L’angoisse d’apprendre et de savoir

Lors d’une conférence organisée le 27 février 1986 sur l’échec scolaire des enfants des classes primaires, Françoise Dolto explique que « les motivations intellectuelles de l’apprentissage sont grévées de motivations affectives (…) nécessairement intriquées à la loi de l’impossible pour le petit de prendre la place de l’adulte » (L’Echec Scolaire, 1987).

S’inscrivant dans une même « approche psychanalytique du rapport au savoir », l’universitaire Françoise Hatchuel poursuit, vingt ans plus tard, cette réflexion dans son ouvrage Savoir, apprendre, transmettre, publié en 2005 aux éditions La Découverte. Elle s’interroge ainsi sur les liens unissant le savoir au sentiment de culpabilité, qui empêchent certains enfants d’accéder sereinement à la connaissance. Nous vous livrons ici un court extrait de sa recherche tout à fait stimulante pour mieux appréhender les difficultés d’apprentissage des élèves.

« Si apprendre c’est introduire du nouveau dans de l’ancien qu’il faut réorganiser, et que ce lien ne se construit pas suffisamment, l’apprentissage peut mettre en danger l’identité même de l’individu. Le risque peut alors exister de refuser le nouveau et de se raccrocher à l’ancien. (…)

La pulsion de savoir s’enracine dans un désir d’autonomie, désir de remplacer l’adulte, de se passer de lui, mais au risque de le voir nous prendre au mot alors qu’on n’est pas si certain ou certaine de pouvoir le faire. Pour s’engager de façon relativement sereine dans une démarche d’appropriation du savoir, il faudra donc laisser place à ces angoisses. (…)

La problématique de l’apprentissage et du savoir renvoie toujours aux questions de dépendance à l’adulte et notamment au sentiment de culpabilité que développe l’enfant lorsqu’il entame une démarche d’émancipation, puisque le savoir est d’abord vécu comme un attribut parental qu’il faut voler aux parents. Accepter d’apprendre, c’est prendre le risque de sortir de la dépendance, ce qui n’est possible que si l’on se sent à l’abri d’une éventuelle vengeance et suffisamment confiant en soi-même pour assumer cette indépendance. »

Nathalie Anton

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