Les violences à l’adolescence

Le psychiatre Jacques Miermont définit la violence comme « une effraction, une dégradation, une destruction psychologique et physique de l’être humain », ajoutant que « ces atteintes peuvent être dirigées contre soi-même (scarifications, mutilations, conduites à risque, tentatives de suicide) ou contre autrui (injures, intimidations, menaces, coups physiques, vols, dégradations matérielles, meurtres) ». Or, l’irruption de la puberté fait violence à l’adolescent, puisqu’elle réactualise des conflits infantiles, narcissiques et oedipiens,  en s’accompagnant d’un afflux pulsionnel parfois difficile à réguler psychiquement. Nous allons voir comment le recours à la violence agie vient témoigner, à l’adolescence, de cette incapacité à gérer, à symboliser les tensions internes qui trouvent, à travers l’acte, un moyen d’être évacuées.

L’adolescent peut être débordé par la violence pulsionnelle qui l’assaille et qui induit des remaniements narcissiques et relationnels inévitables mais douloureux. Lorsque la capacité de mentalisation est insuffisante, cette violence est expulsée vers l’extérieur, de manière auto ou hétéro-agressive.

Les attaques dirigées contre autrui peuvent s’expliquer de diverses manières :

– Il peut tout d’abord s’agir d’une projection sur autrui de la violence interne éprouvée : c’est l’autre, et non moi-même, qui est dangereux et que je dois détruire.

– La violence exercée contre autrui peut aussi témoigner d’une revendication d’indépendance, d’une prise d’autonomie, cherchant à protéger des limites psychiques trop précaires et menacées par la trop grande proximité de l’autre.

– Paradoxalement, la violence peut également signaler une difficulté à accéder à la différenciation, le sujet niant, par la destruction de l’autre, qu’il puisse y avoir une altérité.

– La violence peut aussi constituer une réponse à la frustration, aux failles narcissiques, en permettant de rétablir une forme de compensation, de restaurer une forme de supériorité lorsque le sujet se sent trop fragile et qu’il enrage d’avoir autant besoin de l’autre.

Les violences auto-agressives trouvent, elles aussi, différents éclairages :

– Les conduites à risques, les addictions, l’anorexie, les tentatives de suicide peuvent ainsi constituer une aspiration à mettre un terme à toute excitation insupportable pour le sujet.

– Elles peuvent également témoigner d’une recherche d’émotions fortes lui permettant d’acquérir le sentiment d’exister.

– Le retournement de la violence contre soi peut parfois exprimer la culpabilité ressentie face à l’agressivité inconsciente éprouvée à l’égard de ses proches.

– On peut y déceler également la tentative de reprendre la maîtrise de son corps, et de se couper (littéralement) de l’autre.

– La violence auto-agressive peut enfin signaler une véritable haine de soi, de son corps sexué et modifié.

Il va de soi que cet article ne prétend pas à l’exhaustivité et qu’il faut éviter de plaquer de manière mécanique des explications  réductrices. Cependant, il me paraît important de comprendre que la violence de l’adolescent doit être interprétée et qu’il faut réinscrire l’acte dans sa dimension inconsciente, sans la détacher de l’histoire du sujet et de ce qu’il peut en dire, mais en intégrant le fait que souvent, le passage à l’acte révèle précisément une incapacité à dire.

C’est pourquoi il est nécessaire d’offrir à l’adolescent qui se trouve aux prises avec ces débordements pulsionnels, un espace de symbolisation et d’échange, extérieur parfois à l’univers familial où les conflits s’opèrent, pour lui permettre de mieux intégrer les remaniements qui le font souffrir et qui se répercutent sur lui et sur son entourage.

Nathalie Anton

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