Quand l’écran rend accro (2). La dépendance aux jeux vidéo

Les jeux vidéo semblent être de plus en plus souvent accusés de générer, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes, des conduites addictives caractérisées, selon le psychiatre et psychanalyste Maurice Despinoy, par des « compulsions à s’engager dans des comportements qui ont des effets dangereux et par l’envahissement obsédant qui accompagne ces conduites » (Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Armand Colin, 2002). Comment, en tant que parent, appréhender cette réalité sans céder à la dramatisation médiatique ? Comment savoir si l’écran rend nos ados accro ?

Une enquête statistique menée en 2004 par la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) sur les modes de vie des adolescents de 15 à 17 ans, révèle que ces derniers passent en moyenne 24 minutes par jour à jouer sur micro-ordinateur le week end ou pendant les vacances.

Cependant, le temps passé à jouer aux jeux vidéo n’est pas forcément un critère fiable pour déceler un état de dépendance. Pour le psychiatre Marc Valleur, médecin chef de l’hôpital Marmottan à Paris et auteur de l’article L’Addiction aux jeux vidéo, une dépendance émergente ?, « il n’existe pas un nombre d’heures standard au-dessus duquel le risque addictif mériterait une consultation auprès d’un spécialiste ». En effet, l’inquiétude doit naître lorsque le surinvestissement du jeu se fait au détriment de tous les autres centres d’intérêt : « si l’investissement social et affectif (pour les jeunes la famille, l’école, les amis) reste intact, il n’y a pas de raison de s’inquiéter ».

Les raisons qui peuvent conduire les adolescents à investir massivement l’univers virtuel sont multiples, et il convient de rappeler que cet investissement est moins la cause des problèmes qu’ils rencontrent (scolaires, familiaux, psychologiques…) que leur conséquence.

Ainsi, les jeux vidéo peuvent constituer pour les jeunes :

une revalorisation narcissique, liée à leurs performances au sein du monde virtuel ;

– « une échappatoire à une peur de la vraie vie, qu’ils aient une phobie sociale, une timidité extrême, une crainte exagérée de la compétition » ;

un antidépresseur, « utilisé comme anesthésique » dans les phases difficiles et déterminantes de la vie ;

un exutoire à des pulsions violentes, réprimées par la société.

Si l’univers du jeu intensifie le goût de la compétition inhérent à tous les sports, à travers la facilité qu’a le joueur de multiplier les parties et d’améliorer ses performances, la dépendance s’observe surtout avec les jeux en réseau sur Internet, baptisés jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs (traduction de Massively Multiplayer Online Role Playing Games – MMORPG -). Ces derniers peuvent en effet conduire à un véritable « engloutissement passionnel dans un univers parallèle » qui a ses propres règles et jamais de fin. Le personnage que le joueur crée (appelé avatar) est en perpétuelle évolution et interaction avec d’autres. Ainsi, comme l’explique M. Valleur, « même en dehors du jeu, le sujet sera préoccupé par tout ce qui se passe dans le monde parallèle, puisque – même si son avatar n’y est plus -, les ennemis et amis peuvent continuer à combattre, les situations évoluent… »

La dépendance s’installant sur le long terme, les parents qui remarquent un investissement massif de leur adolescent dans les jeux vidéo peuvent travailler et s’interroger sur les dysfonctionnements qui se trouvent à la source de cette tendance, et tenter de l’endiguer. Ainsi, un acte d’autorité permet souvent de restaurer une consommation modérée : mieux contrôler le temps passé devant l’écran voire supprimer l’ordinateur dans la chambre de l’enfant constituent des solutions tout à fait fructueuses. De plus, un dialogue autour des difficultés rencontrées s’avère nécessaire et permet d’atténuer le recours au virtuel pour se détourner de la réalité.

Constatant la rareté des addictions véritables, M. Valleur explique que « des phases d’abus, de dérapage plus ou moins ponctuelles sont sans doute bien plus fréquentes, mais ne justifient pas toujours le recours à une consultation spécialisée. Une prise de conscience, souvent aidée par les interventions des proches, suffit alors la plupart du temps pour que le sujet se reprenne ».

Cependant, il ne faut pas hésiter, en tant que parent, à exposer la situation à un spécialiste qui saura en évaluer la gravité. Les centres d’addictologie peuvent ainsi répondre aux questions que les adultes comme les adolescents se posent et proposer une prise en charge sérieuse et adaptée.

Nathalie Anton

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