Comment lui faire confiance ?

Dès le collège, le travail scolaire devient le support de revendications d’indépendance. Loin d’être illégitime, cet accès à l’autonomie peut être trop précoce ou difficilement assumé. Il se révèle, en outre, fréquemment source de conflits au sein des familles. Comment les parents peuvent-ils  doser habilement la confiance accordée à leur adolescent vis à vis de son statut d’élève ? 

En grandissant, l’adolescent supporte de moins en moins que ses parents vérifient ses devoirs, ses notes, la tenue de ses cahiers, le matériel à prendre pour les cours du lendemain… En effet, l’école constitue le lieu où il évolue en dehors du contrôle direct de ses parents. Il s’agit d’un espace intermédiaire où il apprend à se construire au milieu de jeunes de son âge, sous le regard d’adultes qui ne sont plus ses parents.

Que le jeune cherche à séparer son milieu  scolaire du milieu familial se justifie donc pleinement, et les parents qui pensent s’adresser à leur enfant en tant qu’élève ne perçoivent pas toujours cette confusion entre la sphère privée de l’adolescent et la sphère publique de sa scolarité. 

Ainsi, le désir qu’ils manifestent de savoir ce qui se passe à l’école est souvent vécu par leur enfant comme une véritable intrusion, d’autant que l’espace fréquemment réservé aux devoirs est celui de… la chambre, lieu de l’intimité par excellence.

En grandissant, l’adolescent réclame souvent plus d’autonomie et de temps libre. Il estime, en effet, être capable d’équilibrer ses loisirs et ses devoirs, demandant que ces derniers ne fassent plus l’objet de vérifications systématiques. Ces exigences participent du processus permettant de passer de la dépendance de l’enfance à l’indépendance de l’adulte.

Pourtant, si l’acquisition de cette autonomie ne se fait pas de manière progressive, l’adolescent pourra avoir du mal, en dépit de la force de ses revendications, à assumer tout seul la charge des impératifs scolaires. La chute de ses résultats, voire le changement de son attitude, témoignent alors des difficultés qu’il rencontre.

 Il convient par conséquent de poser les choses avec son enfant. Certes, l’aider à grandir signifie le rendre de plus en plus indépendant. Cependant, l’accès à cette indépendance doit s’acquérir par paliers, en bénéficiant des conseils et de l’accompagnement des adultes.

Les parents doivent ainsi expliquer que, loin de vouloir gérer la vie privée de leur enfant, ils cherchent à favoriser sa réussite scolaire. Or, celle-ci implique un droit de regard tout à fait légitime.

En cas d’échec, il ne faut surtout pas dévaloriser l’adolescent en tant que personne, en lui disant par exemple qu’il est impossible de lui faire confiance ou qu’il est incapable de s’assumer. De tels raccourcis favorisent la confusion entre l’intime et le scolaire, et par conséquent les conflits familiaux.

En outre, les parents ont aussi leur part de responsabilité : bien qu’ils puissent être tentés de rejeter la faute sur leur enfant, ils doivent accepter de se remettre en question. Accorder trop de libertés à un jeune peut être tout aussi préjudiciable que de ne vouloir lui en accorder aucune. Or, ces deux écueils relevent bien de la responsabilité des parents.

En outre, dans certains cas, ils doivent  accepter de renoncer à l’enfant idéal, invariablement titulaire d’un bac S avec mention. Certains occultent ainsi complètement les difficultés et le niveau scolaire de l’élève, et ignorent les conseils prodigués par les enseignants. Or, la réussite implique la motivation. Le conseiller d’orientation est là pour définir au mieux avec le jeune, en fonction de ses capacités et de ses envies, la filière dans laquelle il pourra s’épanouir. Encore faut-il que les parents soient prêts à l’accepter…

Il faut donc essayer, dans la mesure du possible, de ne pas rompre le dialogue, en évitant d’entrer dans la spirale de la culpabilisation. Dans le cas où la discussion serait devenue impossible, car trop conflictuelle, le recours à un tiers devient absolument nécessaire : professeur principal, CPE, conseiller d’orientation, psychothérapeute peuvent permettre de renouer le lien rompu entre les parents et l’adolescent, à la suite d’amalgames nocifs qui se seraient accumulés.

Ces entretiens permettent, par ailleurs, de proposer des solutions d’accompagnement pour l’élève, dans le cas où ses parents, pour des raisons professionnelles ou personnelles, ne pourraient pas être assez présents.    

