Mon enfant n’aime pas lire !

En tant que professeur de français, je rencontre de nombreux parents qui s’inquiètent de voir leurs adolescents se désintéresser totalement des livres. Or, cette inquiétude est-elle toujours fondée et existe-t-il des solutions permettant de leur donner le goût de la lecture ?

Trois préjugés attisent souvent la crainte éprouvée par les parents à l’égard d’un enfant qui ne lit pas :

– Il ne pourra pas progresser en français.

– Il va devenir inculte.

– Il s’investit forcément dans des activités décervelantes (télé, jeux vidéo, internet…).  

Il convient cependant de rassurer les parents sur chacun de ces points : 

– Tant que l’élève apprend et s’exerce à travers ce que le professeur lui propose, il ne devrait pas rencontrer de difficultés en cours de français.  La dissertation au lycée nécessite bien des exemples littéraires, mais les textes et les oeuvres étudiés en classe permettent d’acquérir des références suffisantes pour les évaluations. 

– La culture est un vaste champ, et l’on ne peut pas tout savoir.  Malgré mon statut de professeur de lettres, je me sentirais moi-même inculte face à un spécialiste de Simone de Beauvoir avec lequel j’échangerais sur ce thème… Le temps de votre enfant n’étant pas extensible, s’il s’investit déjà dans des activités artistiques ou sportives qui l’ouvrent sur le monde, dédramatisez le fait qu’il ne lise pas.

– La lecture n’est pas toujours supérieure aux autres divertissements : lire des romans « à l’eau de rose » apporte-t-il plus que regarder des séries sur le même thème ? Un bon film noir ne vaut-il pas un bon roman policier ?

Certes, lire favorise sans doute l’assimilation du vocabulaire, de la syntaxe  et de l’orthographe. Mais les jeunes passent déjà beaucoup de temps à lire : à l’école, sur internet, dans les magazines…

Certes, on souhaiterait que son enfant privilégie une activité calme. Mais l’adolescence constitue précisément une période où il peut être difficile de se retrouver seul avec soi-même. La recherche du groupe et de l’activité se révèle un moyen de se détourner de problématiques intérieures parfois angoissantes.

Certes, lire favorise l’imagination. Mais il existe tellement d’autres supports pour raconter des histoires !

Certes, celui qui aime lire aimerait voir son plaisir partagé. Mais sommes-nous tous amateurs de foot ou de gym suédoise ?

En dépit de ce constat, peut-on amener son enfant à lire ?

Rappelons tout d’abord ce que Daniel Pennac, ancien professeur de lettres, écrivait dans son essai Comme un roman :

« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres : le verbe « aimer »… le verbe « rêver »… »

Imposer un livre risque fort de susciter une réaction de rejet total de la lecture chez l’enfant.

Le plus habile est de trouver des livres adaptés à son niveau, à ses centres d’intérêt, pas trop volumineux au départ, pour le réconcilier avec l’objet.

Une autre technique consiste à attiser sa curiosité en commençant une histoire (policière, d’amour…) et d’en suspendre le récit. Là encore, ne choisissez pas Crime et Châtiment :  l’intrigue est alléchante, mais les deux tomes de réflexions philosophiques risquent fort de le décourager…

Essayez également de demander à une personne qui compte pour lui, de lui offrir un livre qu’elle a beaucoup aimé.

Evitez, enfin, de rejeter les livres qu’il a lui-même choisis : n’oubliez pas que la bande-dessinée constitue le 9ème art et qu’elle peut offrir des textes de grande qualité !

Pour conclure, si rien de tout cela ne fonctionne, je vous conseille vivement de vous replonger dans ce roman passionnant que vous avez interrompu pour engager la lutte : il ne s’agit nullement de dévaloriser la lecture, mais, au contraire, de rappeler qu’elle est avant tout une source de plaisir et de culture qui répond à un appétit plus ou moins aiguisé et surtout…très personnel.

En revanche, si votre enfant se détourne de tout loisir ou n’investit massivement qu’une seule activité qui semble l’isoler, votre inquiétude devient alors légitime, puisque ces deux attitudes peuvent laisser craindre une tendance dépressive ou addictive, nécessitant peut-être le recours à un soutien psychologique.

Nathalie Anton 

2 réflexions au sujet de « Mon enfant n’aime pas lire ! »

  1. Que pensez-vous de l’utilisation des nouvelles technologies pour les apprentissages scolaires?
    Ne serait-il pas plutôt un handicap pour l’orthographe en particulier?
    Merci

  2. Chère Claudette,

    Voici, pour tenter de vous répondre, le commentaire plein de bon sens que l’on trouve sur le site de l’académie de Créteil (http://www.ac-creteil.fr/lettres/tice/debuter.htm) :
    « L’usage des nouvelles technologies en français peut s’avérer très efficace, comme il peut devenir catastrophique : à l’instar des autres cours, les cours en salle informatique -qu’on y utilise un logiciel, un cédérom, un utilitaire- ne sont réussis que s’ils sont préparés à l’avance et intégrés de façon cohérente dans une séquence pédagogique. Et encore, si l’enseignant y joue pleinement son rôle de médiateur du savoir (savoir désormais contenu dans la machine) en verbalisant et expliquant comme il l’a toujours fait. »
    Il est certain qu’un enfant laissé seul face à l’ordinateur n’intégrera pas les règles d’orthographe, comme en témoignent les échanges peu orthodoxes des adolescents sur internet ou par SMS ! En revanche, il peut s’avérer judicieux, en tant qu’enseignant, de varier les supports dans le cadre des exercices d’application, et l’ordinateur présente un côté ludique et interactif qui peut stimuler l’élève.

    Cordialement

    Nathalie Anton

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