plus et qu’il se faisait chier bref…
Nous essayons d’être positif, il a trouvé un patron pour son alternance, ma mère a eu très peur qu’il quitte le système scolaire définitivement. Ce n’est pas un méchant garçon c’est quelqun de très sensible qui adore les plus petits, les voisins nous font toujours des compliments sur lui! Il a une attitude très différente à la maison, comme s’il portait un lourd fardeau et des chaines aux pieds.
Nous ne savons plus quoi faire, si vous pouviez me donner une petite piste, je vous en serait très reconnaissante. »

La réponse que j’ai faite à ce message, dans lequel il apparaît que l’adolescent refuse l’aide que ses proches veulent lui apporter, est la suivante :

« Il est en effet très difficile de se confronter à l’indifférence manifestée par certains adolescents que l’on sent pourtant en grande souffrance. C’est sans doute le cas de votre frère, qui, pour se protéger, essaie de mettre à distance tout ce qui peut le déstabiliser : contrairement à vous, il semble incapable de revenir sur les relations familiales qui le font souffrir, tout comme une personne blessée attendrait d’avoir cicatrisé pour toucher sa plaie. J’ajoute qu’il doit sans doute essayer de mettre à distance la famille, dont vous faites partie, pour se protéger : votre sollicitude, bien naturelle, peut donc aboutir à l’effet inverse de celui que vous recherchez. La formation qu’il a choisie sera sans doute une bonne chose, car elle pourra précisément lui permettre de sortir du cocon familial dans lequel il ne paraît plus s’épanouir pour le moment, et de sortir de la position infantile d’élève, voire de “mauvais élève” qu’il avait jusqu’alors.
Cette formation va le faire accéder à un autre statut, à une maturité et une autonomie sans doute attendues, et c’est seulement quand il se sentira plus fort qu’il pourra repenser à ses difficultés.
Il faut parier sur le temps, sur les rencontres, et sur le fait qu’il sait que vous êtes là pour lui en cas de besoin, même s’il fait preuve d’ingratitude pour le moment. Le conseil que je pourrais vous donner serait donc le suivant : encouragez-le dans sa voie et montrez-lui que vous êtes fière qu’il devienne un jeune-homme indépendant.
Si sa formation devait mal se passer, n’hésitez pas à rencontrer le responsable pour qu’il puisse l’aider à s’en sortir, mais faites-le sans le dire à votre frère, de manière à ce qu’il ne se sente pas de nouveau infantilisé et qu’il n’ait pas l’impression encore une fois d’être réduit à son seul passé familial, car cela lui ôte toute liberté. »

Difficile de savoir comment agir quand l’autre refuse de s’avouer  en souffrance et rejette l’aide qui lui est offerte… N’hésitez pas à faire des commentaires si ce témoignage vous touche,

A la semaine prochaine,

Nathalie Anton

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