Nathalie Anton

2 réflexions au sujet de « Comment lui faire confiance ? »

  1. Je viens de lire votre compte rendu, et je partage votre point de vue qui n’est pas toujours facile à mettre en place. Moi je suis maman d’une fille de bientot 14 ans. Elle correspond à la vraie ado. En effet elle me tient tete à moi et mon mari, sans grossièreté mais répond sans arret. Mon souci actuel est qu’elle rencontre un enseignant. Ce n’est pas une mauvaise élève environ 14.5 de moyenne général, je la pousse pour ces résultats là. Elle est autonome mais dès qu’elle a une mauvaise note si c’est du fait d’une leçon pas apprise je ne lui trouve pas d’excuses. Par contre si c’est la comprehension, je suis tolérante. 10 profs sur 12 ne rencontrent pas de problème de comportement, certains du bavardage, et d’autres la trouvent très agréable. Il reste deux enseignants dont une se plaint du bavardage et non du comportement mais qui lui met des observations qui débouchent sur des colle, et la dernière avec qui elle a eu un conflit, qui aux dires de l’enseignante, s’est terminé par de l’arrogance. Le début de leur conflit, je le comprends : Camille a voulu se défendre ; mais le problème est qu’elle ne sait pas s’arreter comme avec nous. Elle n’a pas été vulgaire avec le prof pour autant et pour elle la prof à tort. Meme en lui expliquant qu’elle va trop loin, c’est toujours pareil : je ne la comprends pas. Ce matin, elle m’envoie un texto disant qu’elle ne veut plus rentrer et qu’elle veut qu’on vende son cheval (passionnée) et ce qui va avec. Je sais que c’est de la provoque, mais je ne veux pas commettre d’impair car pour moi elle a un fichu caractère. Le souci c’est que j’ai rencontré sa prof qui reste sur son opinion et n’écoute pas camille sur son mal etre dans sa classe car elle a l’impression que comme ils sont 2 groupes elle en préfère un qui vient d’un niveau européen et elle dit qu’elle n’est pas noté au meme niveau et à l’oral pas interrogée. Camille s’est expliquée avec elle et la prof nie tout ça. Donc pour ma fille je ne crois que la prof et pas elle. Que faire….. De plus, dans cette classe, certains enfants la piquent car ils savent qu’elle est tout feux tout flamme et je n’arrete pas de lui dire de ne pas regler ses comptes dans la classe et que s’ils se comportent mal avec elle qu’elle le dise au prof. Bien sur la prof n’entend rien du garçon et n’entend que camille car elle l’envoie balader sans vergogne. Et pour la prof c’est camille et non ce petit ange. De plus je vous précise que Camille est ma 2ème sur 3. J’ai une ainée de 15 ans et demi qui elle a un retard cognitif et est dans un IMPRO depuis cette rentrée de septembre. Est-ce que le fait d’avoir une soeur ainée avec un handicap peut l’avoir rendue à fleur de peau ? Je suis un peu fatiguée de ses problèmes : j’en ai marre car j’aime ma fille plus que tout. Elle ne se rend pas compte que de la voir normale et belle me rend fière (pas que je n’aime pas mon ainée ni ma dernière mais je dois tellement me battre pour la faire grandir avec des résultats si lents que quand je vois camille ma belle plante, cela me ravit). Mais j’aimerais qu’elle comprenne que ce n’est pas en répondant aux enseignants que ça va l’aider et je me mets au fond de ma tete que ce n’est pas parce qu’elle a un problème avec un prof que c’est général. En attendant elle lui fait un rapport lui met un zéro et déplace peut etre l’enfant qui l’ennuie. Mais pour elle je ne l’ai pas défendue. En meme temps je ne veux pas lui mettre la prof plus à dos et de plus moi meme je ne supporte pas l’insolence de sa part. De plus son papa (nous sommes en couple) se retrouve beaucoup en elle et me dit qu’elle doit assumer ses actes. Ok je suis d’accord mais elle ne se sent pas fautive du fait qu’elle dit avoir tenu tete par rapport à des injustices répétées et elle en a marre. Que dois je faire ? Car j’aimerais tant l’amener à réfléchir et que ça débouche sur une remise en question de sa part mais on sait tellement qu’à cette age ils n’ont jamais tort. MERCI de me répondre meme si pour vous ça vous parait banal moi j’en ai marre de faire tampon entre un mari qui dit « elle assume », une ado qui me dit que je ne la crois pas donc que je ne l’aime pas et j’ai mon ainée et ma petite dernière de 8 ans avec le meme caractère que ma 2ème. Et moi je suis là a assayer de les aimer et de les soutenir et j’ai mon caractère et dramatise facilement sachant que je suis au foyer. DUR DUR LA VIE……

  2. Madame :

    Votre fille semble être une bonne élève rencontrant peu de difficultés à l’école mis à part quelques soucis de comportement.

    Il est classique que les adolescents manifestent à cet âge une certaine arrogance à l’encontre des adultes. Les professeurs, comme les parents, sont en première ligne, et il est fréquent que des conflits éclatent.

    Faites confiance à l’enseignante, et rencontrez-la seule, au besoin, pour éclaircir le problème. L’important est que vous ayez un discours commun et clair sur les limites que votre fille ne doit pas dépasser.
    L’impolitesse et l’insolence ne se discutent pas : évitez donc, si possible, d’entrer dans d’interminables discussions avec elle pour savoir qui d’elle ou du professeur a raison. En effet, cela lui donnerait l’illusion que vous la mettez sur le même plan que l’adulte et renforcerait son insolence.

    Enfin, ne culpabilisez pas : votre message indique que vous êtes une mère présente et attentive. Le fait que vous disiez avoir tendance à « dramatiser » aide sans doute votre fille à jouer sur la corde sensible pour vous amener à abonder dans son sens.

    Bon courage, les vacances permettront sans doute de dénouer la situation avec le professeur,

    Cordialement

    Nathalie Anton

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